Menu
Search
Mercredi 28 Janvier 2026
S'abonner
close
Mercredi 28 Janvier 2026
Menu
Search

À bâtons rompus avec l'artiste-peintre Lamia El Guermai

Selon le chercheur en esthétique de l'art Hassan Laghdache, Lamia El Guermaï fait partie de cette génération d’artistes femmes dont le parcours peut être conçu comme un combat artistique en action. Interviewée après sa dernière exposition «Équilibre et Harmonie», l'artiste nous invite dans son univers pictural.

Le Matin : Pouvez-vous nous parler de votre aventure artistique et de vos inspirations ?

Lamia E l Guermai
: D’abord, le travail poétique m’inspire, car la poésie remet en cause la matérialité du langage et met en évidence son sens profond et sa plasticité. Poésie et peinture sont consubstantielles : la poésie peint les mots en mettant en correspondance les perceptions visuelles, tactiles et olfactives. Ensuite, les visites répétées des musées surtout en Italie enrichissent ma culture visuelle ; à côté des concertations artistiques avec amis artistes et critiques d’art.

Vous êtes co-fondatrice du groupe «Les passionnées d’art», pensez-vous que la collaboration entre femmes artistes révèle mieux leur sensibilité esthétique ?

En tant que membre co-fondatrice des passionnées de l’art, je considère que la sensibilité féminine singularise l’expérience esthétique. En effet, à l’origine de la peinture, c’était la femme Butadès qui peignait le souvenir de son amant ; symbole de fécondité et d’opulence notamment la Vénus, la sensibilité féminine capte le vécu avec un regard autre, celui de la germination.

Comment définissez-vous votre relation avec la palette des couleurs ?

Pour rendre l’éclat des couleurs plus intense, j’essaie de créer une amitié entre des couleurs fluorescentes en essayant de rompre leur système tonal, leur valeur et leur ton indiquent leur degré de clarté et de nuance. Or, la couleur opère pour moi comme un outil/abstracteur qui se complète avec les figures représentées. Ma palette se veut exaltante.

Que représente le portrait dans votre univers pictural ?

L’intérêt du portrait : D’abord, mes portraits prennent une apparence physiologique parfois dans les détails les plus fins. Ils possèdent un pouvoir pictural illimité parce qu’ils ouvrent sur un réalisme magique, voire fantastique, avec une véritable mise en scène. Mais les tableaux ne sont pas uniquement des portraits, ce sont des fictions. Je veux que les amateurs d’art puissent tomber amoureux de mes œuvres. C’est vrai que derrière mes représentations, il y a un modèle disponible pour mieux traduire les expressions du corps humain. Mais ce sont des portraits avec une pensée, et une âme. Un portrait peint est une chose sentie faite avec amour ou respect de l’être représenté. Bref, je veux caractériser ces personnages par leur psychologie. Je crains de dire que mes portraits sont d’abord des peintures qui finissent par me ressembler.

Vous avez organisé récemment l’exposition «Équilibre et Harmonie» où vous mélangez thèses et anti-thèses. Pourquoi ce choix et comment a réagi le public à vos tableaux ?

Le concept c’était d’instaurer des dialectiques dans mon travail afin d’équilibrer les masses quantitatives et d’harmoniser les idées contrastées. À première vue, il y a toujours un dualisme (Homme/Femme, Plein/Vide, Ombre/Clarté, Vie oisive/Vie laborieuse, Bien/Mal), mais qui s’autodétruit pour dire la stabilité de l’être ici et maintenant.

D’ailleurs, il y a eu des échos retentissants à la suite de cette dernière exposition vu la quantité d’articles et d’interviews que j’ai eues avec différents médias audiovisuels et écrits. En outre, les témoignages de visiteurs surtout durant la nuit des galeries étaient d’une valeur précieuse pour moi, parce que tout simplement le public est enchanté.

Avez-vous d’autres projets en cours ?

Vous savez, la peinture est comme l’Homme, mortel, mais vivant toujours en lutte avec la matière et les concepts. D’abord, je multiplie les lectures pour trouver l’idée juste qui sera le déclic de ma prochaine exposition. En plus, vous savez que la peinture est une belle aventure à la fois esthétique et amoureuse qui ouvre sur l’incertain, le possible et le hasard. C’est en captant le hasard que je peux configurer toute entreprise ultérieure.

*******

Parcours de Lamia E l Guermai 

Lamia El Guermai est une artiste-peintre autodidacte, docteure en économie et gestion, écrivaine, née à Casablanca, y réside et y travaille. Dès son enfance, elle s’intéressait à la poésie. Plus tard, la peinture va s’ajouter à cette passion et commencer à prendre le dessus jusqu’à la supplanter. Elle a à son actif plusieurs expositions individuelles et collectives, elle est co-fondatrice d’un groupe de 4 artistes-peintres appelé «les passionnées d’art» et a participé à la réalisation de 2 toiles à 8 mains et d’une exposition au Théâtre national Mohammed V. Dans un chaos ordonné, Lamia mélange des thèses et des antithèses. Lamia développe des scénarios de la vie, à travers ses créations, en posant des questions existentielles et en y répondant par un opposé ensuite. Ses toiles sont un amalgame équilibré et sa palette de couleurs est excentrique et ne connaît pas de limites.

Lisez nos e-Papers