Les régions du Gharb et du Loukkos se dirigent-elles vers une année agricole blanche, suite aux inondations ? Difficile d’avancer une réponse catégorique à ce stade, tant que la situation de crise perdure. Mais Abdelmoumen Guennouni, ingénieur agronome, soutient que les excédents pluviométriques enregistrés dans ces zones, en un temps record, génèrent déjà de très lourds dégâts pour l’ensemble des cultures agricoles pratiquées dans ces régions.
«On sait très bien que les céréales ne supportent pas l’excès d’eau. Avec la forte pluviométrie ayant concerné toute la partie nord du Royaume, de grandes superficies de céréales s’en trouvent donc naturellement décimées», souligne l’expert agronome.
De même, poursuit-il, les fortes rafales de vent ont endommagé les cultures sous serres, à l’instar des fruits rouges. L’élevage figure également parmi les filières agricoles qui font les frais de ces intempéries.
«Les zones submergées par les crues dans le Gharb doivent afficher, à coup sûr, des dégâts conséquents, en particulier dans l’activité de l’élevage. Le bilan à dresser après cette catastrophe va certainement révéler des pertes importantes dans le cheptel. Aussi, et c’est important de le souligner, les zones connues pour une activité d’élevage plus ou moins intense auront du mal à s’approvisionner en aliments pour le bétail. Le fait est que des stocks d’ensilage et de foin, relevant des exploitations sinistrées, doivent être lourdement endommagés», constate Guennouni.
Il précise, au passage, que les perturbations climatiques qui prévalent dans le Nord et le Gharb, en particulier, ont pratiquement gelé les activités de désherbage des champs céréaliers et les travaux de préparation des sols pour les cultures printanières, notamment les
légumineuses.
Ensemble, ces données alimentent un pronostic sombre de l’ingénieur-agronome. Guennouni prévoit une campagne céréalière quasi nulle dans le Nord. En tout cas, nuance-t-il, l’évaluation à mener en post-crise par le département de l’Agriculture révélera la véritable ampleur des dégâts.
C’est ce qu’affirme également Rachid Benali, président de la Confédération marocaine de l’agriculture et du développement rural (Comader). Interpellé par nos soins au sujet de l’impact des intempéries sur l’agriculture dans le Gharb, Benali assure qu’il est difficile de parler d’année blanche à ce stade.
«Nous sommes encore très loin de pouvoir nous prononcer. Tout dépendra de l’ampleur et de la durée des inondations. Si cela ne dure que quelques jours, les dégâts peuvent rester acceptables. En revanche, si l’eau stagne pendant plusieurs jours, les plantes risquent l’asphyxie et peuvent mourir. Pour l’instant, il est trop tôt pour établir un bilan précis», relativise le patron de la Comader.
Selon lui, il est impossible, pour le moment, de savoir si les surfaces touchées se chiffreront en dizaines, en centaines ou en milliers d’hectares.
«Il faut attendre l’évolution de la situation dans les prochains jours. Mais ce qui est déjà certain, c’est qu’une partie importante des cultures céréalières, ainsi que des filières sensibles comme les fruits rouges, ont subi un impact notable. À ce stade, on ne peut pas encore parler d’énormes dégâts : pour l’instant, les dommages restent limités. Une évaluation plus fine est en cours, avec une remontée progressive des informations du terrain», insiste-t-il.
La situation que vit actuellement la région remet également en lumière l’urgence des «autoroutes de l’eau» entre le nord et le sud du pays.
«À l’origine, ces projets visaient surtout à lutter contre la sécheresse. Si les excédents hydriques du Nord avaient pu être transférés vers certains barrages aujourd’hui presque vides, comme celui d’Al-Massira, on aurait pu sauver des dizaines de milliers d’hectares dans des régions comme les Doukkala ou la Chaouia. C’est un projet que nous évoquons depuis des années, notamment pendant les cinq années consécutives de sécheresse», rappelle Benali.
Il soutient que ces infrastructures apparaissent d’autant plus indispensables qu’elles peuvent servir à la fois à atténuer les effets de la sécheresse, devenue structurelle au Maroc, et à prévenir les inondations. «Ce n’est plus un luxe: c’est devenu une nécessité vitale pour notre souveraineté alimentaire», fait-il
remarquer.
À la question de savoir si la Comader réfléchit à un plan de soutien aux agriculteurs sinistrés dans le Gharb, Benali avance que le plus important, dans les jours qui viennent, est de procéder à une évaluation claire de l’étendue des dégâts.
