Alors que les analyses de plusieurs plateformes internationales spécialisées ne jurent que par le potentiel de croissance que recèle le marché mondial des plantes aromatiques et médicinales (PAM), la filière marocaine, elle, semble naviguer à vue. Le secteur pèche aujourd’hui par un déficit criant en infrastructures modernes de valorisation et par l’absence d’un cadre de gouvernance dédié. Résultat : des opportunités indéniables à l’export s’évaporent, générant un manque à gagner important pour une filière qui fait vivre des milliers de petits acteurs.
Pourtant, au Maroc, l’exploitation des PAM est une tradition de longue date. Le Royaume figure, en effet, parmi les principaux producteurs d’herbes sèches et d’huiles essentielles. De par sa situation géographique, le pays constitue un cadre naturel original, offrant une gamme complète de bioclimats méditerranéens favorisant une flore riche et variée, avec un endémisme très marqué.
Sur le plan économique, les plantes aromatiques et médicinales constituent actuellement un levier important de l’agriculture solidaire dans certaines régions et, par conséquent, une source de revenus non négligeable. Le safran, l’armoise, l’arbousier, le thym et les câpres revêtent une grande importance pour leurs usages culinaire et cosmétique, en plus de leur exploitation en ornement, en parfumerie ou en pharmacologie.
Selon l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), le Royaume assure une production annuelle de près de 140.000 tonnes de PAM, dont l’essentiel (98%) provient de la cueillette de plantes spontanées. D’après les données de l’Agence nationale des plantes aromatiques et médicinales (ANPAM), que l’Exécutif Akhannouch a d’ailleurs décidé de dissoudre, le Maroc détient le rang de 12ᵉ exportateur mondial, avec pas moins de 52.000 tonnes de plantes et 5.000 tonnes d’huiles essentielles.
L’Établissement autonome de contrôle et de coordination des exportations (Morocco Foodex) indique, quant à lui, que les principaux produits exportés sont les caroubes, l’huile d’argane, le romarin, le thym, les huiles essentielles et la rose. Les efforts consentis ces dernières années pour dynamiser le processus de valorisation demeurent toutefois timides. De l’aveu même de la «défunte» ANPAM, l’essentiel de la valeur ajoutée est produit à l’étranger.
Par ailleurs, la chaîne de valeur est jugée «très complexe» et fait intervenir plusieurs acteurs, tant en matière de ressources que de valorisation. Concernant la ressource, l’exploitation anarchique et intensive, combinée aux effets du changement climatique, entraîne une régression annuelle des stocks, mettant en péril plusieurs espèces, dont l’origan, le pyrèthre et la camomille.
Le pays dispose pourtant d’un patrimoine important en plantes aromatiques et médicinales, dont l’endémisme est marqué. Les états actuels estiment à près de 400 le nombre de variétés à potentiel aromatique et/ou médicinal. Le Royaume gagnerait ainsi à se doter d’un système de gouvernance dédié à cette filière, appuyé par une stratégie de développement claire et long-termiste.
Le retour exceptionnel de la pluviométrie cette année alimente l’espoir d’un rendement élevé de la filière. La succession des épisodes de sécheresse a en effet durement affecté le couvert végétal à l’échelle nationale, en particulier dans des zones reconnues pour leurs richesses en PAM, comme l’Oriental et le Haouz. Les pluies actuelles auront ainsi pour vertu d’améliorer l’humidité du sol, de favoriser la germination, la repousse et l’allongement des tiges, après sept années de stress hydrique sévère.
Pour de nombreuses PAM (romarin, thym, menthe, coriandre, fenouil, etc.), une pluviométrie bien répartie permettra une meilleure densité foliaire, une biomasse plus importante, des récoltes plus régulières et une recapitalisation des parcours naturels. De même, les pluies favorisent la régénération naturelle des peuplements, élément vital pour la durabilité de la filière. Celle-ci dispose ainsi de tous les atouts pour s’attaquer à un marché international en pleine croissance.
Cette dynamique est principalement portée par la demande croissante de produits naturels et d’origine végétale dans les industries pharmaceutique, cosmétique, alimentaire et du bien-être. Elle correspond également à une structuration progressive du marché, marquée par l’extension des surfaces cultivées, l’amélioration des techniques d’extraction et une meilleure intégration des plantes médicinales dans les chaînes de valeur industrielles.
À partir de 2030, cette croissance devrait nettement s’accélérer, les économies émergentes jouant un rôle moteur, portées par l’expansion des infrastructures de santé et l’augmentation du revenu disponible. Le potentiel du marché repose aussi sur une base biologique exceptionnellement large. Plus de 28.000 espèces de plantes médicinales sont identifiées à l’échelle mondiale, mais seules 7.000 sont réellement utilisées, et à peine 2% sont cultivés commercialement.
