Menu
Search
Vendredi 19 Avril 2024
S'abonner
close
Vendredi 19 Avril 2024
Menu
Search
Accueil next Culture

Chokri Bentaouit : «Les enchères sont synonymes de rareté !»

Mazad Art lance sa vente d'été le 24 juin à l'hôtel Hilton Tanger City Center. À cette occasion, Chokri Bentaouit nous a accordé un entretien pour nous éclairer sur la vente aux enchères, l'art marocain, le profil des acheteurs et l'hommage rendu à Moa Bennani.

Le Matin : La vente d'été de Mazad Art met à l'enchère une large sélection d'œuvres d'art, allant de l'orientalisme à l'art contemporain. Sur quels critères est basé le choix des œuvres exposées ?
Chokri Bentaouit
: Concernant le choix des œuvres, nous essayons, en général, de créer un catalogue multidisciplinaire offrant plusieurs possibilités pour toucher et satisfaire différents types de collectionneurs. Nous présentons différents courants de peinture, de l'orientalisme à l'art moderne et contemporain, en passant par la sculpture et la photographie. Nous veillons à inclure les grands artistes marocains ainsi que ceux émergents. C'est pourquoi vous trouverez des artistes de tous âges et de toutes cotes. Les prix varient également pour s'adapter à toutes les bourses. En ce qui concerne l'orientalisme, nous sélectionnons des artistes orientalistes qui représentent le Maroc à travers des œuvres réalisées lors de leur passage dans le pays. Pour cette vente en particulier, nous avons choisi une scène de Rabat de Paul Néri, ainsi que des scènes de Marrakech.

Pour ceux qui ne comprennent pas le fonctionnement d'une maison de vente aux enchères, comment se passe l'accord avec le propriétaire de l'œuvre ?

Concernant la vente aux enchères, les déposants nous confient leurs œuvres pour les vendre moyennant une commission de 12% TTC, selon des conditions claires et transparentes stipulées dans le catalogue de vente. Nous convenons d'un prix de vente minimum, appelé «Prix de réserve», lorsqu'ils déposent leurs œuvres chez nous. Il y a une exposition préalable permettant aux acheteurs d’inspecter les œuvres. Une fois que l'œuvre atteint son prix final, appelé «Prix de marteau», la maison de vente prélève sa commission.

Quelles garanties Mazad Art offre-t-elle aux acquéreurs ?

En ce qui concerne les garanties, avant de mettre une œuvre ou un objet d'art en vente, Mazad Art vérifie son authenticité et sa provenance afin que l'acheteur ou le futur acquéreur puisse être assuré de la véritable valeur de l'œuvre. Nous délivrons un certificat au futur acquéreur pour l'authentification et la traçabilité de l'œuvre.

Quelles sont les tendances d'achat chez Mazad Art ?

Les tendances d'achat sont intimement liées au marché de l'art. Nous essayons d'inclure dans notre catalogue des œuvres d'artistes reconnus, avec des cotes allant des plus petites aux plus élevées, ainsi que des œuvres d'artistes moins connus sur le marché. Alors parfois, certains artistes ont une cote assez élevée, ce qui rend parfois difficile la mise en vente de leurs œuvres, car les vendeurs exigent souvent des conditions et des prix de vente exagérés, ce qui fait que les œuvres ne trouvent pas d'acquéreur. Nous préférons donc sélectionner des œuvres avec des prix de réserve raisonnables, en phase avec la cotation de l'artiste. Cette cotation dépend des résultats de vente en salles ainsi que des prix proposés lors de diverses expositions des artistes. En général, nous parvenons à une cotation qui correspond à environ 10 ou 15% de la valeur réelle sur le marché.

D'après votre expérience, peut-on dresser un profil de l'acquéreur marocain d'œuvres d'art aujourd'hui ?

Il existe plusieurs profils d'acquéreurs marocains : il y a les grandes fondations d’art, les collectionneurs avertis qui possèdent une bonne connaissance du marché et des artistes, et qui savent ce qu'ils recherchent. Parfois, ils sont à la recherche d'une période ou d'un artiste, en particulier. Il y a aussi les jeunes collectionneurs, âgés de 30 à 40 ans, qui recherchent des œuvres adaptées à leur budget. Ils commencent souvent par des lithographies d'artistes reconnus et sélectionnent des œuvres en fonction du format, de la période et du support, afin de constituer leur collection. Et enfin, il y a les amateurs qui se lancent dernièrement sur le marché. Nous leur donnons des conseils concernant la cotation des artistes et le choix de leurs futures collections.

Vous proposez sur votre site un service d'expertise. Est-il souvent sollicité ? Avez-vous des anecdotes à partager à ce sujet ?

