Menu
Search
Mercredi 21 Février 2024
S'abonner
close
Mercredi 21 Février 2024
Menu
Search
S'abonner
Accueil next Société

Morsures de serpents : 350 cas enregistrés en moyenne annuelle au Maroc (Dr Chafiq Fouad)

Les morsures de serpents surviennent le plus souvent durant la saison chaude. Avec les piqûres scorpioniques, elles représentent la première cause d’envenimation. Explications avec Dr Chafiq Fouad, responsable de la Stratégie de lutte contre les morsures de serpents au Centre anti-poison et de pharmacovigilance du Maroc.

Morsures de serpents : 350 cas enregistrés en moyenne annuelle au Maroc (Dr Chafiq Fouad)
Les morsures par cobra sont les plus dangereuses. Elles sont heureusement rares.

Le Matin : Les morsures de serpents sont plus fréquentes en été. Pourquoi ?
Dr Chafiq Fouad
: La morsure de serpent est la conséquence directe du rapprochement accidentel ou intentionnel entre l’homme et le serpent. Après une période d’hibernation en saison froide et dès le mois de mars, les serpents entrent en activité en cherchant à se reproduire, à se nourrir ou à chercher la fraîcheur. Cette activité est maximale en été. C’est pourquoi les morsures surviennent le plus au cours de cette période.

>> Lire aussi : Fortes chaleurs : Attention aux scorpions !

Au Maroc, l’étude des ophidiens pouvant être à l’origine des accidents de morsures montre la présence de deux variétés de serpents : une variété sans danger appartenant à la famille des couleuvres et la variété de serpents venimeux représentée par les vipères et le cobra. Une morsure par vipère, la plus fréquente, peut-être grave surtout à cause des troubles hémorragiques qu’elle peut entraîner. Une morsure par cobra, heureusement rare, est plus grave du fait du risque de survenue rapide de la paralysie respiratoire. La prise en charge des cas graves peut nécessiter l’hospitalisation dans les services de réanimation avec l’administration de l’anti-venin pour neutraliser le venin circulant.

Avez-vous des chiffres récents ?
Au Maroc, 350 cas de morsures par serpents sont enregistrés annuellement en moyenne par le Centre antipoison et de pharmacovigilance du Maroc (CAPM). Nos rapports sur cette problématique sont annuellement publiés dans la revue «Toxicologie Maroc», qui est la publication officielle du CAPM relevant du ministère de la Santé et de de la protection sociale. Ainsi au cours de l’année 2021, quelque 308 cas de morsures de serpents ont été notifiés au Centre antipoison et de pharmacovigilance du Maroc. La région la plus représentée était Tanger-Tétouan-Al-Hoceïma (32,3%) suivie de la région de Marrakech-Safi, puis de la région de Souss-Massa (10,9%). Les régions de Drâa-Tafilalt et Fès-Meknès représentaient chacune (9,9%). La région de Guelmim-Oued Noun est aussi une région à ne pas négliger. Le mois de juillet représente le pic de survenue des morsures. La population rurale est la plus touchée. Le nombre de patients ayant bénéficié de l’administration de l’anti-venin en milieu hospitalier était de 120 patients (39%).

Quel est le taux de létalité par morsure de serpent ?
Le nombre de cas de décès enregistrés en 2021 était de 5 cas. Les cas de décès peuvent s’expliquer soit parce que la morsure était grave ou que la prise en charge a été tardive notamment pour les patients habitants dans les régions rurales montagneuses et enclavées. Il est donc vivement conseillé en cas de morsure de se diriger en urgence à la structure sanitaire la plus proche.

Quelles sont les actions menées par le CAPM pour lutter contre les morsures de serpents ?
Le ministère de la Santé et de la protection sociale a mis en place «La stratégie nationale de lutte contre les envenimations», et ce depuis 2013 (Circulaire n° 1/CAPM/2013), dont les principaux axes : la reconnaissance des serpents les plus impliqués dans les morsures de serpents, la formation du personnel médical et paramédical dans la prise en charge des morsures de serpent et l’approvisionnement de tous les hôpitaux des régions à haut risque en anti-venins. L’impact de la mise en place de cette stratégie a permis de diminuer la létalité qui est passée de 5% en 2013 (11 décès) à 1,6% en 2021. Mais l'objectif est d’arriver à zéro décès. Pour cela, la sensibilisation de la population revêt aussi une importance capitale pour prévenir toute morsure.

Quels sont vos conseils pour éviter une morsure de serpent ?
En période d’été, les serpents sont en activité avec risque de survenue d’accident de morsure. Les gens habitant le rural particulièrement dans les régions connues à risque doivent être vigilantes particulièrement en période d’été. Le siège de la morsure est généralement les mains ou les pieds. Il ne faut jamais introduire la main ou le pied dans un orifice du sol ou des murs ou soulever les pierres dans les endroits suspects. Il faut aussi porter des vêtements amples et longs (pantalons, chemises), des chaussures montantes et solides. Pour se déplacer la nuit, se munir d’une lampe électrique. Il faut aussi éviter de camper à la belle étoile directement sur le sol, ou à proximité des amas de pierres, d’un arbre, de bois ou de broussailles. Ne pas oublier d’entretenir l’environnement des habitations : abords propres et dégagés, pelouse tondue, plantes grimpantes coupées, fissures réparées, trous comblés. En présence d’un serpent, reculer lentement, en évitant de l’effrayer, sans chercher à le faire fuir. Il n'est pas conseillé que l'entourage cherche à capturer ou à tuer le serpent.

Que faut-il faire en cas de morsure lorsqu’on est en zone rurale ?
En cas d’accidents de morsure, le patient doit être évacué rapidement et confortablement en ambulance, moto, ou par tout moyen de fortune disponible vers la structure sanitaire la plus proche. Il faut éviter de pratiquer certains gestes dangereux : comme le port de garrot au niveau du membre mordu, ou de faire des incisions. Cela ne fait que retarder la prise en charge.
Pour l’aide à la prise en charge, on peut aussi contacter le Centre anti-poison et de pharmacovigilance du Maroc au N° téléphone 05 37 68 64 64 – 24 h sur 24 et 7 j/7.