«Franchement, je déteste la période des vacances. Je m'ennuie à mourir. Pendant toute la journée, je rode dans la maison comme une demeurée. Je regarde la télévision, je m'amuse un peu grâce à mon ordinateur, j'écoute de la musique, je fais un peu de ménage et c'est tout. Je ne supporte plus cette routine. Cela ne fait que quelques semaines que nous sommes en vacances et je me demande comment je ferai d'ici la rentrée», confie Meryem, jeune lycéenne de 15 ans. En effet, défendues de sortir pour une raison ou pour une autre, les filles passent la plupart de leur journée entre quatre murs. Elles plaignent leurs situations et envient les garçons qui ont généralement carte blanche pour sortir dès leur plus jeune âge. Pour sortir, il n'y a généralement qu'une seule solution: inventer des histoires aux parents pour pouvoir s'éclipser, ne serait-ce que pour quelques heures.
Hanâa, 29 ans, cadre dans une banque, a toujours du mal à sortir de la maison hors les horaires officiels. Heureusement pour elle, son travail actuel la sauve de cette situation. Elle se souvient amèrement de la période où elle était étudiante. Pour elle, c'est la pire période de sa vie.
«Pendant les vacances d'été, je ressentais une frustration énorme. Je me sentais étouffée parce que mes parents m'empêchaient de sortir de la maison, je restais enfermée pendant trois mois dans ma chambre. C'était horrible, insupportable ! Quand j'entendais mes camarades dire qu'ils attendaient les vacances impatiemment, je n'étais jamais d'accord tellement c'était cauchemardesque pour moi. En cas de grève, je mentais à mes parents pour ne pas rester enfermée et je continuais à aller à l'université jusqu'au dernier jour, même lorsque nous avions déjà terminé le programme», explique-t-elle.
«Je n'avais jamais le droit de sortir seule. Lorsque je demandais à ma mère de me laisser sortir avec une copine, elle avait toujours une condition : je dois être accompagnée de mon petit frère, ce qui était très embarrassant. J'avais tant besoin de changer d'air un peu, ne serait-ce que pour une journée. J'enviais tellement mes quatre frères qui n'étaient présents à la maison qu'au moment des repas et pour dormir », poursuit-t-elle. Pour les parents, c'est une façon de protéger leur progéniture. Malgré ce que laisse croire l'évolution de la société marocaine, les mentalités n'ont pas beaucoup changé. Les filles doivent rester chez elles pour ne pas créer de problèmes pour leurs familles. Le facteur culturel oblige. «Je suis père de deux filles. Pendant les vacances, je ne leur donne jamais la permission de sortir. Pour moi, comme pour la société marocaine, les jeunes filles bien éduquées restent chez elles. Celles qui envahissent les rues ont généralement une mauvaise réputation», s'exprime Abdellah. Pour éviter de telles situations et ces sensations d'emprisonnement, certaines filles tentent comme elles peuvent de remplir leur journée par différentes activités, ou carrément par un travail.
«Cette année, j'avais décidé de faire l'impossible pour ne pas passer l'été prisonnière à la maison. J'ai commencé la recherche d'un boulot depuis que j'ai arrêté d'aller à l'école vers la fin du mois de mai. Mes efforts ont fini par payer puisque cela fait trois semaines que je travaille comme vendeuse dans une boutique de vêtements.
Non seulement ce travail me permet de sortir, de voir le monde extérieur, de respirer… mais aussi c'est un bon moyen de me faire de l'argent de poche. Mon salaire s'élève à 1.200 dirhams, je suis satisfaite», raconte Meryem 18 ans.
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Questions à : Mohcine Benyachou • Psychiatre
Tout d'abord, il faut comprendre que les filles, à partir de l'âge de l'adolescence, ont besoin de sortir, de casser la routine… et la saison estivale est la période idéale pour ce genre de choses. C'est l'occasion pour les jeunes filles, comme pour les garçons, de respirer. S'il n'y avait pas de contraintes familiales ou sociales, ces jeunes demoiselles pourraient profiter pleinement de leurs vacances. Il ne faut donc pas être surpris si l'on a en face de lui une jeune fille qui se sent étouffée, frustrée, mal en point, triste … suite à un enfermement à la maison pendant les vacances, surtout que ces dernières durent presque trois mois au Maroc. Il est dur pour quiconque de supporter de rester enfermé pendant tout ce temps. J'ai reçu beaucoup de cas de filles ayant pris la fuite tellement elles ne pouvaient plus supporter leur situation. Elles ont préféré fuguer pour chercher la liberté, le plaisir de vivre. Certes, il faut se mettre à la place des parents qui ont peur pour leurs filles de nouer des relations qui peuvent leur être nuisibles, mais il faut au moins essayer d'occuper leur temps libre avec des activités comme les inscrire dans des clubs de divertissements sportifs ou artistiques ou dans des centres de langues…
Hanâa, 29 ans, cadre dans une banque, a toujours du mal à sortir de la maison hors les horaires officiels. Heureusement pour elle, son travail actuel la sauve de cette situation. Elle se souvient amèrement de la période où elle était étudiante. Pour elle, c'est la pire période de sa vie.
