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Vendredi 10 Juillet 2026
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Recyclage du plastique : la règlementation marocaine en deçà des attentes des industriels (Fédération)

Sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, la Fédération marocaine de la plasturgie a organisé, du 8 au 11 juillet 2026 à Casablanca, la 12ᵉ édition du Forum-Expo international de plasturgie, le 6ᵉ Salon international des solutions d’emballage, d’impression et de logistique de proximité et le 2ᵉ Global Green Plast. Réunissant plus de 320 exposants issus de 32 pays et près de 20.000 visiteurs professionnels, ces rendez-vous ont mis en lumière les innovations du secteur, les enjeux de décarbonation, d’économie circulaire et de compétitivité industrielle. S’exprimant à l’ouverture de ces salons, le ministre de l’Industrie et du commerce, Ryad Mezzour, a souligné le rôle important que jouent les opérateurs des secteurs de la plasturgie, de l’emballage et du recyclage, qu’il a qualifiés d’acteurs essentiels des chaînes d’approvisionnement et de production. Pour mieux éclairer ces enjeux, «Le Matin» a pris attache avec Nabil Saouaf, directeur de la Fédération marocaine de la plasturgie. Ce dernier est revenu sur les grandes mutations que connaît la filière, les défis de la transition écologique ainsi que les perspectives de développement de l’industrie marocaine à l’échelle nationale et africaine.

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Le Matin : Qu'est-ce qui différencie l'édition de juillet 2026 des éditions précédentes de ces événements industriels ?

Nabil Saouaf :
Cette édition se distingue de ses précédentes par plusieurs évolutions majeures. D'abord, elle est organisée sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI et bénéficie de l'égide conjointe du ministère de l'Industrie et du commerce et du ministère de la Transition énergétique et du développement durable, ce qui témoigne de l'importance stratégique accordée au développement industriel durable.
Sa principale nouveauté réside toutefois dans le regroupement inédit, sur un même site (Office des foires et expositions de Casablanca – OFEC/Agence marocaine de développement des investissements et des exportations – AMDIE), de trois événements complémentaires, à savoir la 12ᵉ édition du Forum-Exposition international de plasturgie (FEIP), la 6ᵉ édition du Salon international des solutions d’emballage, d’impression et de logistique de proximité (Pack Expo) et la 2ᵉ édition du Salon Global Green Plast.
Cette convergence permet de réunir, pour la première fois, l'ensemble des acteurs de la chaîne de valeur, de la matière première au produit fini, en intégrant les solutions d'emballage, de logistique, de recyclage et d'économie circulaire. Cette approche offre aux professionnels une plateforme favorisant les synergies, les partenariats et l'innovation, tout en répondant aux nouveaux enjeux de compétitivité et de transition écologique de l'industrie. Je tiens aussi à souligner que ces salons constituent une véritable vitrine des innovations nationales. Cette année, par exemple, nous avons fièrement mis en avant plusieurs projets marocains innovants, dont la première machine intelligente de recyclage entièrement conçue et fabriquée au Maroc.

Justement, dans quelle mesure ces salons reflètent-ils la transition industrielle et environnementale que connaît le Maroc ?

L'offre des exposants ne se limite plus aux produits bruts ; elle s'étend désormais à des systèmes intelligents : machines à haute efficacité énergétique, emballages éco-conçus et solutions industrielles zéro déchet. Cette évolution traduit concrètement l'accélération de la décarbonation de l'industrie marocaine afin de préserver sa compétitivité à l'international. Elle illustre aussi la contribution des secteurs de la plasturgie et de l'emballage à la décarbonation de notre industrie et à son internationalisation. Par ailleurs, la FMP ne se contente pas de promouvoir des produits en accueillant des délégations, des acheteurs et des donneurs d'ordre venus de toute l'Afrique. Elle favorise en outre le transfert de technologies et le co-développement industriel, à travers un modèle adapté aux réalités du continent.

La plasturgie est souvent perçue comme un secteur fortement consommateur de ressources. Quels sont aujourd'hui les principaux leviers qui lui permettent de contribuer à une économie plus durable ?

