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Séisme : Il ne faut pas condamner les procédés ancestraux de construction, mais les améliorer (Abdelmajid Choukaïli)

Comment, où et quand reloger les survivants du séisme d’Al Haouz ? Telles sont les questions auxquelles a tenté de répondre Abdelmajid Choukaïli, ingénieur en génie civil, docteur en géodynamique et administrateur du laboratoire TESCO, lors de son passage, lundi 18 septembre, à l’émission «L’Info en Face» de Groupe Le Matin.

Séisme : Il ne faut pas condamner les procédés ancestraux de construction, mais les améliorer (Abdelmajid Choukaïli)
Abdelmajid Choukaïli.

Le tremblement de terre d’Al Haouz est un séisme sans précédant qui représente environ 178 fois celui d’Agadir. C’est ce qu’a révélé Abdelmajid Choukaïli, ingénieur de génie civil, docteur en géodynamique et administrateur du laboratoire TESCO, lors de son passage, lundi 18 septembre, à l’émission «L’info en Face» de Groupe Le Matin. Et de rappeler qu’une secousse principale, la plus élevée, est toujours précédée par des tremblements de terre précurseurs et suivie par des répliques qui sont toujours moins importantes que la secousse principale. 

>>Lire aussi : Les normes parasismiques ne sont pas contradictoires avec l’identité locale des constructions (Nabil Mekaoui)

«J’ai fait des calculs qui démontrent que ces répliques ne peuvent pas dépasser 4,9 de puissance (sur l’échelle Richter, ndlr), ce qui est très faible. Ce niveau est parfaitement supportable par les structures des bâtiments et par l’être humain. Un des éléments importants est celui de l’épicentre : 8 km, ce qui n’est pas profond», assure Choukaïli qui explique que plus l’épicentre est profond, plus il y a de répliques pour dissiper toute l’énergie du séisme. Autrement dit, le séisme d’Al Haouz n’a pas besoin de beaucoup de répliques, car la totalité, ou presque, de l’énergie a été dissipée dans la secousse principale. Il n’y aurait donc pas d’inquiétudes à avoir. Sauf que le séisme d’Al Haouz a désorganisé la structure des massifs rocheux, souligne M. Choukaïli. Et d’ajouter, «dans ces conditions, il y a des zones qui sont broyées et on risque de voir des blocs rocheux s’effondrer. À cet effet, affirme l’invité de l’émission, «nous travaillons en étroite collaboration avec les autorités pour identifier les versants les plus dangereux et les stabiliser. S’il est urgent de reconstruire pour reloger les survivants de ce drame, la question de savoir où exactement le faire est tout aussi importante.

Reconstruire sur les lieux du séisme ou relocaliser ?

«Nous avons une cartographie très riche et des géologues qui ont identifié toutes les failles sismiques existantes», insiste notre invité. À ce propos, le Maroc est l’un des pays les mieux étudiés sur le plan géologique et géotechnique. On connaît les failles sismiques (les endroits ou peuvent survenir des séismes). Elles se prolongent le long de l’Atlas, jusqu’en Algérie. La reconstruction, elle, doit être faite en fonction de la violence sismique connue. Conclusion de l’expert : la Data nécessaire à un relogement sans risques majeurs des victimes du séisme d’Al Haouz existe. Faut-il donc reloger au même endroit ou relocaliser ? «Le Maroc est un pays sismique. On ne peut pas prendre toute la population du Maroc et la reloger dans le Sahara où il y a très peu ou pas de séismes. C’est impossible. On vit avec les séismes depuis l’origine des temps. Et on sait aujourd’hui ce qu’il faut faire», répond M. Choukaïli. Et d’ajouter, «il y a un code parasismique qui a été mis en place et qui a permis de sauver beaucoup de vies humaines lors du séisme d’Al Hoceïma». Sauf que les constructions dans le monde rural échappent à toute normalisation. Il y a une absence de réglementation, surtout pour les logements dans le monde rural, regrette l’expert, d’où le lourd bilan du séisme d’Al Haouz. Certes, deux codes existent (deux décrets), l’un pour l’auto-construction en terre, l’autre pour la construction en terre, mais notre invité les pointent du doigt : «ces codes contiennent des erreurs, au moins une dizaine, qu’il faut absolument corriger toutes affaires cessantes. De plus, le code parasismique a totalement ignoré le facteur topographique». De toutes les façons, fait remarquer l’invité de l’émission, la réglementation évolue à chaque fois qu’il y a un séisme, car celui-ci permet de tirer de nouvelles leçons. Une actualisation est donc de rigueur et le plus vite possible.

Reconstruire en utilisant les matériaux locaux : un must

En attendant, l’expert est pour la reconstruction en utilisant des matières locales. Cela dit, conseille notre ingénieur, il faut ajouter des contreventements, en bois ou en acier, aux constructions. Ces ouvrages ont pour mission de stabiliser la construction face aux effets de phénomènes naturels tels les vents forts ou les séismes. Par ailleurs, insiste notre invité, il faut veiller à la légèreté des dalles : c’est ce qui a tué les gens à Al Haouz», explique-t-il, avant de conclure qu’il est tout à fait possible de reconstruire avec des matériaux locaux, de la terre, etc., pour reloger les survivants du drame d’Al Haouz. Ce qui, soit dit en passant, préservera le cachet local des villages reconstruits. «Il ne faut pas condamner ce mode de construction, mais l’améliorer. Nous avons ce qu’il faut pour ça», a-t-il conclu. Maintenant, seulement 80% de la data nécessaire à la reconstruction est disponible pour l’instant. Il faudrait d’abord que l’ensemble des informations nécessaires soient récoltées et qu’il y ait une réglementation rendant obligatoire l’accompagnement de la construction par des études spécifiques.

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