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Vendredi 19 Juin 2026
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Les aéroports du Maroc dans la course à la certification carbone internationale

Il ne s’agit plus d’une démarche isolée ou d’une vitrine institutionnelle. L’Office national des aéroports (ONDA) a formalisé, en mai 2026, un marché-cadre pluriannuel destiné à piloter de façon systématique la montée en accréditation carbone de l’intégralité de son réseau aéroportuaire, dans le cadre du programme «Airport Carbon Accreditation» (ACA) administré par l’Airports Council International. Le document dessine les contours d’une stratégie climatique nationale pour l’infrastructure aéroportuaire.

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Le programme «Airport Carbon Accreditation» est aujourd’hui la référence mondiale en matière de gestion des émissions de gaz à effet de serre dans le secteur aéroportuaire. Structuré en cinq niveaux progressifs – de la simple cartographie des émissions jusqu’à la neutralité carbone –, il impose à chaque aéroport candidat un inventaire rigoureux de ses empreintes directes et indirectes, une vérification indépendante par un cabinet accrédité par l’ACI, et la mise en œuvre documentée d’un Plan de management carbone.

Une architecture d’accréditation par paliers

L’originalité du programme tient à sa logique d’escalier : chaque aéroport progresse à son rythme, selon son niveau de maturité et la complexité de son trafic. Les plateformes les plus modestes – Dakhla, Essaouira, Ouarzazate, Laâyoune – viseront dans un premier temps le niveau 1 «Cartographie», posant les bases d’un inventaire carbone fiable. Les aéroports régionaux intermédiaires – Nador, Tétouan, Tanger, Oujda, Agadir – sont projetés vers les niveaux 2 et 3, qui exigent une réduction documentée des émissions et la mise en place d’un comité de management carbone. Les hubs structurants – Casablanca Mohammed V, Marrakech, Rabat, Fès – sont quant à eux orientés vers les niveaux 4, 4+ et 5, impliquant des Plans de décarbonation multi-acteurs et, pour les plus ambitieux, une approche de neutralité carbone.

Au-delà du bilan carbone : un écosystème de pilotage climatique

La mission qui sera confiée à un prestataire spécialisé va bien au-delà de la simple rédaction de dossiers d’accréditation. Elle articule trois fonctions complémentaires. La première est celle de l’assistance technique proprement dite Accompagnement des équipes aéroportuaires dans la saisie et la validation de leurs données dans l’outil ACERT (Airport Carbon and Emissions Reporting Tool) de l’ACI, Élaboration des Plans de management carbone (PMC), et Dépôt des dossiers sur la plateforme «ACA-Online». La deuxième est celle de la vérification indépendante : le cabinet retenu devra mobiliser un vérificateur accrédité par l’ACI, inscrit sur la liste officielle de l’organisme, ayant réalisé au minimum trois missions comparables, dont l’une sur une plateforme de taille équivalente à l’aéroport Casablanca Mohammed V – le plus grand hub du Maroc avec 414 agents permanents.

La troisième fonction, souvent la moins visible mais peut-être la plus structurante, est celle de la formation. L’ONDA entend, en effet, constituer une expertise interne pérenne. Le prestataire sera chargé de former plusieurs centaines d’agents répartis sur l’ensemble du réseau – entre 12 et 20 participants par aéroport selon les niveaux – aux exigences du programme «ACA». Plus significatif encore : une formation spécialisée visera à préparer des agents marocains à l’examen de vérificateur agréé par l’ACI lui-même, en conformité avec la norme ISO 14064-3. L’objectif à terme est de disposer, en interne, de vérificateurs capables d’auditer les bilans carbone des plateformes nationales sans dépendre d’une expertise extérieure.

La dimension Scope 3 : l’enjeu des parties prenantes

L’un des aspects les plus exigeants du programme tient à la prise en compte des émissions dites de «Scope 3 étendu», c’est-à-dire celles qui n’émanent pas directement de l’aéroport mais des acteurs qui gravitent dans son orbite : compagnies aériennes, prestataires au sol, transporteurs terrestres, personnel navigant. L’accès aux niveaux 4 et au-delà nécessite en effet l’élaboration d’un Plan d’engagement carbone avec les Parties prenantes (PECPP) pour le Scope 3, puis d’un Plan de partenariat carbone (PPCPP) pour le Scope 3 étendu. Ces deux outils impliquent une coordination active avec des acteurs extérieurs à l’ONDA, rendant la gouvernance climatique aéroportuaire par nature multi-institutionnelle. Le prestataire devra, également, accompagner l’ONDA dans l’identification d’organismes de compensation carbone pour les émissions résiduelles – celles qui, une fois toutes les actions de réduction déployées, ne peuvent être éliminées – et dans la définition des termes de référence associés. Cette démarche de compensation est le dernier levier mobilisable pour atteindre la neutralité carbone au sens du niveau 5 du programme «ACA». Dans un secteur aérien international sous pression croissante des régulateurs et des investisseurs pour démontrer des trajectoires crédibles de décarbonation, l’ONDA se positionne ainsi parmi les opérateurs africains les plus avancés dans la structuration d’une politique climatique aéroportuaire systémique.
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