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Financement, recherche appliquée, transformation locale... les recommandations du «Seafood4Africa 2026»

Clôturé à Dakhla après trois jours de débats, le deuxième «Seafood4Africa» a débouché sur une série de recommandations visant à accélérer la transformation locale des produits de la mer, structurer l’aquaculture et renforcer les chaînes de valeur africaines. Le Forum a surtout acté un changement de cap : faire de l’économie bleue un outil opérationnel de souveraineté, d’intégration régionale et de création de valeur durable.

Ph. Seddik
Ph. Seddik
C’est une clôture qui marque un changement de cap. Au terme de la deuxième édition de Seafood4Africa tenue à Dakhla sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi

Mohammed VI
, une inflexion nette a été actée dans la manière d’aborder l’économie bleue. «Nous avons franchi un seuil, non pas un seuil d’affichage, mais un seuil de maturité collective», a résumé Adnane Debbagh, expert en géopolitique et stratégie mondiale, chargé de présenter la synthèse finale du forum au nom de la FENIP. Selon lui, les travaux ont montré que l’Afrique n’était plus «dans le temps des constats généraux ni dans celui des discours d’intention», mais qu’elle entrait progressivement «dans le temps des architectures, des outils et des mécanismes concrets».



Cette évolution se traduit d’abord par une recommandation centrale : accélérer la transformation locale et la montée en gamme des industries des produits de la mer. Le forum a insisté sur la nécessité de sortir d’un modèle encore dominé par l’exportation de produits bruts. «La transformation devient une condition de souveraineté économique», a souligné M. Debbagh, appelant au développement de produits à plus forte valeur ajoutée et de marques africaines capables de s’imposer sur les marchés régionaux et internationaux.

Science et infrastructures comme socle de compétitivité

La deuxième recommandation issue des travaux de ce forum place la science, la donnée et la traçabilité au cœur de la gestion des ressources halieutiques. Mieux connaître les stocks, comprendre leurs évolutions et partager l’information à l’échelle régionale constituent, selon le rapporteur, le socle d’une pêche moderne et responsable, à la fois durable et économiquement viable.

Cette approche s’accompagne d’un troisième axe prioritaire : la modernisation de la chaîne du froid, des ports et des infrastructures logistiques. Les participants ont souligné que la réduction des pertes post-capture et l’amélioration de la qualité conditionnaient directement la compétitivité des filières africaines et leur capacité à accéder aux marchés régionaux et internationaux.

Aquaculture et financement, deux leviers stratégiques

La quatrième recommandation issue de la synthèse de clôture concerne la structuration de l’aquaculture comme pilier stratégique de la sécurité alimentaire africaine. Le potentiel est jugé considérable, mais sa concrétisation suppose une planification rigoureuse, des choix d’espèces adaptés, une recherche appliquée et une meilleure organisation des marchés. «Produire n’a de sens que si l’on sait transformer et écouler», a rappelé M. Debbagh.

Cinquième priorité clairement identifiée : le financement. Le forum a souligné que l’enjeu n’est pas seulement de mobiliser davantage de ressources, mais de mieux structurer les projets et d’aligner les instruments financiers sur les besoins réels du secteur. La finance mixte, les fonds thématiques, les garanties et les obligations bleues ont été présentés comme des outils prometteurs, à condition de s’appuyer sur une ingénierie de projets solide.

Former, inclure, rééquilibrer

La sixième recommandation insiste sur le renforcement de la formation, de l’innovation et de l’inclusion des acteurs de terrain. Les débats ont rappelé que la technologie, qu’il s’agisse de digitalisation, d’intelligence artificielle ou de nouveaux procédés industriels, n’a d’impact que si elle est appropriée et intégrée aux usages. L’investissement dans le capital humain apparaît ainsi indissociable de toute stratégie de modernisation. La septième orientation appelle à rééquilibrer les chaînes de distribution afin que la valeur créée bénéficie davantage aux producteurs, aux transformateurs et aux territoires africains. Cette dimension est apparue comme un préalable au développement d’un commerce intra-africain plus équitable, en cohérence avec les objectifs de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf).