La transition vers une économie plus durable passe avant tout par l'évolution de notre modèle de production. Le secteur de la plasturgie est aujourd'hui engagé dans le passage d'un modèle linéaire (produire, consommer, jeter) à un modèle circulaire, fondé sur la réutilisation des ressources, le recyclage et la valorisation des déchets. Dans cette dynamique, les industriels de la Fédération investissent massivement dans la valorisation des déchets post-industriels et post-consommation. Ils intègrent aussi une part croissante de matières recyclées, notamment le polyéthylène téréphtalate recyclé (rPET), ainsi que des matières biosourcées dans leurs processus de fabrication. Pour aller plus loin, cette dynamique industrielle gagnerait toutefois à être davantage soutenue par le cadre réglementaire. Les mécanismes encourageant la réintégration des matières recyclées dans la chaîne de valeur nationale restent en deçà des attentes des industriels.
À cet égard, certaines dispositions de la loi 28-00 apparaissent aujourd'hui en décalage avec les évolutions observées à l'international. Cette adaptation est d'autant plus nécessaire que l'entrée en vigueur du règlement européen sur les emballages et les déchets d'emballages (PPWR) constitue un défi majeur pour plusieurs secteurs exportateurs, notamment la plasturgie, l'agroalimentaire et l'automobile. Le secteur privé s'y prépare activement, mais il est indispensable que les pouvoirs publics accompagnent cette transition afin de préserver la compétitivité des entreprises marocaines et de conforter le positionnement industriel du Royaume, conformément à la Vision portée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI.

Au-delà de la décarbonation, quels sont les principaux défis environnementaux auxquels la filière est aujourd'hui confrontée ?

Le principal défi demeure l'organisation de la collecte et du tri sélectif à la source afin de garantir aux recycleurs un gisement de déchets propre, régulier et de qualité. À cela s'ajoutent les enjeux liés à la décarbonation ainsi que la nécessité de disposer d'un cadre juridique favorisant l'intégration des déchets dans la chaîne de valeur de la plasturgie. Par ailleurs, le contexte de stress hydrique que connaît le Maroc pousse notre industrie à accélérer son innovation. Des systèmes de refroidissement industriels en circuit totalement fermé, avec une consommation d'eau nulle en amont comme en aval, ont ainsi été développés.
Des avancées majeures ont aussi été réalisées grâce à la mise en place de conduites d'eau plus efficientes, limitant les pertes et le gaspillage. Malgré ces défis, les perspectives de croissance du marché demeurent très favorables. Elles sont portées par l'essor du e-commerce, la modernisation de la grande distribution au Maroc et la progression continue des exportations agroalimentaires. Le marché s'oriente de plus en plus vers des emballages flexibles et intelligents. Dans ce contexte, l'innovation verte constitue un levier stratégique. Elle permet de réduire les coûts opérationnels à moyen terme, grâce à une diminution du gaspillage de matière et de la consommation d'énergie, tout en ouvrant l'accès à des marchés internationaux particulièrement exigeants. Elle représente ainsi un véritable facteur de différenciation pour des secteurs tels que le textile, l'agroalimentaire ou l'automobile, qui s'approvisionnent auprès de notre industrie. Les partenariats entre les centres de recherche et développement et les industriels du secteur constituent, à cet égard, un levier essentiel.

Dans ce contexte, comment concilier les impératifs de compétitivité industrielle avec les exigences du développement durable ?

Par une approche globale qui intègre les principes de l'économie circulaire dès la conception des produits. L'éco-conception constitue aujourd'hui un levier essentiel. Dès la phase de recherche et développement, les industriels travaillent à réduire la quantité de matière utilisée, à privilégier des emballages mono-matériaux afin de faciliter leur recyclage et à recourir davantage aux énergies renouvelables, notamment l'énergie solaire, dans les unités de transformation.
Cette démarche doit aussi s'accompagner d'un cadre juridique et normatif adapté aux évolutions du secteur. C'est ainsi que notre industrie pourra gagner en compétitivité, répondre aux standards internationaux et renforcer son positionnement à l'échelle continentale et internationale.
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