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La Banque mondiale abaisse ses prévisions de croissance pour le Maroc en 2024

La Banque mondiale revoit à la baisse ses prévisions de croissance pour le Maroc en 2024 à 2,4%. Cette révision découle principalement d'un repli attendu de l'activité agricole en raison des conditions climatiques défavorables affectant les cultures majeures. Ce réajustement s’inscrit dans un contexte d’abaissement des projections pour toute la région du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord. Le point.

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Après Bank Al-Maghrib, la Banque mondiale revoit également à la baisse ses prévisions de croissance pour le Maroc en 2024. Cette révision s’inscrit dans un contexte d’abaissement des projections pour toute la région du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord (MENA), suite à l’alourdissement de la dette et de l’incertitude croissante induite par les conflits au Moyen-Orient sur les économies locales.

La Banque mondiale table désormais sur une augmentation du produit intérieur brut (PIB) de 2,4% cette année, pour le Maroc, contre +3,1% prévu initialement par l’Institution en octobre dernier. Ce qui représenterait un ralentissement par rapport à l’année dernière. «Au Maroc, on devrait avoir un taux de 2,4% en 2024, contre 2,8% en 2023, en raison du net ralentissement de l’activité agricole, laquelle devrait reculer de près de 3% en 2024 du fait de conditions climatiques anormalement arides et chaudes qui nuisent aux cultures majeures», estime l’Institution de Bretton Woods, dans son dernier rapport économique, intitulé «Conflits et endettement dans la région MENA». À noter que ce rapport a été réalisé avant les précipitations importantes enregistrées dernièrement dans le pays.



Selon ce Bulletin d’information, la croissance du PIB devrait ralentir cette année dans presque tous les pays importateurs de pétrole de la région MENA. Dans ces pays, la croissance moyenne attendrait 2,5% cette année. Soit moins que la moyenne de toute la région MENA estimée à +2,7% en 2024, dopée par les pays exportateurs de pétrole (+2,8%).

Par ailleurs, le rapport examine l’impact économique du conflit au Moyen-Orient sur la région, à commencer par la Palestine. L’activité économique dans la bande de Gaza est presque au point mort, avec une chute de 86% du PIB au dernier trimestre de 2023. La Cisjordanie est plongée dans une récession, touchant à la fois les secteurs public et privé.

Les pays voisins tels que la Jordanie et l’Égypte sont plus susceptibles d’être directement touchés par le biais de canaux comme le tourisme, les produits énergétiques, les pressions budgétaires et les recettes en devises.

L’incertitude s’est intensifiée dans la région MENA

Pour le reste de la région, l’impact économique du conflit est resté assez limité, mais l’incertitude s’est intensifiée. À titre indicatif, le secteur du transport maritime a dû faire face aux perturbations en détournant les navires de la mer Rouge, et toute interruption prolongée des voies de passage par le canal de Suez pourrait entraîner une hausse des prix des produits de base à l’échelle régionale et mondiale.

Mais ce qui est le plus préoccupant, pour le moment, c’est la croissance de l’endettement, dans la région MENA qui réduit la capacité de nombreux pays à faire face aux chocs.

Le ratio dette/PIB en baisse au Maroc

Entre 2013 et 2019, le ratio médian de la dette par rapport au PIB des économies de la région a augmenté de plus de 23 points de pourcentage. La pandémie a exacerbé cette situation, car la diminution des recettes, combinée aux dépenses de soutien liées à la pandémie, a accru les besoins de financement de nombreux pays. Cette hausse de l’endettement est particulièrement concentrée dans les pays importateurs de pétrole, dont le ratio dette/PIB dépasse actuellement de plus de 50% la moyenne mondiale des pays émergents et en développement. Avec une proportion approchant les 90% du PIB en 2023, les pays importateurs de pétrole de la région MENA affichent un ratio dette/PIB près de trois fois supérieur à celui des pays exportateurs de pétrole de la région.

