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Mardi 01 Septembre 2026
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Solaire mauritanien : Novec et Jesa se positionnent sur le mégaprojet de Néma

Vingt-huit cabinets internationaux ont répondu à l'appel à manifestation d'intérêt lancé par la Somelec pour l'étude et le montage en IPP d'une centrale solaire de 50 MWc dotée de batteries de stockage à Néma. Parmi eux, deux groupements conduits par des bureaux d'ingénierie marocains, Novec et Jesa, confirment l'appétit du Royaume pour le marché des renouvelables de son voisin mauritanien.

La centrale que les cabinets marocains ambitionnent d'étudier s'inscrit dans un projet plus vaste : le Projet d'interconnexion électrique en 225 kV Mauritanie-Mali et de développement de centrales solaires associées (PIEMM).
La centrale que les cabinets marocains ambitionnent d'étudier s'inscrit dans un projet plus vaste : le Projet d'interconnexion électrique en 225 kV Mauritanie-Mali et de développement de centrales solaires associées (PIEMM).
La montée en puissance du secteur des énergies renouvelables en Mauritanie fait saliver les entreprises d’ingénierie énergétique marocaines. C’est le cas de la filiale du groupe Caisse de Dépôt et de Gestion (CDG), Novec, et de la joint-venture du Groupe OCP et de l’australien Worley, Jesa, qui ont soumis leurs offres pour le marché des études de faisabilité, de l'actualisation de l'étude d'impact environnemental et social, de l'analyse du cadre réglementaire et de l'élaboration du dossier d'appel d'offres d'une centrale solaire photovoltaïque de 50 mégawatts-crête (MWc) couplée à un système de stockage par batteries (BESS) à Néma, dans l'est mauritanien.
En effet, suite à un appel à manifestation d’intérêt lancé par la Société mauritanienne d’électricité (Somelec), vingt-huit dossiers ont été déposés, provenant d'une vingtaine de pays. Deux d'entre eux portent donc la marque du Maroc : le groupement mené par Novec, associé à l'allemand Decon International GmbH et au cabinet marocain Synergy Consulting Infrastructure & Financial Advisory, et celui conduit par Jesa, en association avec l'australien Worley.

Après l’ouverture des plis, la Somelec doit désormais évaluer les vingt-huit candidatures selon la méthode de sélection basée sur la qualité et le coût (SBQC), en vigueur dans les procédures de la Banque africaine de développement (BAD), avant d'établir une liste restreinte puis de lancer la consultation proprement dite. Mais la seule présence de deux groupements marocains parmi les candidats, sur un marché aussi disputé, traduit une stratégie assumée de diversification régionale pour les bureaux d'études marocains qui ont bâti leur réputation sur les grands chantiers énergétiques du Royaume.

Le dépouillement des dossiers de manifestation d'intérêt fait apparaître un plateau très ouvert, où se croisent de grands noms de l'ingénierie énergétique - l'allemand Fichtner, le français Artelia associé à Nodalis et Afrecom, le canadien WSP, l'égyptien PGESCO – et des groupements régionaux, notamment plusieurs opérateurs maliens, tunisiens et mauritaniens.

Dans cet ensemble, les deux candidatures marocaines se distinguent par leur architecture : Novec a choisi de s'associer à un partenaire technique allemand et à un cabinet marocain spécialisé en conseil financier, tandis que Jesa se présente directement avec son actionnaire australien Worley, sans passer par un partenaire tiers. Jesa n'est pas un nouvel entrant sur la scène africaine de l'ingénierie.

Créée en 2010 sous la forme d'une coentreprise entre le groupe OCP et l'américain Jacobs Engineering, la société a d'abord accompagné les grands projets industriels du géant phosphatier marocain avant d'élargir son périmètre, notamment avec le rachat en 2012 du bureau d'études Team Maroc. En 2019, le rachat par l'australien Worley des activités énergie, chimie et ressources de Jacobs a fait basculer la participation de ce dernier vers le nouvel actionnaire, faisant de Jesa une co-entreprise OCP-Worley.

L'entreprise revendique aujourd'hui le statut de première ingénierie marocaine et l'une des plus importantes du continent, avec des implantations au Maroc, en Côte d'Ivoire, au Bénin, au Sénégal et aux États-Unis, et une activité qui couvre les mines, l'industrie, le développement urbain, les infrastructures et, de plus en plus, l'énergie.

Néma, pièce maîtresse d'un mix électrique mauritanien en pleine mutation

La centrale que les cabinets marocains ambitionnent d'étudier s'inscrit dans un projet plus vaste : le Projet d'interconnexion électrique en 225 kV Mauritanie-Mali et de développement de centrales solaires associées (PIEMM). Financé par un don du Fonds vert pour le climat mobilisé via la Banque africaine de développement (BAD), ce programme vise à équiper Néma, localité située à environ 1.100 kilomètres à l'est de Nouakchott, d'une centrale photovoltaïque de 50 MWc adossée à un système de stockage par batteries, avant de la raccorder au réseau national 225 kilovolts (kV).

Le mandat confié au futur consultant est particulièrement étendu : étude de faisabilité technico-économique, actualisation de l'étude d'impact environnemental et social réalisée lors de l'instruction du projet, avant-projet sommaire et détaillé, étude de bancabilité financière, sondage de marché auprès des fournisseurs et entreprises susceptibles de réaliser les travaux, analyse du cadre réglementaire mauritanien, et surtout élaboration d'un dossier d'appel d'offres conforme aux standards des projets IPP (Independent Power Producer).

Le consultant retenu devra aussi assister la Somelec tout au long du processus de sélection de l'entrepreneur, jusqu'à la signature du contrat de construction. La mission, prévue pour durer dix-huit mois – douze consacrés aux études, six à l'accompagnement de l'appel d'offres –, prévoit aussi un volet formation des cadres mauritaniens sur le cadre juridique des contrats IPP, la préparation des dossiers d'appel d'offres et la modélisation financière des projets énergétiques.

Un marché mauritanien qui s'ouvre au privé

Le projet de Néma s'inscrit dans une dynamique sectorielle plus large. La Mauritanie, dont la puissance installée atteignait 682 mégawatts (MW) en 2024 pour 522 MW effectivement disponibles, a déjà développé un socle d'énergies renouvelables non négligeable : une centrale éolienne de 30 MW à Nouakchott depuis 2017, deux centrales solaires de 15 et 50 MWc mises en service respectivement en 2013 et 2017, ainsi qu'un parc éolien de 100 MW à Boulenouar depuis 2023, auxquels s'ajoutent les parts mauritaniennes des barrages hydroélectriques de Manantali, Félou et Gouina.

Le Plan directeur production-transport à horizon 2040, sur lequel s'appuie la Somelec, a mis en évidence une insuffisance à court terme des capacités de production, justifiant l'accélération du projet de Néma.

Autre signal encourageant pour les candidats au marché : le 12 septembre 2025, le gouvernement mauritanien avait signé son tout premier contrat de type IPP, permettant l'injection continue de 60 MW sur le réseau national – un projet hybride de 220 MW combinant 160 MWc de solaire et 60 MW d'éolien, assorti d'un système de stockage de 370 MWh (mégawattheures). La Mauritanie amorce ainsi l'ouverture de son secteur électrique aux producteurs privés indépendants, une évolution que le projet de Néma vient consolider et qui explique l'intérêt des ingénieries régionales, marocaines en tête, pour un marché appelé à se structurer davantage dans les prochaines années.
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