Société

Conditions de travail dans les CHU : Les médecins résidents et internes racontent leur calvaire

Nabila Bakkass Nabila Bakkass ,

Conditions de travail dans les CHU : Les médecins résidents et internes racontent leur calvaire

L’affaire du suicide du jeune médecin résident au Centre hospitalier universitaire Ibn Rochd de Casablanca remet sur la table la question des conditions de travail des médecins résidents et internes dans les structures hospitalières. En l’absence de données officielles, l’enquête menée par «Le Matin», notamment auprès des médecins de ce même établissement, révèle des réalités-chocs : une énorme charge de travail, des histoires de chantage, des formes de harcèlement moral, sans parler des salaires. Des accusations rejetées en bloc par le Syndicat national de l’enseignement supérieur.

 

Les récits que nous avons recueillis auprès des médecins internes et résidents sont forts et choquants. Charge de travail, pression, exploitation même... C’est ainsi que les médecins résidents et internes que nous avons rencontrés décrivent leur quotidien au sein du Centre hospitalier universitaire Ibn Rochd de Casablanca (CHU). D’emblée, il nous était difficile de nous entretenir avec eux, vu qu’ils sont toujours sous le choc du suicide de leur collègue qui poursuivait sa formation depuis mars 2019 dans la spécialité de la chirurgie urologique au sein du même établissement. Aussi, la majorité d’entre eux voulait témoigner sous couvert de l’anonymat. Le suicide de ce jeune médecin a, effectivement, provoqué une vive émotion chez ses collègues, mais c’est un signal pour pointer du doigt la pression à laquelle les internes et résidents font face et particulièrement «le harcèlement moral». Selon nos sources, «la situation dans laquelle travaillent actuellement les médecins résidents et internes au sein du CHU de Casablanca est catastrophique à tel point qu’il est quasi impossible de ne pas en être affecté sur le plan psychologique et développer des maladies, parfois irréversibles». Cet article propose donc de plonger dans le quotidien peu connu de ces médecins qui crient leur ras-lebol. À noter qu’en cherchant à vérifier les propos des médecins résidents et internes approchés, nous avons essayé à plusieurs reprises d’avoir des clarifications de la part du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Faculté de médecine de Casablanca, sans succès. À préciser que les médecins résidents et internes, ainsi que leurs professeurs encadrants ne relèvent pas de la tutelle du ministère de la Santé, mais de celle de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique, selon une confirmation d’un haut responsable au ministère de la Santé. 


Des témoignages et des réalités 
Un médecin résident au CHU de Casablanca approché par «Le Matin» ne cache pas son mécontentement. Pour lui, «les conditions de travail diffèrent certes d’un service à l’autre mais en général, elles sont catastrophiques surtout pour ceux qui ne sont pas pistonnés». Notre témoin ne mâche pas ses mots : «le coup de piston est le seul et unique moyen pour échapper à la règle des injustices et discriminations». Pour tenter d’y voir plus clair, nous avons contacté le président de l’Association des médecins résidents de Casablanca (ARC), Allaa El Aissaoui. Tout en rappelant que le cursus de résidanat au sein des CHU est indispensable pour l’obtention du diplôme de spécialité, celui-ci nous a expliqué que les médecins résidents du CHU Ibn Rochd de Casablanca supportent une énorme charge de travail eu égard au nombre très important de patients qu’ils reçoivent au quotidien. Ces patients viennent de différentes villes, notamment Casablanca, Settat, El Jadida, Khouribga, Béni Mellal, Oued Zem, Benslimane, Berrechid, Mohammedia, Had Soualem, Azemmour et Sidi Bennour. «Si l’on divise le nombre de patients de la région de Casablanca-Settat par les quelque 1.000 médecins résidents, on se retrouve avec 10.000 habitants pour chaque résident, ce qui est hors normes», dénonce-t-il. Et d’ajouter que le médecin résident, n’ayant pas le droit de refuser des consultations, se voit obligé de gérer entre 60 et 70 consultations par jour, sachant que le Centre hospitalier dispose déjà de 2.500 patients hospitalisés auxquels il faudrait assurer les soins nécessaires. La réalité vire au cauchemar, d’après le président de l’ARC, «quand le médecin résident se voit obligé d’accomplir des tâches qui ne relèvent pas de ses prérogatives et qui n’ont rien à voir avec sa formation : remplacer un absent, faire le travail de quelqu’un parti en retraite, accompagner le patient sur chariot d’un service à l’autre pour faire les analyses nécessaires, laissant de côté d’autres patients venus en urgence… Et la grande surprise, c’est quand ce médecin procède lui-même au paiement des frais requis pour un patient, rien que pour ne pas être réprimandé par son médecin en chef». Les médecins contactés par «Le Matin» tiennent aussi à souligner qu’ils sont souvent obligés de supporter également «la colère légitime des patients» pour dénoncer la désorganisation au sein de l’établissement. Une autre réalité, et non des moindres : les médecins résidents assurent, selon le président de l’ARC, des gardes de 24 h à 48 h sans bénéficier de récupération. «Les médecins sont obligés d’enchainer de longues heures de travail, ce qui se répercute sans nul doute sur leur santé et leur rendement, alerte le responsable. «En cas de faute liée notamment à un manque de concentration, le médecin résident est directement accusé par son médecin en chef», affirme un autre témoin ayant requis l’anonymat. Celui-ci tient à préciser que les sanctions dans ce cas peuvent aller jusqu’à l’invalidation du cursus.

