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Soufisme, un voyage dans le temps et l'espace

27 panneaux pour retracer l'histoire d'une pratique spirituelle

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C'est une exposition particulière autant par son thème que par sa forme. «Le soufisme, cœur de l'Islam», conçue et réalisée par l'Institut du monde arabe (IMA), est en tournée en ce moment dans les Instituts français du Maroc. Elle se tient à la galerie 121 à Casablanca jusqu'au 27 janvier. A travers 27 panneaux composés de photos et de textes de présentation, l'exposition propose un voyage à travers le temps et l'espace pour rapprocher le visiteur des origines du soufisme, de son évolution et de ses grands maîtres, qui ont marqué son histoire de leur sceau.

Passeur entre les religions et les cultures, ambassadeur privilégié auprès de l'Occident, le soufisme, qui se présente comme la «variante» libre de l'islam, a été toujours source d'engouement mais également de controverse. L'exposition moyennant cliché et verbe, remonte aux sources et essaie de mettre à jour les rapports équivoques entre islam et soufisme.

Prenant parfois différents chemins pour arriver au même but : l'amour du créateur et de la création, la religion et la discipline se complètent, se régénèrent l'une dans l'autre. «Depuis au moins Ghazâlî, les ouléma créditaient et pratiquaient de près ou de loin cette discipline spirituelle. Ainsi, loin de rejeter les préceptes et les rites de l'islam, le soufisme les éclaire, renouvelant sans cesse leur sens pour les fidèles», écrit Eric Geoffroy, maître de conférence à l'Université de Strasbourg.

Le début fut avec les familles spirituelles qui voient le jour en islam aux XI et XIIe siècles. Encadrement spécifique, méthodes initiatiques et plusieurs étapes composent l'itinéraire spirituel et éducatif des fidèles. Dans les conditions et les événements qui interviennent à l'époque (chute de Bagdad, invasion des Mongols…) attisent ce besoin spirituel d'une nouvelle vision du monde et de ses aléas, le soufisme était le salut.

Défini comme étant la «mystique musulmane», l'essence du soufisme se résume à sa capacité à cerner la présence divine à travers l'intuition et la contemplation. Dans l'un des panneaux exposés, on évoque une discipline qui a pour but principal de «percer l'opacité de ce monde», afin de contempler les réalités spirituelles dans la simple foi».
Au-delà des définitions, les panneaux essaient de clarifier cette relation d'adversité et de complicité qui lie islam et soufisme ou plutôt qui lie les hommes des deux disciplines. Car au fond, elles sont les deux faces d'une même médaille.

A partir du XI siècle, les maîtres soufis enseignaient aux medersas et aux instituts supérieurs de Bagdad comme leur compères les ouléma.
Les préceptes du soufisme sont édités dans des ouvrages et la doctrine n'est pas persécutée par la religion orthodoxe. Mais les choses vont changer. Jugeant que les soufis vont trop loin dans leur «amour» du divin, des «gardiens de la religion et de la loi» commencent à les persécuter en masse.

Al Hallaj, qui s'écriait lors d'un moment d'extase spirituelle, «je suis le Réel» (Ana Al Haq) a même été exécuté… un martyr de l'amour divin qui en arrive à se confondre avec la présence divine à force de l'aimer, c'est ce qu'il appelle «Al houloul» (l'incarnation).

Les wahhabites, disciples invétérés d'Ibn Taymiyya, persécuteur par excellence des soufis, leur reprochent leurs pratiques confrériques devenues vite populaires.

Ils voulaient en fait ôter à l'islam son côté libre et intimiste, tant vénéré par le soufisme. L'exposition dresse également les portraits des grands maîtres qui ont façonné le soufisme à travers le temps.
Chacun à sa façon, ils ont enrichi la doctrine par leurs expériences spirituelles et par leurs réflexions respectives. Ibnou Arabi, Jalal Eddine Arroumi , Al Hallaj, Ghazali, Râbi'a Adawiyya… différentes expériences et approches, différentes visions, mais une seule motivation: l'amour de Dieu, du créateur et de la création.

Ivresse, musique et danse, sainteté, métaphysique de l'être, intuition spirituelle… les voies se multiplient et diffèrent chez les soufis, mais l'essence originale reste intacte et ne perd pas de son attrait.

L'exposition de l'IMA, en est l'expression éloquente.
Il est à rappeler qu'en marge de cette exposition, Faouzi Skali donnera une conférence sur le thème «Soufisme et connaissance de soi», le jeudi 18 janvier à 19h à la médiathèque de l'Institut français.
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Débuts de la philosophie

Apparu en Europe au XIX siècle, le terme «soufisme» traduit le mot «tasawwuf». Ce mot désigne l'action d'être sufî ou de tendre à l'être.
Les soufis donnent à ce terme subtil une multitude de définitions. Deux étymologies sont, toutefois, plausibles.

La première fait dériver ce terme de «sûfiya» qui signifie en arabe «il a été purifié». Elle présente alors le soufisme comme un processus de purification. Selon la seconde, le mot sûfî vient de «sûf», la laine en arabe.

Le port d'une bure de laine, symbolise la sobriété et le détachement du monde ainsi que la pauvreté spirituelle de l'homme face à Dieu.
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