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Mardi 12 Mai 2026
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Logismed 2026 : le Maroc accélère sa transformation en hub logistique intelligent entre l’Europe et l’Afrique

Digitalisation des chaînes d’approvisionnement, nouvelles zones logistiques, intelligence artificielle, cybersécurité et coopération renforcée avec l’Espagne… La 13ᵉ édition de Logismed met en lumière les ambitions du Maroc pour bâtir un écosystème logistique plus agile, connecté et résilient face aux mutations mondiales.

Le Maroc veut consolider sa position de plateforme logistique régionale et intercontinentale. C’est le message central qui a marqué l’ouverture de la 13ᵉ édition de Logismed 2026, le rendez-vous professionnel du transport, de la logistique et de la supply chain au Royaume, organisé sous le thème « Un écosystème logistique intelligent : connecter les territoires et réinventer la supply chain ».

Dans un contexte mondial marqué par les tensions géopolitiques, commerciales et climatiques, les intervenants ont unanimement souligné le rôle désormais stratégique de la logistique dans la compétitivité économique, l’attractivité des territoires et la souveraineté des États.



Pour Ali Berrada, président de Logismed, la succession des crises mondiales a profondément changé la place de la logistique dans l’économie mondiale. « La logistique n’est plus une simple fonction de support. Elle est devenue un levier stratégique majeur de compétitivité des entreprises, d’attractivité des territoires et de souveraineté des nations », a-t-il affirmé.

Selon lui, le Maroc dispose aujourd’hui de plusieurs atouts structurants, notamment une position géographique stratégique, des infrastructures industrielles en croissance ainsi qu’une vision claire visant à faire du Royaume un hub logistique régional et intercontinental.

Le thème retenu pour cette édition traduit cette transformation profonde du secteur. « La logistique d’aujourd’hui n’est plus une juxtaposition d’acteurs et d’infrastructures. C’est un écosystème où tout est connecté », a expliqué Ali Berrada. Il estime désormais indispensable de construire des chaînes logistiques capables d’anticiper, de s’adapter et d’optimiser leurs opérations en temps réel grâce à la donnée, à l’intelligence artificielle et à l’innovation.

Dans cette logique, Logismed 2026 met fortement l’accent sur l’innovation. En plus des conférences plénières consacrées aux enjeux stratégiques du secteur, un nouveau format baptisé « Logismed Innovation Days » a été lancé en partenariat avec Spring Project. Ce village innovation réunit startups, experts et leaders du marché autour de solutions concrètes liées à la digitalisation, à l’automatisation et à l’optimisation des chaînes d’approvisionnement.

Parmi les nouveautés de cette édition figurent également les « Rencontres du Digital by PortNet », des rendez-vous d’affaires, un espace dédié aux jeunes et aux étudiants souhaitant découvrir les métiers de la logistique ainsi que, pour la première fois, des prix de l’innovation.

Le ministre du Transport et de la Logistique, Abdessamad Kayouh, a pour sa part insisté sur les profondes mutations qui touchent aujourd’hui le secteur à l’échelle mondiale. Selon lui, la logistique est devenue un pilier stratégique de compétitivité et de durabilité économique, dépassant largement sa fonction traditionnelle d’outil opérationnel.

Le ministre a mis en avant plusieurs priorités qui seront au cœur des débats de cette édition, parmi lesquelles le commerce électronique et la logistique du dernier kilomètre, le développement des entrepôts et des zones logistiques, la connexion des territoires au commerce international, ainsi que les enjeux liés à la cybersécurité, aux données, à l’intelligence artificielle et à la réduction des émissions carbone.

Dans ce cadre, Abdessamad Kayouh a particulièrement salué l’intégration du programme PME Supply Chain 2025-2029, piloté conjointement par l’Agence marocaine de développement de la logistique (AMDL) et Maroc PME. Ce dispositif vise à accompagner les petites et moyennes entreprises du secteur grâce à un soutien financier et technique destiné à améliorer leur compétitivité, accélérer leur transformation numérique et renforcer la durabilité de leurs chaînes logistiques.

Le ministre a également dressé un état des lieux des grands projets logistiques engagés par le Royaume dans le cadre de la stratégie nationale de développement de la compétitivité logistique.

À Casablanca, les travaux de la zone logistique d’Oulad Saleh, située sur le corridor Zenata-Nouaceur reliant le nord et le sud de la métropole, se poursuivent. Cette plateforme de 70 hectares devrait être achevée à l’été 2026. Parallèlement, les travaux de la plateforme logistique et industrielle intégrée de Zenata ont été lancés. Un nouveau pôle industriel et logistique de 120 hectares sera également développé en partenariat avec le ministère de l’Industrie et du Commerce ainsi que la région Casablanca-Settat afin de renforcer l’attractivité économique du territoire.

Dans le sud du pays, les lots aménagés de la zone logistique de Lqliaa, près d’Agadir, ont déjà été commercialisés, créant une nouvelle dynamique d’investissement dans la région Souss-Massa. Les provinces du Sud bénéficient elles aussi d’investissements logistiques structurants, notamment dans la région de Dakhla-Oued Eddahab, conformément aux orientations royales.

Le ministre a également souligné la montée des investissements privés dans le secteur. Plusieurs plateformes logistiques totalisant près de 175.000 m² ont récemment été inaugurées.

Au-delà des infrastructures, le gouvernement souhaite également faire de la logistique un secteur prioritaire dans le cadre de la Charte de l’investissement, notamment pour soutenir les PME et renforcer la compétitivité de l’économie nationale.

L’Espagne, invitée d’honneur de cette édition, occupe une place centrale dans cette dynamique. L’ambassadeur espagnol au Maroc, Enrique Ojeda Vila, a rappelé que les relations entre les deux Royaumes connaissent actuellement une phase de renforcement stratégique, notamment dans la perspective de la Coupe du monde 2030. L’Espagne demeure le premier partenaire commercial du Maroc depuis plus de dix ans, tandis que le Maroc est devenu le principal partenaire commercial de l’Espagne en Afrique ainsi que son premier marché hors Union européenne après les États-Unis et le Royaume-Uni. Les échanges commerciaux continuent d’ailleurs de progresser fortement. Les exportations espagnoles vers le Maroc ont dépassé 12 milliards d’euros l’an dernier, tandis que les importations ont atteint plus de 10,4 milliards d’euros. Selon l’ambassadeur, le marché logistique marocain représente désormais près de 10 milliards d’euros, couvrant les transports routier, maritime, aérien et ferroviaire.

Près de 30 entreprises et institutions espagnoles participent à cette édition de Logismed à travers deux pavillons dédiés. Cette présence vise à renforcer les partenariats dans les domaines du transport, de la gestion portuaire, des solutions technologiques, du commerce extérieur et de la numérisation.

Pour Enrique Ojeda Vila, la relation maroco-espagnole constitue aujourd’hui « le socle le plus solide entre l’Europe et l’Afrique », particulièrement dans un contexte international marqué par les incertitudes et les recompositions géopolitiques.
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