«Pendant les vacances d'été, je ressentais une frustration énorme. Je me sentais étouffée parce que mes parents m'empêchaient de sortir de la maison, je restais enfermée pendant trois mois dans ma chambre. C'était horrible, insupportable ! Quand j'entendais mes camarades dire qu'ils attendaient les vacances impatiemment, je n'étais jamais d'accord tellement c'était cauchemardesque pour moi. En cas de grève, je mentais à mes parents pour ne pas rester enfermée et je continuais à aller à l'université jusqu'au dernier jour, même lorsque nous avions déjà terminé le programme», explique-t-elle.
«Je n'avais jamais le droit de sortir seule. Lorsque je demandais à ma mère de me laisser sortir avec une copine, elle avait toujours une condition : je dois être accompagnée de mon petit frère, ce qui était très embarrassant. J'avais tant besoin de changer d'air un peu, ne serait-ce que pour une journée. J'enviais tellement mes quatre frères qui n'étaient présents à la maison qu'au moment des repas et pour dormir », poursuit-t-elle. Pour les parents, c'est une façon de protéger leur progéniture. Malgré ce que laisse croire l'évolution de la société marocaine, les mentalités n'ont pas beaucoup changé. Les filles doivent rester chez elles pour ne pas créer de problèmes pour leurs familles. Le facteur culturel oblige. «Je suis père de deux filles. Pendant les vacances, je ne leur donne jamais la permission de sortir. Pour moi, comme pour la société marocaine, les jeunes filles bien éduquées restent chez elles. Celles qui envahissent les rues ont généralement une mauvaise réputation», s'exprime Abdellah. Pour éviter de telles situations et ces sensations d'emprisonnement, certaines filles tentent comme elles peuvent de remplir leur journée par différentes activités, ou carrément par un travail.
«Cette année, j'avais décidé de faire l'impossible pour ne pas passer l'été prisonnière à la maison. J'ai commencé la recherche d'un boulot depuis que j'ai arrêté d'aller à l'école vers la fin du mois de mai. Mes efforts ont fini par payer puisque cela fait trois semaines que je travaille comme vendeuse dans une boutique de vêtements.
Non seulement ce travail me permet de sortir, de voir le monde extérieur, de respirer… mais aussi c'est un bon moyen de me faire de l'argent de poche. Mon salaire s'élève à 1.200 dirhams, je suis satisfaite», raconte Meryem 18 ans.
Questions à : Mohcine Benyachou • Psychiatre
« Il est dur pour quiconque de supporter de rester enfermé »
• Quel est l'impact de «l'emprisonnement» des filles à la maison pendant les vacances ?Tout d'abord, il faut comprendre que les filles, à partir de l'âge de l'adolescence, ont besoin de sortir, de casser la routine… et la saison estivale est la période idéale pour ce genre de choses. C'est l'occasion pour les jeunes filles, comme pour les garçons, de respirer. S'il n'y avait pas de contraintes familiales ou sociales, ces jeunes demoiselles pourraient profiter pleinement de leurs vacances. Il ne faut donc pas être surpris si l'on a en face de lui une jeune fille qui se sent étouffée, frustrée, mal en point, triste … suite à un enfermement à la maison pendant les vacances, surtout que ces dernières durent presque trois mois au Maroc. Il est dur pour quiconque de supporter de rester enfermé pendant tout ce temps. J'ai reçu beaucoup de cas de filles ayant pris la fuite tellement elles ne pouvaient plus supporter leur situation. Elles ont préféré fuguer pour chercher la liberté, le plaisir de vivre. Certes, il faut se mettre à la place des parents qui ont peur pour leurs filles de nouer des relations qui peuvent leur être nuisibles, mais il faut au moins essayer d'occuper leur temps libre avec des activités comme les inscrire dans des clubs de divertissements sportifs ou artistiques ou dans des centres de langues…
