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«Casablanca que j'aime» de Mohamed Sijelmassi : pour l'amour de Casablanca

Mohamed Sijelmassi vit à Casablanca depuis plus de trente cinq ans. Le livre qu'il vient de publier révèle cette relation privilégiée qui lie l'auteur à sa ville d'adoption. «Avec Casablanca que j'aime, dit-il, j'ai eu une approche différente de celles de

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Tout d'abord, pourquoi un livre sur Casablanca ?
Ce livre est parti d'un constat : les livres récents sur Casablanca, pour la plupart très beaux, ne traitent que d'un seul aspect de la ville, à savoir l'architecture coloniale ou art déco. En parcourant ces livres, on a l'impression que Casablanca n'existe que depuis le début du Xxe siècle et qu'il n'y avait rien avant. Ce qui n'était pas vrai. Il fallait réparer cette injustice, faire connaître cette ville aux touristes et à ses habitants.

Et je me suis dit qu'il serait bien de présenter un livre qui montre les aspects les plus chatoyants, les plus agréables et les moins connus de la ville. Il fallait donc commencer par son histoire, remonter dans le temps, aller aux origines, dévoiler comment sa population s'est constituée. Casablanca s'appelait au départ Anfa. Elle s'est construite selon un tracé propre à l'esprit de la cité musulmane. La mosquée au milieu et l'environnement commercial aux alentours. Les premières mosquées sont celles de Jamaâ Lakbir et de Jamaâ Chlouh. Elles ont été construites par Sidi Mohamed Ben Abdallah au XVIIIe siècle. C'est donc à partir de cette époque-là que l'on pouvait parler de ville en évoquant Casablanca. Ensuite, il y a eu l'arrivée des Français en 1907, le protectorat en 1912, le visage de la ville a changé. La ville s'est alors transformée, peu à peu, pour répondre au vœu du protectorat qui voulait en faire le première ville commerciale du Maroc. C'est là où il y a eu des schémas directeurs pour sortir la ville de l'ancienne médina. La deuxième ville s'est construite en dehors des remparts, et avec toute l'Histoire qui s'est développée jusqu'à nos jours. Les constructions anarchiques qui se sont émergé à la fin du protectorat et au début de l'indépendance ne respectaient aucune règle et depuis, il y a eu d'autres schémas directeurs et on commence à représenter la ville de façon plus moderne et plus chatoyante. C'est toute cette histoire que je voulais retracer.

Et pourquoi ce titre : «Casablanca que j'aime»?

En fait, je me suis dit que pour éviter de tomber sur des banalités et pour ne pas redire ce qui a été déjà dit et écrit, il fallait que je prenne une ligne conductrice différente. J'ai opté pour les rapports avec la ville, en tant que photographe en particulier. C'est à travers la photographie que j'ai aimé certaines parties de la ville, certaines architectures. C'est cet amour pour la ville que j'ai essayé de transmettre dans ce livre qui se veut gai. On qualifiait Casa de blanche. Ce n'est pas vrai. Casablanca est multicolore, multiracial. Ce livre est conçu comme une promenade. C'est une promenade organisée, une visite thématique dans différents lieux.

Je vis à Casablanca depuis une quarantaine d'années et je ne remarquais pas certains lieux de culte; comme les marabouts, par exemple. C'est une chose qui existe dans le quotidien de la ville, qui fait partie de la vie de certains quartiers, les gens s'y référent, les visitent, y vont pour les implorer. Ces marabouts ont acquis une importance capitale dans la psychologie du citoyen et dans la société marocaine. Il y a 32 marabouts à Casablanca. Chacun à une histoire qui lui est propre et qui est fort intéressante. Dans le livre, j'explique comment ils sont devenus marabouts, en quoi ils étaient vénérés, ce qu'ils sont devenus…

« Casablanca que j'aime » est dédié aux victimes des attentats de Casablanca

J'ai commencé mon livre, il y a trois ans. Ce n'est donc pas un livre guidé par les attentats. Ces attentats m'avaient, comme tous les Marocains, choqué, traumatisé. Je dédie ce livre à la mémoire des victimes de ces attentats pour que, lorsqu'on ouvre l'ouvrage, on puisse se souvenir, se souvenir des victimes de Casablanca et pour éviter qu'une telle chose puisse se reproduire à nouveau.