La dernière recommandation ouvre, quant à elle, un chantier plus industriel et de long terme : initier le développement d’une industrie navale africaine dédiée aux besoins de la pêche et de l’économie bleue. Ce maillon est considéré comme stratégique pour la modernisation des flottes, encore largement dominées par le bois, et pour le renforcement de la souveraineté industrielle du continent.

Dakhla, vitrine d’une ambition continentale

Ces orientations tracée à Dakhla confortent la vocation de cette ville comme plaque tournante de l’écosystème halieutique africain. Pour Yanja El Khattat, président de la région de Dakhla-Oued Eddahab, «la tenue de cet événement d’envergure confirme que Dakhla est devenue une destination privilégiée pour l’organisation de forums internationaux». Dans une déclaration au «Matin», il a souligné que cette édition, marquée par la présence de plusieurs ministres africains et d’acteurs économiques de haut niveau, s’inscrivait directement dans la vision de Sa Majesté le Roi Mohammed VI visant à renforcer l’intégration économique entre le Maroc et sa profondeur africaine. «Elle ouvre des perspectives concrètes de coopération et de partenariat entre les opérateurs marocains et africains, faisant du secteur de la pêche un véritable pont pour le développement en Afrique», a-t-il ajouté.

Cette dimension continentale a également été mise en avant par Jorge Santos, ministre de la Mer du Cap-Vert. «C’est ma deuxième visite à Dakhla et je suis impressionné par le développement de la ville et l’essor de l’économie maritime», a-t-il confié au «Matin». «Je suis particulièrement surpris par le niveau technologique de cette exposition, qu’il s’agisse des techniques de capture, de la conservation ou du transport des produits. Il n’est plus nécessaire d’aller loin pour trouver cette technologie, elle est ici, au Maroc !», a-t-il ajouté. Pour lui, l’enjeu est désormais que l’Afrique s’approprie son destin en investissant dans le capital humain, la recherche et l’industrialisation, «Seafood4Africa» constituant «un point de rencontre idéal entre politiques publiques, acteurs privés et institutions financières». nUn forum appelé à s’inscrire dans la durée

Les différentes recommandations sont le fruit de deux journées de réflexion collective, organisées autour de cinq panels thématiques. Les échanges ont d’abord porté sur la transformation locale et la valorisation des produits de la mer, avec un focus sur l’innovation industrielle, la certification et la traçabilité. Ils se sont ensuite élargis aux partenariats public-privé et au commerce intra-africain, dans la perspective de la Zlecaf, avant d’aborder la modernisation de la pêche et des ports à travers les technologies, la digitalisation et la transition énergétique. L’aquaculture a occupé une place centrale dans les discussions, considérée comme un pilier de la sécurité alimentaire africaine, tandis qu’un panel spécifique s’est penché sur les mécanismes de financement nécessaires pour rendre bancables les projets de valorisation et d’économie bleue. Au-delà des conférences, le salon professionnel a réuni près d’une centaine d’exposants venus du Maroc, d’Afrique, d’Europe et d’Asie, tablant sur quelque 5.000 visiteurs. Pour Taha Chokry, organisateur délégué de «Seafood4Africa», l’événement a réussi à conjuguer exposition et cycle de conférences, avec l’ambition de mobiliser l’expertise industrielle au service de toute la région du Sahara marocain, dans une logique de développement partagé.

La Fédération nationale des industries de transformation et de valorisation des produits de la pêche (FENIP), organisatrice de l’événement, a rappelé de son côté l’importance de l’implication du secteur privé. Sa directrice, Lamia Znagui, a déclaré au «Matin» que l’objectif était de renforcer la création de valeur ajoutée locale, de générer des emplois décents et d’intensifier les échanges commerciaux intra-africains, tout en faisant de l’aquaculture un levier de transformation dans le cadre d’une économie bleue respectueuse de l’environnement.

Au terme de cette deuxième édition, «Seafood4Africa» apparaît comme un rendez-vous désormais installé dans le paysage économique africain. «L’économie bleue est, par nature, un projet collectif», a rappelé M. Debbagh, insistant sur l’importance de l’intégration régionale, de la coopération Sud-Sud et du partage des connaissances. À ce titre, les bases ont été posées pour inscrire cette dynamique dans la durée, avec l’ambition de faire du forum non seulement un espace de réflexion, mais un véritable outil d’accompagnement de projets concrets à l’échelle du continent

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