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Les pré-requis pour booster l’investissement privé au Maroc, selon Ahmed Khalid Benomar

Quel est l’impact de la nouvelle Charte de l’investissement ? L’investissement public va-t-il garder la part du lion dans l’investissement global au Maroc dans les prochaines années ? Quels sont les défis à relever pour développer l’investissement privé au Maroc ? Ahmed Khalid Benomar, spécialiste des questions géo-économiques, a répondu à ces questions lors de son passage à l’émission «L’Info en Face» de Groupe «Le Matin», avec pour question centrale «Attractivité économique : Comment booster l’investissement privé ?»

Ahmed Khalid Benomar, spécialiste des questions géoéconomiques.
Ahmed Khalid Benomar, spécialiste des questions géoéconomiques.
Quel impact a eu ou peut avoir la nouvelle Charte de l’investissement ? «Le volume des investissements et des projets stratégiques au Maroc est très important. Depuis l’entrée en vigueur, cette année, de la nouvelle charte, plusieurs sessions de la Commission nationale des investissements ont eu lieu. On parle de plusieurs dizaines de milliards de dirhams de projets, en face desquels les emplois prévisionnels sont aussi importants», répond d’emblée Ahmed Khalid Benomar, spécialiste des questions géo-économiques, lors de son passage à l’émission «L’Info en Face» de Groupe «Le Matin», avec pour question centrale «Attractivité économique : Comment booster l’investissement privé ?»



Par ailleurs, ajoute notre expert, «nous disposons désormais de l’une des chartes d’investissement les plus attractives de la région, avec des aides qui peuvent atteindre 30% de l’investissement, selon certains critères, sans oublier les régions qui sont en train de mettre en place des mesures de soutien complémentaires».

Le rythme de croissance de l’investissement privé doit accélérer

Selon un rapport de la Banque mondiale, sur la période 2019-2023, l’investissement privé au Maroc a baissé de 19%. Les Investissements directs étrangers, eux aussi, sont en décroissance. L’objectif de l’Exécutif est d’atteindre un ratio investissement public/privé de 50-50 à l’horizon 2026. En 2030, ce ratio devrait être d’un tiers pour l’investissement public et de deux tiers pour l’investissement privé. Est-ce réalisable ? Surtout lorsque l’on sait que l’Exécutif a rehaussé le niveau de l’investissement public pour 2024. «L’investissement global doit suivre une tendance haussière et il ne faut pas s’étonner de voir la part absolue de l’investissement public augmenter. C’est ce qui va se passer. Cependant, la part de l’investissement privé doit aussi s’accroître», note l’invité de l’émission. L’idée est que le rythme de croissance de l’investissement privé soit plus important que celui de l’investissement public. Concernant la rentabilité de l’investissement privé, l’invité de l’émission est convaincu que la nouvelle Charte de l’investissement a fixé des critères de performance pour l’accroître : «Il y a des critères d’emploi, de durabilité et, surtout, la dimension territoriale», explique Benomar. Et d’ajouter : «L’un des résultats de cette charte est que nous voyons aujourd’hui des investisseurs qui font le choix de s’installer dans les zones B et C», des zones qui n’étaient, jusque-là, pas assez attractives pour l’investissement, grâce à des primes complémentaires allant jusqu’à 10%, en plus des primes de base prévues par cette charte. Cette logique de performance, on la retrouve également aujourd’hui dans l’investissement public qui inclut désormais une logique de partenariat public-privé.

Les défis à relever pour développer l’investissement privé

Pour franchir un nouveau palier de croissance, l’investissement global devrait atteindre 600 milliards de DH, selon les recommandations de la Commission spéciale sur le nouveau modèle de développement. Cet objectif est-il réalisable ? «L’année 2024 s’annonce positive, avec la nouvelle Charte de l’investissement, l’aide sociale et l’aide au logement. Il y a cependant des défis internes à relever pour développer l’investissement privé. Le premier est celui des prix (l’inflation) : un retour à la normale est attendu pour cette année. Le deuxième défi est celui de la bureaucratie : il y a encore beaucoup d’efforts à fournir pour qu’elle diminue réellement. C’est un problème culturel qui dépasse la volonté de réformer et de digitaliser les procédures. Le troisième défi interne à relever est celui du capital humain», détaille Benomar. Par ailleurs, souligne l’invité de l’émission, «l’attractivité du Maroc se renforce à travers les efforts des pouvoirs publics, de la société civile, des investisseurs et des citoyens sous la Conduite éclairée de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’Assiste, grâce à qui nous avons aussi diversifié nos partenariats et nos échanges commerciaux sont de plus en plus diversifiés». Et d’ajouter que «le Maroc d’il y a 25 ans était peut-être plus industrialisé qu’aujourd’hui, mais produisait moins de valeur ajoutée dans les chaînes de valeur mondiales. Le Royaume investit aujourd’hui dans des secteurs stratégiques de l’économie mondiale : énergies renouvelables (EnR), batteries électriques... et adopte une logique de hub régional. Il y a aujourd’hui une offre d’investissement pour des projets de taille moyenne. C’est-à-dire que l’on pourra avoir un écosystème lié aux EnR. Mais dans ces industries, telles que les EnR ou encore la mobilité électrique, le défi à relever, comme évoqué plus tôt, est celui de remédier à la rareté des compétences marocaines spécialisées».

Délais de paiement : une décision courageuse selon Benomar

Concernant les délais de paiement, l’invité de l’émission «L'Info en Face» estime que «le gouvernement a mis en place quelque chose d’audacieux (en référence à la nouvelle loi sur les délais de paiement, Ndlr). Quand vous avez de grandes entreprises qui, presque, asphyxient les petites entreprises, nous avons un problème. Il avoir confiance dans le potentiel de ces petites entreprises, les aider, les soutenir et leur donner leur chance». D’ailleurs, encourager l’investissement dans ces petites structures est aussi un moyen fort d’augmenter l’investissement privé. Le rôle des banques est également important dans la croissance de l’investissement. Sur ce registre, notre invité insiste sur le fait qu’il «ne s’agit pas d’un problème d’accès aux fonds, mais d’accompagnement et de mentoring. Qualitativement, là où nous devons agir, c’est pendant la phase de l’idéation, avant le business plan». En outre, en plus de défis internes soulevés auparavant, notre expert souligne des défis externes qu’il serait opportun de relever avec succès pour développer davantage l’investissement privé au Maroc. «Le premier risque, qui est immédiat, est celui d’une déstabilisation régionale à cause des événements dramatiques de Gaza. Il va falloir être très vigilants sur les conséquences géopolitiques et économiques de ces événements. Le deuxième risque est lié à la situation géopolitique mondiale : la Chine qui se réinvente, finissant sa première phase de délocalisations et démarre la deuxième phase et la Russie, qui est actuellement dans une économie de guerre. Ces pays sont présents en Afrique et interagissent avec les politiques économiques des pays de ce continent».
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