Pour la Banque mondiale, le solde primaire (différence entre les recettes et les dépenses publiques) est un facteur majeur dans l’évolution de l’encours de la dette. Dans toute la région, les déficits budgétaires se sont considérablement creusés depuis 2020, en raison de l’augmentation des dépenses publiques liées à la pandémie pour les soins de santé et le soutien à l’activité économique, et de la baisse des recettes due aux confinements généralisés en riposte à la Covid-19. Bien que les déficits primaires se soient améliorés entre 2021 et 2023, ils sont restés supérieurs aux niveaux antérieurs à la pandémie dans de nombreux cas. En particulier, les pays importateurs de pétrole affichent un niveau de dette élevée. De plus, ils présentent des perspectives limitées de désendettement par la croissance ou même par l’inflation. Ceci est dû en grande partie à des facteurs extrabudgétaires et de l’effet des fluctuations des taux de change sur la valeur de la dette libellée en devises. Selon le rapport, les pays importateurs de pétrole de la région MENA n’ont pas réussi à réduire leur endettement ou à maîtriser leur dette, soulignant ainsi l’importance de la discipline budgétaire pour limiter l’endettement. Pour le Maroc, contrairement aux autres pays importateurs de pétrole, le ratio dette/PIB a diminué de 71,6% en 2022 à 70,6% en 2023.

En outre, l’augmentation du ratio dette/PIB résulte aussi de la réévaluation de la dette libellée en devises. Pour les pays qui affichaient des taux de change fixes, ils n’ont connu que peu ou pas de variations de change au cours des dix dernières années. Ainsi, les réévaluations de change n’ont pas eu d’effet sur leurs ratios dette/PIB. En revanche, pour les pays qui ont connu des fluctuations de change, la part de la dette libellée en devises est importante. Dans ce cadre, l’Égypte et la Tunisie ont été les plus touchées par les effets de réévaluation.

Les paiements d’intérêts sont un deuxième facteur qui influence l’évolution de la dette publique. Les pays importateurs de pétrole de la région MENA ont toujours payé des intérêts plus élevés en pourcentage du PIB initial que leurs homologues exportateurs de pétrole. Ceci parce que les importateurs de pétrole ont des niveaux d’endettement plus élevés et qu’il existe une relation presque mécanique entre l’encours de la dette et les paiements d’intérêts.

L’augmentation des paiements d’intérêts résulte de la récente hausse des taux d’intérêt sur les marchés internationaux dans le cadre d’un resserrement monétaire mondial, ainsi que des changements observés dans l’appétence pour le risque, qui se sont ressentis sur les primes de risque spécifiques à chaque pays. Pour le Maroc, le volume des intérêts payés reste maîtrisé et quasi stable à 2,2% du PIB en 2023, contre 7,6% pour l’Égypte, 4,7% pour la Jordanie et 3,3% pour la Tunisie.

Par ailleurs, l’inflation est supposée entraîner un allègement de la dette. Mais cela n’est pas le cas pour les pays importateurs de pétrole de la région MENA. Chaque baisse d’un point de pourcentage de leur ratio dette/PIB du fait de l’inflation est contrebalancée quasi totalement par une augmentation de l’encours de la dette nominale. Cela s’explique donc dans une large mesure par les variations de change

En revanche, pour les pays exportateurs de pétrole, l’inflation a été généralement accompagnée d’une augmentation des recettes pétrolières et d’une réduction des déficits. Pour ces pays, le défi aujourd’hui consiste à diversifier l’économie et les sources de revenus, compte tenu des changements structurels sur les marchés mondiaux du pétrole et de la demande croissante pour les énergies renouvelables. «Dans l’ensemble, les économies de la région MENA doivent engager des réformes structurelles, notamment en améliorant la transparence, afin de stimuler la croissance et de garantir un développement durable.», préconise la Banque mondiale.
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