Publiée récemment dans International Journal of Educational Development, l’étude consacrée au lien entre performances scolaires et nombre d’élèves par classe, menée par les économistes de l’éducation Youness Lagdiri et Naoual Ouazzani Touhami, exploite les résultats marocains de l’enquête PISA 2022 — une évaluation de l’OCDE qui teste les compétences des élèves de 15 ans en mathématiques, en lecture et en sciences. L’analyse porte sur 5.962 collégiens issus de 150 établissements publics.
En croisant niveau scolaire, contexte social et coût du système éducatif, les chercheurs aboutissent à un constat net : la taille optimale d’une classe au Maroc est de 23,4 élèves. Un seuil qui met en lumière l’ampleur du décalage avec la situation actuelle, où les classes comptent en moyenne 36,5 élèves et où une grande partie du temps d’enseignement est absorbée par la gestion des effectifs plutôt que par l’apprentissage.
Le constat renvoie à une fragilité structurelle. En 2022, les élèves marocains de 15 ans ont obtenu 365 points en mathématiques, 339 en lecture et 365 en sciences, soit plus de 100 points de moins que la moyenne de l’OCDE. Dans le même temps, l’effort budgétaire consenti par le pays — près de 5,9 % du PIB consacré à l’éducation — traduit une volonté réelle mais encore entravée par le poids des classes surchargées et un ratio élèves-enseignant qui reste très éloigné des standards internationaux.
La portée de cette recherche tient à sa méthode. Les auteurs ne se limitent pas à mesurer l’effet de la taille des classes sur les résultats scolaires, ils déterminent un niveau optimal en combinant performance pédagogique et soutenabilité budgétaire, avant d’en tester la validité à l’aide d’un modèle d’inférence causale. Les deux approches convergent vers une même fourchette, située entre 23 et 24 élèves par classe, ce qui conforte la robustesse du résultat.
Reste la question du coût, incontournable. Selon les simulations de l’étude, ramener les classes à leur taille optimale ferait passer la dépense annuelle par élève de 3.059 à 4.568 dirhams, soit une hausse d’environ 49 %, ce qui impliquerait le recrutement de plus de la moitié des enseignants en plus et une mise en œuvre progressive sur six à huit ans. Pour évaluer la pertinence de cet effort, les chercheurs ont rapporté ce surcoût aux gains attendus en apprentissage.
Résultat : la réduction des effectifs générerait en moyenne +25 points aux scores PISA, ce qui correspond à environ 0,5 % d’amélioration des performances pour chaque hausse de 1 % des dépenses. Sur cette base, le retour sur investissement est jugé « bon » et supérieur à celui de nombreuses autres politiques éducatives menées dans des pays au niveau de développement comparable, ce qui signifie que les progrès scolaires obtenus compensent, à moyen terme, l’augmentation des moyens engagés.
Au-delà de l’amélioration générale des résultats, l’étude montre que la réduction du nombre d’élèves par classe profite de la même manière à tous les étudiants, quel que soit leur niveau scolaire ou leur origine sociale. Le seuil optimal reste pratiquement le même pour les élèves favorisés et défavorisés, avec des écarts très faibles. Cela signifie qu’il n’est pas nécessaire de fixer des tailles de classe différentes selon les publics : un objectif national autour de 23 à 24 élèves bénéficierait à tous et permettrait d’améliorer les performances sans creuser les inégalités.
Conscients des contraintes de mise en œuvre, les auteurs avancent un scénario progressif. Ramener dans un premier temps la taille des classes à 28 ou 30 élèves permettrait déjà d’éviter le seuil à partir duquel les performances scolaires se dégradent, tout en limitant la pression sur le budget et sur les besoins en recrutement d’enseignants.
Entre l’idéal et le possible, c’est peut-être là que se joue, à court terme, la transformation silencieuse des conditions d’apprentissage. Car derrière la statistique, rappelle l’étude, se joue une réalité pédagogique très concrète : moins d’élèves par classe, c’est plus de temps pour expliquer, corriger, accompagner et encourager — autrement dit, davantage d’école pour chaque élève.
