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Mercredi 06 Mai 2026
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Industrie : le Centre Sanabil plaide pour une «deuxième génération» de réformes

Clarifier les règles du jeu, sécuriser le foncier, muscler les institutions d’accompagnement, mais aussi mieux arrimer les entreprises locales aux chaînes de valeur : les chantiers sont connus, leur mise en œuvre, elle, reste inachevée. À l’heure où le modèle d’accélération industrielle montre ses premières limites, la question n’est plus tant celle du bilan que de son dépassement. Dans une note récente, le Centre Sanabil pour les études et les politiques publiques (CSEPP) propose, à travers dix recommandations, une inflexion stratégique : faire émerger une «deuxième génération» industrielle, plus intégrée, plus territorialisée et moins dépendante de ses partenaires extérieurs.

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Le constat traverse, en filigrane, l'ensemble des dix points avancés par le think tank rbati. L'industrie marocaine a engrangé en une décennie des acquis incontestables, automobile, aéronautique, sous-traitance électronique... mais le modèle qui les a portés appelle aujourd'hui une mise à niveau. C'est la lecture que livre le Centre Sanabil dans une note de cadrage qui, sans céder à la critique frontale, propose une véritable feuille de route pour ce que l'on pourrait appeler une deuxième génération de la politique industrielle.
Le premier registre de propositions est juridique et opérationnel. Le CSEPP plaide pour la mise en place d'une législation spécifique et intégrée encadrant les écosystèmes d'accélération industrielle, assortie d'un guide unique destiné aux investisseurs nationaux et étrangers. L'objectif affiché : harmoniser les textes en vigueur, simplifier les procédures d'autorisation et clarifier les modalités d'accès aux exonérations fiscales, douanières et parafiscales. Le centre rappelle, dans ce sillage, que les Centres régionaux d'investissement (CRI), en dépit de leur réforme récente, gagneraient à voir leurs prérogatives élargies pour devenir de véritables leviers de l'accélération industrielle, depuis la phase de négociation avec l'investisseur jusqu'au déblocage des projets.



À ce volet institutionnel s'ajoute une exigence concrète, parfois sous-estimée : l'apurement préalable de la situation foncière des assiettes destinées aux projets industriels. Le centre considère en effet que la disponibilité d'un titre foncier sécurisé conditionne la délivrance des permis de construire, le respect des délais de mise en production et, in fine, la création des emplois pérennes inscrits dans les conventions d'investissement. La même attention est portée aux infrastructures connexes, voirie, assainissement, raccordement électrique, très haut débit... sans lesquelles les zones d'accélération demeurent, selon la note, des promesses inabouties.

Densifier le tissu national, former les compétences

Mais le cœur stratégique de la note se situe ailleurs. Le CSEPP insiste avec constance sur la nécessité d'arrimer le tissu entrepreneurial marocain aux écosystèmes industriels existants. La recommandation est explicite : organiser des rencontres professionnelles, structurer des réseaux d'affaires permettant aux investisseurs étrangers d'identifier les fournisseurs et producteurs locaux, et relever ainsi le taux d'intégration industrielle nationale. Ce taux, longtemps érigé en marqueur de réussite par le ministère de tutelle, demeure un indicateur sensible pour les filières émergentes. Dans le prolongement, le centre appelle à des programmes d'accompagnement et de qualification orientés vers l'insertion dans les chaînes de valeur, articulés autour d'une double exigence technologique et écologique.
L'enjeu, selon le centre Sanabil, n'est plus seulement de créer de la capacité industrielle, mais de faire émerger une nouvelle génération de jeunes entreprises industrielles marocaines, calibrées pour répondre aux besoins des écosystèmes régionaux et provinciaux. La formation professionnelle est l'un des piliers de cette ambition : le CSEPP préconise des programmes conjoints associant le ministère de l'Industrie et du commerce, les directions régionales de l'OFPPT et les opérateurs privés, afin d'aligner l'offre de compétences sur les besoins réels des industriels.

Conditionnalité, équité territoriale, souveraineté

Le dernier registre, sans doute le plus politique, lie l'octroi des incitations à la performance. Le centre propose d'adosser les avantages financiers et fiscaux à des objectifs précis : volume d'emplois créés, chiffre d'affaires, parts d'export, conquête des marchés africains, taux d'achat auprès des fournisseurs marocains et niveaux de production durable adossés aux énergies renouvelables. Une logique de résultat qui prolonge l'esprit de la nouvelle Charte de l'investissement, tout en lui ajoutant une dimension d'évaluation continue. C'est sur la dimension territoriale que la note se fait la plus directe. Le CSEPP rappelle que six régions du Royaume demeurent à l'écart des écosystèmes industriels structurés, encore largement concentrés sur l'axe Tanger-Casablanca-Settat. Le rééquilibrage qu'il appelle de ses vœux passe par la création de zones industrielles nouvelles, calibrées en fonction des potentialités propres à chaque territoire. Une exigence d'équité régionale qui rejoint les orientations défendues par la nouvelle politique de régionalisation avancée.

L'horizon final que dessine la note est celui de la souveraineté industrielle. Le CSEPP plaide pour une diversification simultanée des secteurs : énergies renouvelables, agroalimentaire, transformation, électronique, pharmacie, chimie, textile... et des partenaires internationaux. Il s'agit, écrit-il, de réduire la dépendance à un nombre restreint de filières et d'acteurs, et de renforcer la position de négociation du Royaume face à ses interlocuteurs économiques. Une diversification qui tient lieu, en creux, de doctrine : celle d'un Maroc qui, après avoir consolidé ses bases industrielles, entend en élargir l'assise pour mieux peser dans les chaînes de valeur du continent.
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