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La mandarine et la clémentine, les moteurs de la filière des agrumes en 2025-2026

La campagne agrumicole marocaine 2025/2026 s’inscrit dans une dynamique de reprise prudente, portée par de meilleures conditions climatiques, un cycle végétatif plus favorable et une adaptation progressive des pratiques culturales. Si la production nationale progresse par rapport à la saison précédente, elle reste toutefois inférieure au pic historique de 2018/2019, tout en se situant légèrement au-dessus de la moyenne des cinq dernières années, avec des performances contrastées selon les segments et les débouchés. Analyse.

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Analyse édifiante du département fédéral américain de l’Agriculture (USDA) sur la filière agrumicole marocaine. Ses données indiquent que la campagne agrumicole marocaine 2025/2026 s’inscrit dans une dynamique de redressement mesuré, portée par de meilleures conditions climatiques, un cycle végétatif plus favorable des vergers et une adaptation progressive des pratiques culturales. Globalement, révèle l’analyse, la production nationale d’agrumes affiche une progression par rapport à la saison précédente, tout en restant inférieure au pic historique atteint en 2018/2019, mais légèrement au-dessus de la moyenne des cinq dernières années. Cette amélioration concerne l’ensemble des segments - mandarines et clémentines, oranges, citrons et limes - avec des trajectoires différenciées selon les débouchés, la compétitivité à l’export et les capacités de transformation locale.



Dans le détail, l’USDA estime la production marocaine de mandarines et clémentines à 1,15 million de tonnes pour la campagne 2025/26, en amélioration de 4% par rapport à 2024/25. Cette progression est principalement attribuée à des conditions météorologiques plus favorables durant la période de floraison et de croissance, combinées à l’alternance naturelle du cycle des arbres. De même, les pluies tardives enregistrées début novembre ont eu un impact positif sur le calibre des fruits, augmentant la proportion des tailles 4 et 5, particulièrement recherchées sur les marchés internationaux. Dans le Sud du Royaume, les opérateurs signalent par ailleurs une adoption croissante de porte-greffes tolérants à la salinité et plus efficients en eau, tels que Macrophylla et Volkameriana, notamment dans les nouveaux vergers. Selon l’USDA, la consommation domestique attendue s’élèverait à 600.000 tonnes, en montée de 7%, soutenue par l’augmentation de l’offre et la relative stabilité des prix sur le marché local.
Sur le plan commercial, la campagne d’exportation a démarré avec près de deux semaines de retard, en raison d’une maturation plus lente des fruits et du temps nécessaire pour atteindre les calibres exportables. Malgré ce décalage, les exportations de mandarines et clémentines sont projetées à 550.000 tonnes, soit une progression de 2% par rapport à la saison précédente. L’Union européenne et la Russie demeurent les principales destinations, mais le rapport de l’USDA souligne la montée en puissance des marchés d’Afrique subsaharienne, notamment le Sénégal, la Mauritanie et la Côte d’Ivoire. Cette diversification géographique s’accompagne toutefois d’une pression concurrentielle accrue, en particulier de la part du Chili, dont les variétés tardives arrivent sur les marchés internationaux durant la fenêtre stratégique de début de campagne marocaine (novembre-décembre).

La production d’oranges fraîches, quant à elle, est estimée à 970.000 tonnes en 2025/26, soit une hausse limitée de 1%. Cette évolution modérée reflète l’amélioration des conditions climatiques par rapport à la saison précédente, mais aussi la diffusion progressive de l’irrigation goutte-à-goutte auprès des producteurs.

La consommation domestique demeure largement dominante, avec 820.000 tonnes, tandis que les volumes orientés vers la transformation augmentent à 65.000 tonnes, en lien avec l’extension des capacités industrielles du principal producteur de jus concentré dans le Sud du pays.

En revanche, nuance l’analyse de l’USDA, les exportations d’oranges stagnent à 85.000 tonnes, un niveau conforme à 2024/25 mais inférieur à la moyenne des cinq dernières années. Les exportateurs marocains continuent de faire face à une concurrence sévère de l’Égypte et de la Turquie, où les coûts de production sont significativement plus bas. Dans le cas égyptien, la dépréciation de la monnaie renforce la compétitivité-prix à l’export, tandis que le Maroc subit l’effet combiné de coûts de main-d’œuvre plus élevés et de contraintes hydriques persistantes.

Le segment du jus d’orange (base 65° brix) enregistre une évolution stratégique. La production est projetée à 6.500 tonnes en 2025/26, en hausse de 8% par rapport à la moyenne des cinq dernières années. Cette progression est tirée par l’augmentation des volumes livrés aux transformateurs (65.000 tonnes d’oranges) et par l’expansion des capacités industrielles, notamment dans le Sud. Dans ce tableau, la consommation nationale atteindrait 4.300 tonnes, tandis que les exportations sont estimées à 4.000 tonnes, principalement à destination du Moyen-Orient et de l’Afrique de l’Ouest.

Fait marquant de la campagne, les importations de jus d’orange chutent à 1.800 tonnes, contre près de 3.400 tonnes deux ans plus tôt. Cette baisse reflète, selon les analystes de l’USDA, une substitution progressive des concentrés importés, notamment en provenance du Brésil et de l’Égypte, par une production locale renforcée. Les acteurs de la filière affichent clairement leur ambition de réduire durablement la dépendance aux importations de concentré congelé.

La production de citrons et de limes est attendue à 48.000 tonnes en 2025/26, soit une hausse de 6%, portée par de meilleures conditions climatiques. La consommation domestique est estimée à 38.000 tonnes, tandis que les exportations demeurent stables à 10.000 tonnes. Les marchés d’Afrique subsaharienne constituent le premier débouché, suivis par l’Union européenne. Bien que ce segment reste marginal en volume, il bénéficie d’une demande régionale soutenue et d’un positionnement complémentaire dans l’offre agrumicole nationale. Dans son rapport, le département américain de l’Agriculture met en lumière la poursuite des mécanismes de soutien public, via le Fonds de développement agricole (FDA). Les dispositifs en vigueur incluent notamment des subventions à l’exportation ciblées selon les destinations, une prise en charge de 30% des coûts de construction des stations de conditionnement et des aides phytosanitaires ciblant entre autres la mouche méditerranéenne. Sans oublier les incitations spécifiques à l’agrégation, avec des primes différenciées selon la taille des exploitations et un bonus pour les producteurs biologiques. Des mesures qui visent à renforcer la structuration de la filière, soutenir les petits agriculteurs et améliorer la compétitivité globale de l’offre marocaine sur les marchés internationaux.
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