Alors oui, lorsque certains collectionneurs souhaitent faire expertiser ou authentifier leurs œuvres, nous essayons de leur offrir ce service. Il est important de souligner que cela est assez complexe au Maroc, car nous en sommes encore à un stade embryonnaire dans ce domaine. Nous effectuons des recherches sur l'œuvre, sa provenance, les acquéreurs précédents, sa qualité ainsi que son état et ses conditions. Pour chaque artiste, nous adoptons une approche différente. Lorsque les héritiers sont encore en vie, nous les rencontrons pour recueillir leur avis. Dans le cas où l'artiste dispose d'une fondation, comme la Fondation Farid Belkahia gérée par Rajaa Benchemsi, nous bénéficions de l'appui d'un comité scientifique, ce qui simplifie les choses. Pour l'artiste Ahmed Cherkaoui, par exemple, son fils peut authentifier les œuvres de son père. Pour d'autres artistes qui n'ont pas de descendants, tels que Jilali Gharbaoui, nous consultons les archives et comparons les différentes œuvres. Nous nous efforçons d'authentifier l'œuvre et d'obtenir le résultat le plus précis possible. Il nous arrive également de consulter des artistes contemporains, de grands maîtres, qui peuvent nous apporter des éclairages. Par exemple, nous avons déjà fait appel au grand artiste Fouad Bellamine, car il a connu ces artistes et leurs œuvres. En résumé, il s'agit d'un travail relativement complexe nécessitant une enquête minutieuse.

Peut-on dresser un état des lieux des enchères au Maroc, en général ?

Le marché des ventes aux enchères est encore à un stade embryonnaire au Maroc. Il y a deux ou trois maisons de ventes, et étant donné le faible nombre d'acheteurs présents en salle, nous nous efforçons de vulgariser le processus afin de familiariser les clients avec les enchères. Les gens ne comprennent pas encore comment cela fonctionne. Lorsqu'une œuvre est adjugée, la maison de vente perçoit une commission de 18% HT. Pourquoi ? Parce que nous garantissons l'authenticité des œuvres, leur traçabilité et surtout, nous proposons des œuvres difficiles à trouver. Les enchères sont synonymes de rareté ! Les gens viennent donc chez nous pour trouver des œuvres qu'ils ne peuvent pas trouver ailleurs. De leur côté, les propriétaires se tournent vers nous, car ils ne peuvent pas vendre ces pièces rares de gré à gré, et grâce à nous, ils sont certains d'optimiser le résultat de leur vente.

Selon vous, l'art marocain est-il coté à sa juste valeur ? Quelle est la valeur de l'art marocain à l'étranger ?

Bien sûr, l'art marocain est coté à sa juste valeur. Il peut y avoir quelques bulles spéculatives entre marchands et galeries, qui ne correspondent pas à la véritable cote, mais la plupart des artistes voient leur cote augmenter progressivement avec le temps. C'est pourquoi certains artistes sont devenus pratiquement inaccessibles. Je citerai Jilali Gharbaoui, Ahmed Cherkaoui, Melehi Mohamed et Farid Belkahia. En ce qui concerne l'international, seuls quelques-uns des artistes que je viens de mentionner sont connus. C'est précisément pour cela que leur cote a augmenté. Cependant, nous constatons un intérêt croissant de la scène internationale pour les artistes marocains, que ce soit aux États-Unis, à Londres ou au Moyen-Orient, encouragé par l'émergence de musées.

La vente d'été rend hommage à feu Moa Bennani, pour qui vous éprouvez beaucoup d'amitié. Outre ses qualités humaines, comment évaluez-vous sa contribution à l'art marocain ?

Moa Bennani est un artiste important sur la scène artistique marocaine. Après une période figurative, il s'est complètement plongé dans l'abstraction lyrique ou pure. Il a apporté beaucoup à l'art marocain et ses œuvres sont maintenant très recherchées par les collectionneurs. Pour garantir l'authenticité de ses œuvres, son fils Kim Bennani nous guide et donne toujours son avis, avant de les inclure dans le catalogue.

Dans la longue liste des œuvres mises aux enchères, on retrouve de nombreux noms connus de leur vivant tels que Chaibia, Melehi, Belkahia, Talal, etc. Mais d'autres noms sont moins familiers aux profanes. Trouvent-ils également facilement des acheteurs ?

Au contraire, étant donné l'augmentation des prix des grands maîtres, nous avons du mal à trouver des acheteurs pour leurs œuvres. Cependant, à mesure que la scène des acheteurs et des collectionneurs s'élargit progressivement, il est évident que toutes ces œuvres trouveront des acquéreurs et que le marché se stabilisera. Les autres œuvres sont généralement plus abordables et plus faciles à vendre.

On ne peut pas éviter de remarquer que les prix des artistes décédés sont plus élevés ! Alors, la sempiternelle question se pose : le Death Effect est-il une réalité ou un simple mythe ?

C'est bien une réalité ! Plusieurs artistes déjà cotés voient leurs prix augmenter de 20 à 30%, en fonction du nombre d'œuvres laissées, de leur qualité et de la cote de l'artiste de son vivant. Dans ce cas, les prix des œuvres prennent une tendance à la hausse, comme c'est le cas pour l'artiste Mohamed Melehi, décédé en 2020. Le prix de ses œuvres continue d'augmenter chaque année, ce qui est normal, car l'artiste ne produit plus. C'est précisément l'effet de l'offre et de la demande : la quantité d'œuvres mises sur le marché se réduit, car l'artiste ne crée plus. Bien sûr, cela concerne principalement les artistes déjà connus et cotés. Pour ceux qui le sont moins, il est rare que leur cote explose après leur décès, à moins qu'il y ait une reconnaissance unanime et posthume de la part des critiques d'art ou qu'ils soient associés à un mouvement ou à une nouvelle école.

Lire aussi : «Intersections» : Nouvelle vente aux enchères de la CMOOA

Lisez nos e-Papers