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Mercredi 20 Mai 2026
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Le Maroc repense ses modèles de simulation hydraulique

Face à des sécheresses de plus en plus fréquentes et à une pression croissante sur ses ressources hydriques, le Maroc prépare une étude majeure destinée à identifier les modèles de simulation hydraulique les plus adaptés à ses spécificités. Le projet prévoit l’intégration des scénarios du changement climatique et des besoins des différents secteurs utilisateurs – domestique, agricole et industriel – afin d’améliorer l’anticipation des périodes de stress hydrique et l’optimisation de l’allocation des ressources en eau.

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Confronté à une pression croissante sur ses ressources hydriques et dans un contexte de changement climatique aux effets de plus en plus tangibles, le Maroc renforce la modernisation de sa gouvernance de l’eau. Le ministère de tutelle, à travers la Direction de la recherche et de la planification de l’eau (DRPE), lance une étude d’envergure pour identifier et adapter les modèles de simulation hydraulique les plus performants au contexte national.

Le pays fait face à des défis croissants en matière de planification et de gestion de l’eau. Les périodes de sécheresse se prolongent, les événements climatiques extrêmes se multiplient, et la pression sur les ressources hydriques s’intensifie sous l’effet conjugué de l’urbanisation rapide et de la croissance démographique. La raréfaction des précipitations, couplée à une demande en hausse pour les usages domestiques, agricoles et industriels, menace l’équilibre hydrique du pays.



Dans ce contexte, la gestion efficace des infrastructures hydrauliques – barrages, retenues collinaires, systèmes de distribution – est devenue un enjeu stratégique majeur pour garantir un approvisionnement en eau potable et une irrigation durable.

Des outils existants insuffisamment adaptés

Si plusieurs modèles de simulation hydraulique sont déjà employés pour optimiser la planification et la gestion des ressources en eau, ces outils présentent des limites notables. Ils ne prennent pas toujours en compte les caractéristiques climatiques, géographiques et hydrologiques propres au Maroc, ce qui affecte leur efficacité dans la prise de décisions stratégiques. Leur capacité à intégrer les effets du changement climatique demeure insuffisante, alors même que les projections annoncent une intensification des sécheresses et une variabilité accrue des précipitations.

Pour y remédier, la DRPE prépare donc une étude visant à identifier et adapter les modèles de simulation hydraulique les plus performants pour le contexte marocain. Cette initiative s’inscrit dans une démarche globale d’optimisation de la planification et la gestion des ressources en eau, avec une prise en compte rigoureuse des scénarios climatiques futurs et des besoins spécifiques des différents secteurs utilisateurs. L’objectif est de disposer d’outils de simulation avancés permettant une meilleure anticipation des périodes de stress hydrique, une régularisation plus efficace des flux d’eau et une allocation optimisée des ressources en fonction des priorités nationales.

La DRPE a structuré sa démarche en trois grandes étapes. La première consiste en un état des lieux exhaustif des modèles existants, aussi bien au Maroc qu’à l’international. Il s’agira d’examiner les outils utilisés notamment par les Agences de bassins hydrauliques, les bureaux d’études spécialisés et les universités, d’analyser leurs forces et leurs faiblesses, et d’identifier les bonnes pratiques adoptées par des pays confrontés à des défis similaires. À l’issue de cette phase, un rapport de diagnostic détaillé permettra de cartographier les solutions disponibles et d’évaluer les besoins spécifiques du pays. La deuxième étape sera consacrée au choix du modèle le plus approprié au contexte marocain. Une évaluation multicritère rigoureuse sera menée, intégrant des critères tels que la facilité d’utilisation, la compatibilité avec les données locales, l’interopérabilité avec les systèmes existants, et surtout la capacité à modéliser les impacts du changement climatique. Cette sélection se fera en étroite concertation avec les équipes de la DRPE et les agences de bassins hydrauliques, à travers des ateliers participatifs destinés à garantir l’adhésion des futurs utilisateurs.

Enfin, la troisième étape portera sur l’application concrète du modèle retenu à deux bassins hydrauliques pilotes représentatifs – l’un au nord, l’autre au sud du pays. L’objectif est de concevoir, développer et déployer un outil opérationnel de planification et d’optimisation de la gestion des ressources en eau, capable d’analyser les performances hydrauliques sur les longues séries historiques, de simuler des scénarios d’adaptation aux changements futurs, et d’appuyer la prise de décision en temps réel pour les lâchers et les allocations d’eau.

Le modèle qui sera développé devra notamment permettre d’anticiper les variations des débits, les périodes de sécheresse et les épisodes de crue, d’établir des bilans hydrauliques par ouvrage, et de gérer les complexes hydrauliques interconnectés. Il intégrera également les interactions entre eaux de surface et eaux souterraines, ainsi que les besoins des différents secteurs – agriculture, industrie, eau potable.

Au-delà de la technologie, l’initiative prévoit un volet fort de renforcement des capacités humaines. Une formation approfondie des cadres de la Direction de la recherche et de la planification de l’eau est prévue, ainsi qu’une mission d’échange dans un pays pionnier en matière de planification et de gestion des ressources en eau, au profit d’au moins douze ingénieurs et experts marocains.

L’ensemble de cette démarche devra être réalisé dans un délai de douze mois. À terme, l’objectif est de doter le Maroc d’outils de simulation avancés permettant une meilleure anticipation des périodes de stress hydrique, une régularisation plus efficace des flux d’eau et une allocation optimisée des ressources en fonction des priorités nationales. n
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