«On ne peut pas demander des mesures de soutien sans savoir si l’on parle de 100 hectares ou de 100.000. Ensuite, des ajustements sont possibles. Si certaines cultures d’automne sont perdues, elles pourront être remplacées par des cultures de printemps. La région est aussi propice au riz, ce qui ouvre des alternatives. Il y aura forcément un changement de calendrier cultural, avec le remplacement de certaines cultures d’hiver par des cultures de printemps. Après cela, tout dépendra de l’évolution de la situation sur le terrain», conclut le patron de la Comader.
À cela s’ajoutent les ressources superficielles issues du Sebou et de ses principaux affluents (Ouergha, Beht et Rdom), qui drainent un bassin versant de près de 40.000 km², avec une pluviométrie moyenne annuelle d’environ 450 mm. L’apport annuel en eaux de surface est évalué à 5,6 milliards de m³.
Ces atouts hydriques, combinés à une grande diversité pédologique, à la disponibilité de la main-d’œuvre et à la proximité des marchés européens et nationaux, font de l’agriculture la première activité économique de la région. La plaine du Gharb s’étend sur près de 4.200 km², entre Kénitra, Sidi Slimane et Sidi Kacem. Elle se caractérise par un relief très peu marqué, avec une altitude moyenne avoisinant 60 mètres.
Elle abrite une mosaïque de sols aux vocations agronomiques complémentaires. Ainsi, les merjas (15% de la superficie), aux sols hydromorphes, sont particulièrement adaptées à la riziculture et aux cultures fourragères. La plaine centrale (40%), dominée par les sols noirs dits Tirs, est propice à la céréaliculture et au maraîchage, tandis que la frange côtière, plus sableuse, accueille les cultures sous abri (fraise, banane) et l’arachide.
De même, les levées alluviales (30%), aux sols moins argileux (Dehs), sont favorables aux cultures industrielles comme la canne à sucre, la betterave ou le tournesol. Sans oublier le Zrar (15%), composé de sols rouges particulièrement riches. À cet ensemble s’ajoute le plateau forestier de la Maâmora, vaste de plus de 3.300 km² et dominé par le chêne-liège. Il forme, avec la plaine du Gharb, un même système hydrogéologique, bien que son substratum imperméable soit moins profond.
«On sait très bien que les céréales ne supportent pas l’excès d’eau. Avec la forte pluviométrie ayant concerné toute la partie nord du Royaume, de grandes superficies de céréales s’en trouvent donc naturellement décimées», souligne l’expert agronome.
De même, poursuit-il, les fortes rafales de vent ont endommagé les cultures sous serres, à l’instar des fruits rouges. L’élevage figure également parmi les filières agricoles qui font les frais de ces intempéries.
«Les zones submergées par les crues dans le Gharb doivent afficher, à coup sûr, des dégâts conséquents, en particulier dans l’activité de l’élevage. Le bilan à dresser après cette catastrophe va certainement révéler des pertes importantes dans le cheptel. Aussi, et c’est important de le souligner, les zones connues pour une activité d’élevage plus ou moins intense auront du mal à s’approvisionner en aliments pour le bétail. Le fait est que des stocks d’ensilage et de foin, relevant des exploitations sinistrées, doivent être lourdement endommagés», constate Guennouni.
Il précise, au passage, que les perturbations climatiques qui prévalent dans le Nord et le Gharb, en particulier, ont pratiquement gelé les activités de désherbage des champs céréaliers et les travaux de préparation des sols pour les cultures printanières, notamment les
légumineuses.
Ensemble, ces données alimentent un pronostic sombre de l’ingénieur-agronome. Guennouni prévoit une campagne céréalière quasi nulle dans le Nord. En tout cas, nuance-t-il, l’évaluation à mener en post-crise par le département de l’Agriculture révélera la véritable ampleur des dégâts.
C’est ce qu’affirme également Rachid Benali, président de la Confédération marocaine de l’agriculture et du développement rural (Comader). Interpellé par nos soins au sujet de l’impact des intempéries sur l’agriculture dans le Gharb, Benali assure qu’il est difficile de parler d’année blanche à ce stade.
«Nous sommes encore très loin de pouvoir nous prononcer. Tout dépendra de l’ampleur et de la durée des inondations. Si cela ne dure que quelques jours, les dégâts peuvent rester acceptables. En revanche, si l’eau stagne pendant plusieurs jours, les plantes risquent l’asphyxie et peuvent mourir. Pour l’instant, il est trop tôt pour établir un bilan précis», relativise le patron de la Comader.
