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Relance, loi de finances, investissement, compétitivité, le bilan 2021 de Redouane M'fadel

Quelle lecture faire de la situation économique durant l’année 2021 ? Comment s'annonce la croissance en 2022 ? À ces questions et d'autres répond Redouane M'fadel, directeur du Think Tank Sociétis, analyste économique et consultant, invité de L’Info en Face pour un spécial débat «Rétrospective 2021».

Relance, loi de finances, investissement, compétitivité, le bilan 2021 de Redouane M'fadel
Redouane M'fadel, directeur du Think Tank Sociétis, analyste économique et consultant.

L’année 2021 aura été, sur le plan économique, un prolongement de l’année précédente, ponctuée par les restrictions liées à la pandémie sanitaire avec tout ce que cela implique comme dégâts sur le plan psychologique, mais surtout économique et financier. C’est en somme la façon dont l’analyste économique, directeur du Think Tank Sociétis, Redouane M'fadel, qualifie de prime à bord l’année que nous nous apprêtons à quitter. «De toute évidence, on ne s’en sortira pas. Il n'y aura pas de reprise réelle sans atténuation des mesures de restriction et sans une visibilité réelle sur la fin de cette pandémie. C’est une année, comme 2020, qui est marquée par une défaillance très grande des entreprises, des impayés et des créances douteuses», déplore l’invité de L’Info en Face. Il rappelle dans ce sens qu’en 2021, on dénombre près de 12.000 entreprises défaillantes, contre 7.000 l'année précédente. Il y a même des analystes qui évoquent le chiffre de 90.000 à 100.000 sociétés en situation d'extrême fragilité. La reprise tant espérée en 2021 n’a donc pas eu lieu à cause du manque de visibilité sur la situation épidémiologique. «De toute évidence, que ce soit en Afrique, en Europe ou même sur le continent américain, les décisions prises n’étaient pas les mêmes, car il n'y a pas de vérité scientifique absolue.

La gestion sanitaire de cette crise et la gestion politique et économique ont été différentes. De ce fait, il n’y a pas de modèle qui se dégager ou qui est unique», souligne M. M'fadel. Chaque pays est en train de vivre une situation économique donnée qui résulte des décisions gouvernementales et politiques locales. Face à cette grande incertitude, l’analyste estime qu’à un moment donné, «il faudra remettre l'économie, le social au cœur de notre démarche et tenter de trouver un équilibre entre la nécessité de protéger la santé des citoyens et celle de sauver l’économie». Pour ce faire, les corps intermédiaires (patronat, centrales syndicales et partis politiques) ont un rôle à jouer en initiant le débat sur la nécessité de trouver cet équilibre entre économie, social et santé. «Le débat public a été le grand absent de cette année. Les partis politiques et les organisations patronales devront lancer le débat sur les moyens de la relance, sur la nécessité d’une reprise rapide, sur la dégradation de la situation de l’économie, des entreprises et des ménages», note M. M'fadel. «Le virus, il va falloir vivre avec», insiste l’analyste économique.

Cependant, et malgré la crise, des initiatives sont lancées et devront permettre de relancer l’économie, à l’instar du Fonds Mohammed VI de l’investissement ou encore l'Agence de régulation des participations de l'État. En effet, pour l’invité de L’Info en Face, le Fonds Mohammed VI pour l’investissement est un pas de géant pour structurer la relance, mais «il faudrait avoir une vision calendaire beaucoup plus précise sur les prochaines années et avoir une vision, à mon avis beaucoup plus séquencée, cadrée et planifiée.» L’autre projet de grande envergure est celui de la création de l'Agence de régulation des participations de l'État, estime l’analyste, car «au niveau du secteur public, une rationalisation et une efficacité sont à trouver. Et vu le poids du secteur public et de l'État dans l'économie, d'une manière générale, il est très important de rationaliser tout cet écosystème.» Côté chiffres, l’invité de L’Info en Face se veut prudent, notamment sur le taux de croissance annoncé pour 2021. «2021 est une année de doute et d’attentisme. Il y a eu certes un léger rattrapage, mais il n’est pas si fort. Aussi, il convient de rappeler que l'Agence de notation Standard and Poor's a indiqué que le Maroc devra attendre 2024 pour retrouver les chiffres des niveaux de croissance d’avant 2020», note M. M'fadel. Et de préciser qu’il faut toujours compter un délai de décalage entre la fin des restrictions, donc de la pandémie, et le redémarrage de l’économie.

Or aujourd’hui, il y a toujours des restrictions et une absence de visibilité, donc il est difficile de se prononcer sur les prévisions. Interrogé sur la loi de Finances 2022, l’analyste maintient son avis concernant le manque de visibilité par rapport à la situation économique. «2022 est plutôt une année de transition, avec une ambition qui est très limitée, très mesurée. On parle de 3,2% de croissance, là où on sait qu'on devrait avoir 6 à 7%, d'autant plus qu’on sort de deux années difficiles. À mon avis, on n'a pas d'éléments majeurs très ambitieux, très impactants, en droite ligne avec le nouveau modèle de développement», souligne-t-il. Et de préciser qu’il y a certes des éléments à saluer dans cette loi de Finances 2022, mais qui «n'apporteront pas l’euphorie de croissance qu'on attend tous». Concernant le NMD, l’expert reconnaît que c’est un projet d’avenir qui va placer le Maroc dans une bonne trajectoire de développement. Ce modèle de développement a bien été préparé, réfléchi et a bénéficié d’une large adhésion. «On s’attendait à ce que le nouveau programme gouvernemental en fasse son cheval de bataille, ce qui n'est pas le cas». Et de rappeler que dans la feuille de route de l’exécutif, les experts ont noté l’absence de toute mention de la nécessité de lutter contre les modèles de rente, de concurrence imparfaite, les situations de monopole, d'oligopole, etc.
 

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