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Industrie automobile : le Maroc reste sur sa trajectoire solide de croissance malgré le ralentissement de la production en 2025

La baisse de près de 10% de la production automobile marocaine en 2025, que révèlent les données de l’OICA, reflète l’impact direct du ralentissement du marché européen sur un écosystème fortement orienté vers l’export. Mais si cette contraction marque une rupture après plusieurs années de croissance soutenue, elle ne remet nullement en cause la trajectoire de fond du secteur, dont la production a progressé de plus de 40% entre 2019 et 2024. Elle met en lumière, en revanche, la forte sensibilité du modèle marocain aux cycles économiques européens.

La croissance de la production d'automobiles s’est particulièrement accélérée après la pandémie, à la faveur notamment de l’extension des capacités de production, l’intégration progressive des chaînes de valeur et le positionnement du Maroc comme plateforme d’exportation vers l’Europe.
La croissance de la production d'automobiles s’est particulièrement accélérée après la pandémie, à la faveur notamment de l’extension des capacités de production, l’intégration progressive des chaînes de valeur et le positionnement du Maroc comme plateforme d’exportation vers l’Europe.
Après plusieurs années de croissance soutenue, la production automobile marocaine observe un repli de près de 10% en 2025. C’est ce qui ressort des données statistiques de l’Organisation internationale des constructeurs automobiles (OICA). Cette inflexion intervient dans un contexte de ralentissement du marché européen, principal débouché de l’écosystème automobile du Royaume. Cette baisse ressemble davantage à une correction conjoncturelle qu’à un retournement de tendance, surtout au regard des performances cumulées depuis 2019.



Concrètement, un simple exercice d’analyse des chiffres sur la période 2019-2024 montre que la production marocaine a grimpé de plus de 43%, passant de 285.678 à 408.787 unités. Ce qui reflète la forte dynamique industrielle du secteur, induite par les investissements cumulés mobilisés dans l’écosystème automobile du Royaume. Sur cette même période, la progression moyenne annuelle ressort à près de 7,4%.La croissance de la production s’est particulièrement accélérée après la pandémie, à la faveur notamment de l’extension des capacités de production, de l’intégration progressive des chaînes de valeur et du positionnement du pays comme plateforme d’exportation vers l’Europe. Comparé à ses principaux concurrents émergents, le Maroc se distingue donc par la vigueur de sa croissance structurelle.

L’Afrique du Sud, avec 456.719 véhicules produits en 2025, affiche un rebond marqué (+18% sur un an), mais demeure en deçà de son niveau d’avant-crise. Sa trajectoire est plus heurtée, reflétant une industrie plus ancienne, davantage exposée aux contraintes internes et aux cycles d’investissement. La Turquie, elle, avec plus d’un million de véhicules produits, conserve un poids industriel sans équivalent dans cet ensemble. Toutefois, sa production reste légèrement inférieure à celle de 2019 et progresse lentement depuis 2023. Les déséquilibres macroéconomiques internes et l’intensification de la concurrence régionale limitent aujourd’hui son potentiel de croissance.

Dans ce triptyque, le Royaume apparaît comme l’économie ayant le mieux capitalisé sur la recomposition des chaînes de valeur automobiles, mais aussi comme celle dont la performance dépend le plus étroitement de la demande extérieure. Le fait est que le ralentissement observé en 2025 coïncide avec une contraction de la production automobile en Europe.

Dans ce tableau, l’Union européenne et le Royaume-Uni affichent un recul de 3%, avec des baisses marquées dans plusieurs grands pays producteurs. Cette évolution pèse directement sur les plateformes industrielles orientées vers l’export, au premier rang desquelles figure le Maroc. La quasi-totalité de la production marocaine est, en effet, destinée aux marchés européens, notamment la France, l’Espagne, l’Italie et l’Allemagne.

Cette dépendance s’explique par des avantages compétitifs solides, dont la proximité géographique, les accords commerciaux et les infrastructures logistiques performantes, en particulier le port Tanger Med. Elle implique toutefois une forte sensibilité aux cycles économiques européens. À l’inverse, l’Afrique du Sud bénéficie d’une diversification géographique plus large de ses exportations, incluant l’Asie et certains marchés émergents, ce qui lui permet d’amortir plus efficacement les chocs européens. La Turquie, de son côté, reste profondément intégrée aux chaînes de valeur européennes, mais dispose d’un marché intérieur plus significatif et d’un tissu industriel plus diversifié. Pour s’assurer une résilience face aux fluctuations conjoncturelles, la filière automobile marocaine n’a d’autre choix que d’amorcer une diversification de ses débouchés à l’export et de consolider son intégration locale. De même, l’industrie automobile nationale aura tout à gagner en misant sur les segments à plus forte valeur ajoutée, notamment ceux liés à la transition énergétique et aux nouvelles mobilités. À ce prix, le Maroc pourra transformer sa performance industrielle en résilience durable face aux cycles internationaux.
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