Selon lui, il est impossible, pour le moment, de savoir si les surfaces touchées se chiffreront en dizaines, en centaines ou en milliers d’hectares.
«Il faut attendre l’évolution de la situation dans les prochains jours. Mais ce qui est déjà certain, c’est qu’une partie importante des cultures céréalières, ainsi que des filières sensibles comme les fruits rouges, ont subi un impact notable. À ce stade, on ne peut pas encore parler d’énormes dégâts : pour l’instant, les dommages restent limités. Une évaluation plus fine est en cours, avec une remontée progressive des informations du terrain», insiste-t-il.
La situation que vit actuellement la région remet également en lumière l’urgence des «autoroutes de l’eau» entre le nord et le sud du pays.
«À l’origine, ces projets visaient surtout à lutter contre la sécheresse. Si les excédents hydriques du Nord avaient pu être transférés vers certains barrages aujourd’hui presque vides, comme celui d’Al-Massira, on aurait pu sauver des dizaines de milliers d’hectares dans des régions comme les Doukkala ou la Chaouia. C’est un projet que nous évoquons depuis des années, notamment pendant les cinq années consécutives de sécheresse», rappelle Benali.
Il soutient que ces infrastructures apparaissent d’autant plus indispensables qu’elles peuvent servir à la fois à atténuer les effets de la sécheresse, devenue structurelle au Maroc, et à prévenir les inondations. «Ce n’est plus un luxe: c’est devenu une nécessité vitale pour notre souveraineté alimentaire», fait-il
remarquer.
À la question de savoir si la Comader réfléchit à un plan de soutien aux agriculteurs sinistrés dans le Gharb, Benali avance que le plus important, dans les jours qui viennent, est de procéder à une évaluation claire de l’étendue des dégâts.
«On ne peut pas demander des mesures de soutien sans savoir si l’on parle de 100 hectares ou de 100.000. Ensuite, des ajustements sont possibles. Si certaines cultures d’automne sont perdues, elles pourront être remplacées par des cultures de printemps. La région est aussi propice au riz, ce qui ouvre des alternatives. Il y aura forcément un changement de calendrier cultural, avec le remplacement de certaines cultures d’hiver par des cultures de printemps. Après cela, tout dépendra de l’évolution de la situation sur le terrain», conclut le patron de la Comader.
Le Gharb, un trésor agricole du Royaume porté par l’eau et la diversité des sols
La région du Gharb bénéficie d’un régime pluviométrique supérieur à la moyenne nationale, sous un climat méditerranéen marqué par des hivers doux et humides et des étés chauds et secs. Elle dispose de ressources hydriques parmi les plus importantes du pays, à la fois souterraines et superficielles. Les eaux souterraines reposent sur deux grandes nappes – la nappe de la Maâmora et une nappe profonde logée dans les formations quaternaires de la plaine – dont la capacité globale est estimée à 260 millions de m³.À cela s’ajoutent les ressources superficielles issues du Sebou et de ses principaux affluents (Ouergha, Beht et Rdom), qui drainent un bassin versant de près de 40.000 km², avec une pluviométrie moyenne annuelle d’environ 450 mm. L’apport annuel en eaux de surface est évalué à 5,6 milliards de m³.
Ces atouts hydriques, combinés à une grande diversité pédologique, à la disponibilité de la main-d’œuvre et à la proximité des marchés européens et nationaux, font de l’agriculture la première activité économique de la région. La plaine du Gharb s’étend sur près de 4.200 km², entre Kénitra, Sidi Slimane et Sidi Kacem. Elle se caractérise par un relief très peu marqué, avec une altitude moyenne avoisinant 60 mètres.
Elle abrite une mosaïque de sols aux vocations agronomiques complémentaires. Ainsi, les merjas (15% de la superficie), aux sols hydromorphes, sont particulièrement adaptées à la riziculture et aux cultures fourragères. La plaine centrale (40%), dominée par les sols noirs dits Tirs, est propice à la céréaliculture et au maraîchage, tandis que la frange côtière, plus sableuse, accueille les cultures sous abri (fraise, banane) et l’arachide.
De même, les levées alluviales (30%), aux sols moins argileux (Dehs), sont favorables aux cultures industrielles comme la canne à sucre, la betterave ou le tournesol. Sans oublier le Zrar (15%), composé de sols rouges particulièrement riches. À cet ensemble s’ajoute le plateau forestier de la Maâmora, vaste de plus de 3.300 km² et dominé par le chêne-liège. Il forme, avec la plaine du Gharb, un même système hydrogéologique, bien que son substratum imperméable soit moins profond.