Vous avez l'habitude de dépoussiérer le patrimoine, et là vous faites revivre la mémoire…

Une grande partie de mes travaux est, effectivement, axée sur la mémoire. Toutes mes recherches sont axées sur la mémoire collective des Marocains. C'est une contribution à la clarification de leur identité. Les gens ont besoin de repères.

Votre livre fait la part belle aux photos, comment ont-elles été prises ? Reflètent-elles des coups de cœur ?

Les photos qui illustrent l'ouvrage reflètent mes coups de cœur.
J'ai pris toutes les photos. Et pour que ce soit vivant, j'ai tenu à ce qu'il y ait des êtres humains. Pour montrer la vraie vie, la vie des gens, je me suis promené dans la ville, j'ai volé des photos. J'attendais une à deux heures pour que quelque chose se passe, pour prendre la bonne photo, celles qui reflètent la vraie vie des habitants de Casablanca. Et dans ce sens, mes photos représentent les gens en situation. Il y a ceux qui passent, qui discutent, qui jouent aux cartes et ceux qui veulent refaire le monde…

Votre livre dégage dans ce sens beaucoup de chaleur humaine.

Cela fait partie du charme de la ville. Et c'est ce qui fait que Casablanca a une âme et c'est cette âme que j'ai essayé de dégager

A qui s'adresse, à votre avis, « Casablanca que j'aime » ?

A tout le monde, à tout Casablancais qui sait écrire et lire et qui s'intéresse un tant soit peu à un livre d'art. Mon ambition est qu'il participe à faire connaître et aimer Casablanca. Je suis triste quand je vois tous ces touristes qui viennent à Casablanca pour 24 ou 48 heures et qui ne prennent pas le temps de voir ou de visiter la ville. Je rêve toujours et j'espère que cela arrivera avant ma mort que ce mur entre le port et la ville soit détruit et que le port soit intégré dans la ville.

Là ce serait extraordinaire et la ville retrouvera toute sa vocation. Ce qui est curieux, c'est une ville au bord de la mer, mais on ne vit pas comme des gens qui vivent au bord de la mer. On vit comme si on était une ville de l'intérieur. La mer est juste quelque chose qui est là bas, Il n' y a pas d'économie de la mer, il n'y a pas de rapport de la mer avec la cité. Ce mur qui a été érigé pour partager la ville il a détaché la ville de la mer aussi bien du regard que du comportement des gens. Ce n'est pas une ville de pêcheur, alors qu'elle devrait l'être.

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Au cœur d'une ville attachante


L'auteur Mohamed Sijelmassi raconte l'histoire de Casablanca qu'il aimait dans un livre -dédié aux victimes des évènements du 16 mai – et nous fait découvrir à travers une centaine d'illustrations d'archives et plus de deux cent cinquante photos magnifiques , inédites, prises par lui au cours de ses longues promenades dans la cité blanche.

Tel un convive à qui on veut faire honneur, il nous prend par la main et nous fait visiter les ruelles labyrinthiques et les impasses tortueuses de l'ancienne médina, les échoppes pittoresques et les élégantes arcades des habous, les surprenantes avenues bordées d'immeubles modernes et art déco. Il nous plonge dans les piscines et les plages rafraîchissantes de la corniche, sans négliger les quartiers périphériques et la surprenante jotia de Derb Ghallef.

La formation d'une ville moderne, mégapole de plus de 4 000 000 d'habitants, devenue capitale économique du Royaume est évoquée dans des textes limpides. Le mystère d'une cité à la fois médiévale et moderne, traditionnelle et avant-gardiste, énigmatique et troublante, insolite et attachante sont dévoilés au fur et à mesure de la promenade.

Un contraste saisissant complètement le dépaysement et nous fait aimer la société casablancaise bigarrée et cosmopolite, jeune et dynamique, réputée pour sa jovialité, son esprit de tolérance et son hospitalité légendaire.
C'est tout cela " Casablanca que j'aime ".

" Casablanca que j'aime " de Mohamed Sijelmassi, 311 pages, Anglais-français, Oum Editions
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