La réunion du groupe africain des ministres des Finances et des gouverneurs des Banques centrales des 54 États africains membres de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international «Caucus africain» a pris fin à Marrakech en mettant l’accent en particulier sur la nécessité d'assurer un système financier international plus équitable et un traitement du service de la dette plus réaliste, à même de dégager les ressources indispensables au développement de l’Afrique. Pendant deux jours, les délibérations intenses entre les hauts responsables africains ont permis de rédiger un mémorandum à l'attention des présidents de la BM et du FMI retraçant les priorités du continent et appelant à une plus grande mobilisation des institutions de Breton Woods pour trouver davantage de réponses et de ressources pour soutenir les pays africains.
Ils ont fait ressortir à cet égard des points importants susceptibles de mener les pays africains à élaborer des stratégies et à surmonter les multiples défis auxquels ils sont actuellement exposés. «Cette réunion a permis de préparer un mémorandum à l’intention du président de la BM et de la présidente du FMI rappelant les priorités pour le continent et demandant aux institutions de Breton Woods une plus grande mobilisation pour trouver plus de solutions et plus de ressources d’accompagnement des pays africains», a indiqué la ministre de l'Économie et des finances, Nadia Fettah Alaoui, lors de la cérémonie de clôture de cet événement. «Notre volonté commune d’unifier nos rangs et de parler d'une seule voix sera essentielle pour attirer l'attention du monde sur l'Afrique et mobiliser les ressources pour le développement du continent», a-t-elle relevé. «L'économie mondiale traverse une crise sans précédent caractérisée par une succession de chocs.
Et même si cette crise ne trouve pas son origine en Afrique, notre continent n'en subit pas moins les répercussions fâcheuses. Alors que l'économie mondiale commençait à se remettre de la récession induite par la pandémie de Covid, nous nous dirigeons apparemment vers une période déprimante de stagflation. Par conséquent, l'Afrique court le risque réel de voir la pauvreté et l'insécurité alimentaire s'aggraver, ce qui pourrait déclencher des troubles sociaux et politiques», a averti la ministre. Et d’ajouter : «si nous voulons progresser dans la mise en place d'un système financier international plus équitable ou plaider en faveur d'un traitement réaliste du service de la dette qui puisse contribuer à libérer les ressources indispensables au développement, une position concertée est alors indispensable. Des mesures politiques fortes et prudentes de notre part sont également nécessaires pour renforcer les réserves extérieures, préserver la viabilité de la dette, accroître la résilience aux chocs et rendre la croissance plus durable et plus inclusive». «Nous espérons que l'élan donné par ces réunions de Marrakech ouvrira la voie à un financement plus concessionnel pour les pays africains. Quelle que soit la perspective envisagée, qu'il s'agisse de réformes structurelles ou d'initiatives politiques, il ne fait aucun doute que davantage de ressources sont nécessaires pour combler les importants déficits financiers qui empêchent des progrès significatifs sur la voie du développement dans nombre de nos pays», a souligné Mme Fettah Alaoui.
Le creusement continuel des déficits de financement, d’après l’argentière du Royaume, a tendance à aggraver la situation économique des nations africaines, en exacerbant les vulnérabilités avant et pendant les périodes de crise. «C'est pourquoi cette conférence a mis l'accent sur l'importance de débloquer davantage de financements concessionnels, sur la nécessité de restructurer l'architecture financière mondiale et sur la promotion de l'intégration régionale, autant de domaines essentiels sur lesquels nous devons axer notre engagement avec le Groupe de la Banque mondiale et le FMI en faveur d'un développement durable et inclusif.», a-t-elle affirmé.
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Adoption de la Déclaration de Marrakech
Les travaux de la réunion du Caucus africain ont été sanctionnés par l'adoption de la «Déclaration de Marrakech». Par ce document, les participants ont appelé le Groupe de la Banque mondiale (GBM) et le Fonds monétaire international à consentir un allègement «rapide», «complet» et «significatif» de la dette pour aider l'Afrique à se remettre des impacts négatifs de la pandémie de Covid-19 et de la crise ukrainienne, et à minimiser les risques qu'ils font peser sur les perspectives de croissance des pays africains. Les participants à cette réunion ont insisté, à travers ce document, sur la nécessité d'assurer une concrétisation rapide de l'engagement pris lors du sommet du G7 (juin 2022), notamment en ce qui concerne le besoin urgent d'améliorer les cadres multilatéraux de restructuration de la dette et de relever les défis inhérents aux vulnérabilités de la dette. Ils ont également appelé les institutions de Bretton Woods à intensifier leurs travaux concernant une architecture mondiale de la dette et à soutenir l'appel lancé par la région au G20 en faveur d'une extension de l'initiative de suspension du service de la dette.