Par ailleurs, près de 80% de la population mondiale recourent, au moins partiellement, à la phytothérapie pour les soins de santé primaires, conférant à ce marché une dimension à la fois économique, sociale et sanitaire, et renforçant sa résilience face aux cycles conjoncturels. Les perspectives sont désormais étroitement liées à la montée en gamme de la transformation.
Parallèlement, les modèles d’approvisionnement traçables et certifiés progressent, même si la pénétration globale des certifications demeure inférieure à 35%, laissant entrevoir un important potentiel d’amélioration. Malgré ces perspectives favorables, les experts estiment que le marché reste confronté à plusieurs contraintes majeures. La cueillette sauvage représente encore plus de 55% de l’approvisionnement mondial, exposant de nombreuses espèces à des risques de surexploitation et accentuant l’instabilité des volumes.
À l’inverse, la culture biologique et certifiée apparaît comme l’un des principaux leviers de croissance future. Les surfaces cultivées en plantes médicinales biologiques ont progressé de plus de 25% depuis 2021, tandis que les acheteurs internationaux intègrent de plus en plus la certification comme critère contractuel.
Sur le plan régional, l’Asie-Pacifique domine toujours la production de matières premières, concentrant plus de 40% du marché mondial et plus de 70% des volumes produits. En revanche, l’Amérique du Nord et l’Europe conservent un avantage décisif sur les segments à forte valeur ajoutée, grâce à des capacités de transformation avancées et une forte demande en aval. Les régions du Moyen-Orient et de l’Afrique, qui représentent environ 12% du marché mondial, se distinguent par une richesse botanique importante, mais restent encore faiblement intégrées dans les segments de transformation industrielle.
Dans ce contexte, le Maroc n’a plus le luxe d’une approche attentiste. Soit il parvient à structurer une filière PAM moderne, compétitive et durable, capable de capter une part significative de la valeur mondiale, soit il restera cantonné à un rôle de pourvoyeur de ressources brutes dans un marché en pleine montée en gamme. La fenêtre d’opportunité est ouverte.
Pourtant, au Maroc, l’exploitation des PAM est une tradition de longue date. Le Royaume figure, en effet, parmi les principaux producteurs d’herbes sèches et d’huiles essentielles. De par sa situation géographique, le pays constitue un cadre naturel original, offrant une gamme complète de bioclimats méditerranéens favorisant une flore riche et variée, avec un endémisme très marqué.
Sur le plan économique, les plantes aromatiques et médicinales constituent actuellement un levier important de l’agriculture solidaire dans certaines régions et, par conséquent, une source de revenus non négligeable. Le safran, l’armoise, l’arbousier, le thym et les câpres revêtent une grande importance pour leurs usages culinaire et cosmétique, en plus de leur exploitation en ornement, en parfumerie ou en pharmacologie.
Selon l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), le Royaume assure une production annuelle de près de 140.000 tonnes de PAM, dont l’essentiel (98%) provient de la cueillette de plantes spontanées. D’après les données de l’Agence nationale des plantes aromatiques et médicinales (ANPAM), que l’Exécutif Akhannouch a d’ailleurs décidé de dissoudre, le Maroc détient le rang de 12ᵉ exportateur mondial, avec pas moins de 52.000 tonnes de plantes et 5.000 tonnes d’huiles essentielles.
L’Établissement autonome de contrôle et de coordination des exportations (Morocco Foodex) indique, quant à lui, que les principaux produits exportés sont les caroubes, l’huile d’argane, le romarin, le thym, les huiles essentielles et la rose. Les efforts consentis ces dernières années pour dynamiser le processus de valorisation demeurent toutefois timides. De l’aveu même de la «défunte» ANPAM, l’essentiel de la valeur ajoutée est produit à l’étranger.
Par ailleurs, la chaîne de valeur est jugée «très complexe» et fait intervenir plusieurs acteurs, tant en matière de ressources que de valorisation. Concernant la ressource, l’exploitation anarchique et intensive, combinée aux effets du changement climatique, entraîne une régression annuelle des stocks, mettant en péril plusieurs espèces, dont l’origan, le pyrèthre et la camomille.
Le pays dispose pourtant d’un patrimoine important en plantes aromatiques et médicinales, dont l’endémisme est marqué. Les états actuels estiment à près de 400 le nombre de variétés à potentiel aromatique et/ou médicinal. Le Royaume gagnerait ainsi à se doter d’un système de gouvernance dédié à cette filière, appuyé par une stratégie de développement claire et long-termiste.
Le retour exceptionnel de la pluviométrie cette année alimente l’espoir d’un rendement élevé de la filière. La succession des épisodes de sécheresse a en effet durement affecté le couvert végétal à l’échelle nationale, en particulier dans des zones reconnues pour leurs richesses en PAM, comme l’Oriental et le Haouz. Les pluies actuelles auront ainsi pour vertu d’améliorer l’humidité du sol, de favoriser la germination, la repousse et l’allongement des tiges, après sept années de stress hydrique sévère.
