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Entretien avec Rahma Benhamou El Madani, réalisatrice du documentaire «Le pacte de sel»

Ses parents lui racontent les raisons qui les ont poussés à quitter l’Algérie pour le Médoc en France. Cette histoire crée en elle la volonté de partager les souvenirs de voisins et de familles obligés de se séparer. La réalisatrice et productrice franco-marocaine Rahma Benhamou El Madani, née en Algérie, a retrouvé son village natal, les amis de ses parents. Au bout de sa quête intimiste, elle nous livre un documentaire poignant avec des témoignages sensibles, touchants et révélateurs d’histoires humaines. «Le Pacte du sel» présenté récemment à Casablanca et Rabat rend à ces Marocains expulsés d’Algérie leur dignité et témoigne de leur courage.

Entretien avec Rahma Benhamou El Madani, réalisatrice du documentaire «Le pacte de sel»

Le Matin : Qu’est-ce qui vous a poussée vers le documentaire et surtout à réaliser «Le pacte de sel» ?
Rahma Benhamou El Madani
: J’ai un regard de chercheuse. Grâce à la caméra, je m’intéresse à mon histoire. Il y avait un manque, un trou béant dans mon histoire. C’est ainsi que j’ai décidé de suivre cette histoire, de chercher mon village natal que je n’ai pas revu depuis mes 6 ans, et de retrouver des voisins qui ont connu mes parents.

Les récits autobiographiques sont plus inspirants. De plus en plus de Maghrébins s’y intéressent ?
Je pense que la création ne naît pas de nulle part. Elle vient de ce qu’on a en nous. En littérature, il y a beaucoup d’écrits autobiographiques d’auteurs maghrébins. J’ai remarqué dans les années 2000 qu’il y a surtout des femmes qui se racontent. Quand il y a un conflit, le documentaire permet de faire un focus sur une histoire douloureuse. C’est le cas, par exemple, de l’ex-Yougoslavie, du Rwanda… Les cinéastes qui vivaient dans une zone de conflits y revenaient pour interroger. Ceci est nouveau par rapport au Maghreb et sa diaspora, mais il y a une nouvelle génération qui s’empare du documentaire de création pour se raconter et apporter une vision subjective.

C’est ce que vous faites dans «Le pacte de sel» ?
Dans ce film, c’est délicat, le conflit dure. Tout est politique, mais c’est le facteur humain et la relation entre les deux peuples qui m’intéressent. Je travaille entre le Maroc et l’Algérie, je connais les deux pays. Je peux vous dire que les nouvelles générations se connaissent moins que les anciennes. Plusieurs interrogations se posent de part et d’autre notamment par rapport à l’art et la culture. Certes, on est proche, mais il y a des différences qu’on peut partager. Malheureusement, la mal-connaissance engendre l’intolérance et l’incompréhension.

Parlez-nous des étapes de ce documentaire ?
Le film a commencé en 2001 avec un premier jet «Du côté de chez soi» sur l’histoire des Marocains expulsés de l’Algérie. Dans ce premier film sorti en 2003, j’ai donné la parole à mes parents pour qu’ils parlent de leur histoire, leurs origines. Je voulais ensuite partir en Algérie, mais ce n’était pas le moment idéal. Après, avec mon film «Tgnawittude» sur les gnawa algériens, j’ai pu m’y rendre. Grâce à mon producteur Rachid Diguer, j’ai pu obtenir également une autorisation de tourner «Le Pacte de sel».

Comment s’est passé le tournage en Algérie ?
C’était surtout spontané. J’ai filmé sans repérage. La famille qui m’a invitée a pris des photos pour moi et a parlé aux gens avant mon arrivée. C’était important de parler aux familles pour avoir leur version, savoir ce qu’ils ont ressenti au départ des Marocains, pourquoi ils ont laissé faire alors qu’ils avaient de bonnes relations. Munie de ma caméra, je posais mes questions et je filmais directement les témoignages. C’était comme une thérapie notamment pour les personnes qui se sentaient responsables.

C’est un film spécial…
Il est fait avec beaucoup de sensibilité. C’est pudique. Les gens parlaient avec leurs mots. Il y a une femme qui explique comment les Marocains ont pris les armes pour les Algériens. Ce point est très important, car je n’aime pas la pitié. Ce sont des personnes fortes qui se sont battues pour un pays qui n’est pas le leur. Raconter cette histoire c’est leur rendre leur dignité.

Pour vous, c’est important de raconter ces pans de l’Histoire ?
Il y a beaucoup d’histoires familiales qui se transmettent, c’est la mémoire. C’est important de la raconter de notre point de vue.

Lire aussi : Pacte de sel : le documentaire de Rahma Benhamou El Madani présenté au Maroc

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