«Dramatique» ! C’est en ce terme que Hamid Marrakchi, ex-président de la Chambre marocaine des salles de cinéma, qualifie l’état de délabrement avancé des salles de cinéma au Maroc. Appréhendées comme patrimoine matériel et immatériel d’un quartier, ces salles, riches d’histoires et d’anecdotes, sont aujourd’hui jetées aux oubliettes. Chiffres à l’appui : parmi les 365 salles de cinéma qui faisaient vivre des milliers de familles, seules quelques 27 sont encore ouvertes. Mais, elles tournent à faible régime. Dans les années 80, les salles de cinéma enregistraient 50 millions de tickets vendus contre 4 millions en 2009, tandis qu’aujourd’hui cela ne dépasse guère les 2 millions, soit une perte de 30 000 entrées.
Avec un chiffre d’affaires qui ne franchit pas le seuil de 100 000 DH par an dans le meilleur des cas, les patrons des salles de cinéma apparaissent comme des «Don Quichottes» des temps modernes. Les spectateurs boudent le grand écran. «Il ne suffit pas de changer l’aspect des salles (fauteuils, son, lumières) et remplacer le 35 par le numérique. Le numérique n’est qu’un moyen de projection, il ne draine pas forcément les clients», ajoute Abdelhamid Marrakchi. Car il faut aussi contrecarrer le piratage. Abdelhamid Marrakchi parle d’une perte considérable enregistrée dans le domaine de la production et de la distribution. Les professionnels investissent des millions de centimes et ne gagnent que quelques centimes en contrepartie. *
Au-delà de son aspect commercial, «la salle de cinéma est également un moteur de développement social, culturel et surtout économique d’un quartier et plus globalement d’une ville. Il faut qu’elles soient inscrites comme patrimoine», suggère Tarik Mounim, président fondateur de l’association «Save Cinemas in Marocco». Mais cela ne suffirait pas, selon Salma Zerhouni, responsable chez «AM Architecture du Maoc»: «Il faut aussi que la société civile se mobilise contre la fermeture des salles de cinéma notamment par le biais de pétitions adressées aux autorités et aux responsables, un droit que garantit la nouvelle Constitution», explique-t-elle. Il existe également d’autres solutions plus pratiques comme celle de créer une commission interministérielle composée du ministère de l’Intérieur, ministère de l’Industrie, du commerce et des nouvelles technologies et le ministère de l’Économie et des Finances dans le but de contrôler l’importation des CD. «Le CD importé coûte 50 centimes pour être vendu à 5 DH. Il y a 30 millions CD importés chaque année et donc c’est 250 millions de dirhams qui échappent à tout contrôle fiscal», souligne Hamid Marrakchi qui suggère également la révision du coût de la valeur ajoutée imposée aux professionnels de 20 à 5%, à l’instar de la France.
Voici donc les solutions préconisées. En attendant que celles-ci soient mises en oeuvre, les professionnels de la production et de la distribution cinématographique vivent ce cauchemar au quotidien et les cinéphiles aussi.