Pour de nombreuses PAM (romarin, thym, menthe, coriandre, fenouil, etc.), une pluviométrie bien répartie permettra une meilleure densité foliaire, une biomasse plus importante, des récoltes plus régulières et une recapitalisation des parcours naturels. De même, les pluies favorisent la régénération naturelle des peuplements, élément vital pour la durabilité de la filière. Celle-ci dispose ainsi de tous les atouts pour s’attaquer à un marché international en pleine croissance.
Un marché mondial estimé à 970 milliards de dollars en 2035
En effet, le marché mondial des plantes médicinales et aromatiques s’inscrit dans une dynamique de croissance structurelle de long terme, soutenue par l’évolution des comportements de consommation, l’industrialisation des usages thérapeutiques et cosmétiques, ainsi que par la montée en puissance des exigences de qualité et de traçabilité. Selon des projections consolidées issues de plusieurs analyses internationales, la valeur du marché devrait plus que tripler entre 2020 et 2035, passant d’environ 300 milliards de dollars à près de 970 milliards, soit une croissance annuelle moyenne proche de 7%.Cette dynamique est principalement portée par la demande croissante de produits naturels et d’origine végétale dans les industries pharmaceutique, cosmétique, alimentaire et du bien-être. Elle correspond également à une structuration progressive du marché, marquée par l’extension des surfaces cultivées, l’amélioration des techniques d’extraction et une meilleure intégration des plantes médicinales dans les chaînes de valeur industrielles.
À partir de 2030, cette croissance devrait nettement s’accélérer, les économies émergentes jouant un rôle moteur, portées par l’expansion des infrastructures de santé et l’augmentation du revenu disponible. Le potentiel du marché repose aussi sur une base biologique exceptionnellement large. Plus de 28.000 espèces de plantes médicinales sont identifiées à l’échelle mondiale, mais seules 7.000 sont réellement utilisées, et à peine 2% sont cultivés commercialement.
Par ailleurs, près de 80% de la population mondiale recourent, au moins partiellement, à la phytothérapie pour les soins de santé primaires, conférant à ce marché une dimension à la fois économique, sociale et sanitaire, et renforçant sa résilience face aux cycles conjoncturels. Les perspectives sont désormais étroitement liées à la montée en gamme de la transformation.
Les huiles essentielles accaparent le gros de la valeur ajoutée
Si plus de 60% des volumes mondiaux sont encore commercialisés sous forme brute ou séchée, la tendance s’oriente clairement vers les extraits, les huiles essentielles et les composés actifs, qui représentent déjà près de 40% du marché et concentrent la majorité de la valeur ajoutée. Selon une analyse de la plateforme «Future Market Insights», les extraits standardisés, les formulations multi-plantes et les procédés d’extraction à basse température gagnent rapidement du terrain, en réponse aux exigences de constance phytochimique des industries pharmaceutiques et nutraceutiques.Parallèlement, les modèles d’approvisionnement traçables et certifiés progressent, même si la pénétration globale des certifications demeure inférieure à 35%, laissant entrevoir un important potentiel d’amélioration. Malgré ces perspectives favorables, les experts estiment que le marché reste confronté à plusieurs contraintes majeures. La cueillette sauvage représente encore plus de 55% de l’approvisionnement mondial, exposant de nombreuses espèces à des risques de surexploitation et accentuant l’instabilité des volumes.
À l’inverse, la culture biologique et certifiée apparaît comme l’un des principaux leviers de croissance future. Les surfaces cultivées en plantes médicinales biologiques ont progressé de plus de 25% depuis 2021, tandis que les acheteurs internationaux intègrent de plus en plus la certification comme critère contractuel.
Sur le plan régional, l’Asie-Pacifique domine toujours la production de matières premières, concentrant plus de 40% du marché mondial et plus de 70% des volumes produits. En revanche, l’Amérique du Nord et l’Europe conservent un avantage décisif sur les segments à forte valeur ajoutée, grâce à des capacités de transformation avancées et une forte demande en aval. Les régions du Moyen-Orient et de l’Afrique, qui représentent environ 12% du marché mondial, se distinguent par une richesse botanique importante, mais restent encore faiblement intégrées dans les segments de transformation industrielle.
Dans ce contexte, le Maroc n’a plus le luxe d’une approche attentiste. Soit il parvient à structurer une filière PAM moderne, compétitive et durable, capable de capter une part significative de la valeur mondiale, soit il restera cantonné à un rôle de pourvoyeur de ressources brutes dans un marché en pleine montée en gamme. La fenêtre d’opportunité est ouverte.