Interrogé sur les salaires qu’ils perçoivent, Dr El Aissaoui explique qu’il existe trois catégories de résidents : la première est celle des contractuels qui vont être affectés à l’issue de leur formation à l’un des hôpitaux périphériques pour une durée de 8 ans, avec refus de toutes demandes de désistement ou démission. «Si le médecin contractuel décide de quitter la fonction publique avant cette durée, il sera obligé de payer une amende pouvant aller jusqu’à 1,2 million de dirhams», note-t-il. La deuxième catégorie est celle des contractuels qui restent dans le CHU pour une période de 8 ans après le diplôme. La troisième est celle des bénévoles qui vont par la suite ouvrir leurs propres cabinets. Le président de l’ARM indique ainsi que les contractuels (1re et 2e catégories) reçoivent le salaire d’un médecin public généraliste, actuellement fixé à 8.700 DH avec une promesse d’une augmentation sur deux tranches : 1.800 DH en janvier 2023 et le même montant en janvier 2024. Les médecins bénévoles, notent-il, touchent un salaire de 3.500 DH. «On voit bien qu’il y a discrimination entre les contractuels et les bénévoles en termes de salaire, sachant qu’ils assurent les mêmes tâches et subissent la même charge de travail», regrette-t-il. La situation est tout aussi inquiétante dans les rangs des médecins internes.

Avant d’aller encore plus loin dans cette enquête, il convient de rappeler la différence entre médecin résident et médecin interne. En effet, l’accès à la spécialité médicale se fait de deux manières : la voie du concours de résidanat et la voie de l’internat du CHU. Les étudiants ayant réussi leur cinquième année et validé tous les stages peuvent passer le concours d’internat. Les internes valident deux années d’internat au CHU à l’issue desquelles ils sont nommés résidents sur titre et ont par la suite la priorité dans le choix de la spécialité. Les docteurs en médecine, eux, passent le concours de résidanat et sont nommés résidents sur concours. La durée du résidanat varie de trois à cinq ans. Pour s’enquérir des conditions de travail de cette catégorie, nous avons contacté Hicham Arfaoui, doyen des médecins internes du CHU de Casablanca. Celui-ci souligne que cet établissement comprend 155 médecins internes, tous obligés de composer avec trois grandes problématiques : les moyens de travail limités, la surcharge de travail et le salaire. Notre interlocuteur confirme, à cet égard, qu’un médecin interne travaille durement en contrepartie d’un salaire mensuel médiocre, à savoir 3.500 DH. 

Le «harcèlement moral» et «le chantage», des fléaux inacceptables

Les médecins résidents et internes contactés par nos soins pointent du doigt certains comportements de médecins-chefs de service notamment «le harcèlement moral, le changement des tâches et le dénigrement perpétuel». Ils ajoutent aussi que «des médecins-chefs abusent de leur pouvoir et n’hésitent pas à faire du chantage en obligeant certains internes ou résidents à travailler beaucoup plus que la normale». Ces derniers se voient donc obligés de supporter toute cette souffrance puisque leur avenir professionnel est entre les mains du médecin-chef, regrette-til. En revanche, Dr El Aissaoui tient à préciser que d’autres médecins-chefs sont honnêtes et travaillent de manière saine. D’autres phénomènes ont été relevés par nos témoins à l’instar des méthodes de travail bureaucratiques, voire même certains abus d’autorité. Autant dire que le harcèlement moral, conjugué aux conditions «catastrophiques» de travail, tape fort sur les nerfs des médecins résidents et internes. Certains s’efforcent de supporter la situation, le temps d’obtenir le diplôme de spécialité, alors que d’autres finissent par craquer. Ceci pourrait expliquer les départs massifs des médecins à l’étranger, sachant que le Maroc connaît déjà une véritable pénurie de médecins généralistes et spécialistes dans le secteur public.

Les professeurs dénoncent les propos des médecins résidents et internes

Réagissant aux multiples dénonciations des résidents et des internes publiés sur les réseaux sociaux, le bureau local des professeurs de la Faculté de médecine et de pharmacie de Casablanca, affilié au syndicat national de l’enseignement supérieur, a tenu une assemblée générale, le 15 septembre. Dans un communiqué, ces professeurs dénoncent cette «campagne d’accusations» qui, de leur avis, «présente les médecins seniors comme des monstres féroces». Ils ont dans ce sens réitéré leur détermination à défendre la mission noble que les professeurs mènent au sein des facultés de médecine, médecine dentaire et pharmacie. Ils ont par ailleurs appelé à améliorer les conditions de travail, notamment dans les centres hospitaliers afin d’offrir un environnement propice à la formation des médecins résidents et internes.

Le renforcement du capital humain, la solution ?

Le projet de réforme du secteur de la santé place la valorisation des ressources humaines au centre des préoccupations, notamment à travers l’élaboration de la nouvelle loi sur la fonction publique sanitaire, en vue de motiver le capital humain dans le secteur public, réduire le manque actuel en ressources humaines, réformer le système de formation et s’ouvrir sur les compétences médicales étrangères. Il s’agit aussi de l’encouragement des cadres médicaux marocains résidant à l’étranger à retourner exercer dans leur pays. Une fois qu’ils rejoignent les établissements de santé publique, tous les médecins, anciens internes et résidents, doivent impérativement retrouver un cadre de travail plus adéquat et motivant. 
  

 

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