En croisant niveau scolaire, contexte social et coût du système éducatif, les chercheurs aboutissent à un constat net : la taille optimale d’une classe au Maroc est de 23,4 élèves. Un seuil qui met en lumière l’ampleur du décalage avec la situation actuelle, où les classes comptent en moyenne 36,5 élèves et où une grande partie du temps d’enseignement est absorbée par la gestion des effectifs plutôt que par l’apprentissage.
23 élèves par classe, le seuil qui change tout !
Les chiffres montrent un changement très concret. Lorsque les classes passent sous le seuil des 23 élèves, les résultats scolaires progressent de 15 à 20 points dans l’évaluation PISA, avec un gain moyen de 25 points en mathématiques, en lecture et en sciences. Autrement dit, des classes moins chargées permettent aux enseignants de consacrer plus de temps à chaque élève, d’expliquer davantage et de suivre les apprentissages de manière plus efficace. À l’inverse, dès que l’effectif dépasse 30 élèves, les performances chutent nettement, la gestion du groupe prenant le pas sur le temps consacré à apprendre.Le constat renvoie à une fragilité structurelle. En 2022, les élèves marocains de 15 ans ont obtenu 365 points en mathématiques, 339 en lecture et 365 en sciences, soit plus de 100 points de moins que la moyenne de l’OCDE. Dans le même temps, l’effort budgétaire consenti par le pays — près de 5,9 % du PIB consacré à l’éducation — traduit une volonté réelle mais encore entravée par le poids des classes surchargées et un ratio élèves-enseignant qui reste très éloigné des standards internationaux.
La portée de cette recherche tient à sa méthode. Les auteurs ne se limitent pas à mesurer l’effet de la taille des classes sur les résultats scolaires, ils déterminent un niveau optimal en combinant performance pédagogique et soutenabilité budgétaire, avant d’en tester la validité à l’aide d’un modèle d’inférence causale. Les deux approches convergent vers une même fourchette, située entre 23 et 24 élèves par classe, ce qui conforte la robustesse du résultat.
Reste la question du coût, incontournable. Selon les simulations de l’étude, ramener les classes à leur taille optimale ferait passer la dépense annuelle par élève de 3.059 à 4.568 dirhams, soit une hausse d’environ 49 %, ce qui impliquerait le recrutement de plus de la moitié des enseignants en plus et une mise en œuvre progressive sur six à huit ans. Pour évaluer la pertinence de cet effort, les chercheurs ont rapporté ce surcoût aux gains attendus en apprentissage.
Résultat : la réduction des effectifs générerait en moyenne +25 points aux scores PISA, ce qui correspond à environ 0,5 % d’amélioration des performances pour chaque hausse de 1 % des dépenses. Sur cette base, le retour sur investissement est jugé « bon » et supérieur à celui de nombreuses autres politiques éducatives menées dans des pays au niveau de développement comparable, ce qui signifie que les progrès scolaires obtenus compensent, à moyen terme, l’augmentation des moyens engagés.
Au-delà de l’amélioration générale des résultats, l’étude montre que la réduction du nombre d’élèves par classe profite de la même manière à tous les étudiants, quel que soit leur niveau scolaire ou leur origine sociale. Le seuil optimal reste pratiquement le même pour les élèves favorisés et défavorisés, avec des écarts très faibles. Cela signifie qu’il n’est pas nécessaire de fixer des tailles de classe différentes selon les publics : un objectif national autour de 23 à 24 élèves bénéficierait à tous et permettrait d’améliorer les performances sans creuser les inégalités.
Conscients des contraintes de mise en œuvre, les auteurs avancent un scénario progressif. Ramener dans un premier temps la taille des classes à 28 ou 30 élèves permettrait déjà d’éviter le seuil à partir duquel les performances scolaires se dégradent, tout en limitant la pression sur le budget et sur les besoins en recrutement d’enseignants.
Entre l’idéal et le possible, c’est peut-être là que se joue, à court terme, la transformation silencieuse des conditions d’apprentissage. Car derrière la statistique, rappelle l’étude, se joue une réalité pédagogique très concrète : moins d’élèves par classe, c’est plus de temps pour expliquer, corriger, accompagner et encourager — autrement dit, davantage d’école pour chaque élève.
