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Pourquoi le Maroc reste un pays « complexe » pour le recouvrement des créances commerciales (Allianz)

Le Maroc figure parmi les marchés les plus difficiles à l’échelle mondiale pour récupérer les factures impayées, selon la quatrième édition de l’Indice de complexité de recouvrement d’Allianz Trade. Délais de paiement excessifs, procédures judiciaires et d’insolvabilité lentes pénalisent les entreprises et les exportateurs. Détails.

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Dans sa quatrième édition de l’Indice de complexité de recouvrement, Allianz Trade place le Maroc parmi les pays où les entreprises rencontrent des difficultés majeures pour récupérer leurs créances commerciales. Avec un score de 56 sur 100, le Royaume se situe dans la catégorie du risque «très élevé», nettement au-dessus de la moyenne mondiale établie à 47,2.

Un contexte mondial de fragmentation croissante

L’étude couvre 52 économies représentant 90% du PIB et du commerce mondiaux. Elle se base sur un Indice de complexité de recouvrement mesurant le niveau de complexité des procédures de recouvrement de créances dans chaque pays, sur une échelle de 0 (le moins complexe) à 100 (le plus complexe). L’Indice comporte quatre niveaux : «notable» (score inférieur à 40), «fort» (entre 40 et 50), «très fort» (entre 50 et 60) et «sévère» (supérieur à 60).

À l’échelle mondiale, le rapport révèle que la complexité du recouvrement s’établit en moyenne à un niveau «élevé» de 47,2 sur 100. Environ 48% des créances commerciales internationales se trouvent dans des pays présentant un risque très élevé ou sévère, soit 1.100 milliards de dollars exposés à des difficultés de recouvrement.

Cette situation s’explique par le nombre élevé de défaillances d’entreprises à l’échelle mondiale, des pratiques de paiement locales difficiles, ainsi que des procédures judiciaires complexes, dans un contexte d’évolution des modèles commerciaux, de protectionnisme volatile, de tensions géopolitiques et de risques numériques croissants.

Allianz Trade constate que l’Allemagne (un risque de 30 sur 100), les Pays-Bas (30/100), le Portugal (32/100), l’Autriche (33/100) et la Suisse (33/100) sont les cinq pays où il est le plus facile de recouvrer des créances internationales. En revanche, l’Arabie saoudite (86/100), le Mexique (75/100), les Émirats arabes unis (71/100), l’Indonésie (70/100), l’Afrique du Sud (67/100), la Chine (66/100), la Thaïlande (65/100) et l’Égypte (61/100) figurent parmi les pays les plus complexes pour les exportateurs à l’échelle mondiale.

Les spécificités du cas marocain

Le Maroc, qui se situe dans le niveau de risque «très élevé» (56/100), présente plusieurs facteurs de complexité qui pénalisent le recouvrement des créances.

Le délai moyen de paiement (DSO) reste élevé au Maroc, avec des règlements effectués entre 90 et 120 jours en moyenne. Le comportement de paiement des entreprises marocaines se dégrade, malgré l’existence de régulations sur les retards de paiement. En outre, pour les procédures de recouvrement des factures impayées, le système judiciaire souffre d’un manque d’organisation et d’efficacité. Les procédures s’avèrent longues et coûteuses, rendant l’exécution des jugements particulièrement difficile.

Concernant les défaillances d’entreprises, bien que diverses procédures d’insolvabilité existent au Maroc, elles demeurent complexes, lentes et globalement inefficaces pour le recouvrement des créances. Cette situation souligne l’importance, pour les entreprises opérant au Maroc ou exportant vers le Royaume, d’adopter une gestion prudente du crédit. Les exportateurs sont particulièrement encouragés à privilégier les solutions de recouvrement amiable et à faire appel à des spécialistes disposant d’une solide connaissance du marché local, avant d’envisager toute action

judiciaire.

Le Maroc, selon l’étude, reste l’un des hubs commerciaux émergents dans le contexte des changements structurels du système commercial mondial. Mais si les «hubs commerciaux de nouvelle génération» gagnent en importance dans le contexte actuel, cela nécessite une approche sélective et une gestion rigoureuse du crédit lors du développement d’activités.

Une classification régionale préoccupante

À l’échelle régionale, le Moyen-Orient et l’Afrique figurent parmi les deux régions les plus complexes au monde pour le recouvrement de créances. Les pratiques de paiement locales constituent notamment le principal facteur de complexité au Moyen-Orient, tandis que les difficultés liées aux tribunaux sont particulièrement marquées en Afrique.

Concernant l’Europe, en particulier les deux destinations privilégiées des exportateurs marocains, l’Indice de complexité de recouvrement de la France (34/100) et de l’Espagne (38/100) se situe à un niveau bas.

À noter que l’étude d’Allianz Trade combine l’expertise de 340 spécialistes du recouvrement à travers le monde et plus de 40 indicateurs objectifs portant sur les pratiques de paiement locales, les procédures judiciaires et les cadres d’insolvabilité.
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