Constituées en réseau, les femmes journalistes marocaines accompagnées de leurs consœurs du monde entier ont dressé un tableau sombre sur leur situation socioprofessionnelle, à l’occasion d’une Journée d’étude organisée dernièrement à Casablanca par le ministère de la Communication, sur le thème «La place de la femme journaliste dans le paysage médiatique marocain».
Initiée par le Réseau des femmes journalistes (RFJ), la rencontre, qui a enregistré la participation de plusieurs personnalités du monde des médias et de la société civile, dont Alana Barton, représentante de la Fondation internationale des femmes journalistes (IWMF), a été axée sur le positionnement de la femme journaliste sur le paysage médiatique marocain et sur les conditions de travail des femmes journalistes, les discriminations qu’elles subissent ainsi que les cas de harcèlement sexuel et moral auxquels elles sont confrontées.
Inspiré par l’expérience danoise dans ce domaine, le RFJ, créé en novembre 2011, se veut «un espace d’échanges qui favorise le réseautage et le lobbying sur des sujets impliquant le statut de la femme journaliste, l’objectif étant de contribuer à l’amélioration de ses conditions de travail et l’inciter à s’impliquer activement dans le débat et la réflexion sur le secteur de la presse», selon sa Charte d’éthique professionnelle. Après seulement deux ans de sa création, le Réseau a pu nouer des partenariats avec plusieurs organismes comme le ministère de la Communication, la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), la SNRT et Soread 2M, et tout récemment avec l’Agence Maghreb arabe presse (MAP) pour l’organisation de formations au profit des journalistes en matière de leadership».
Premier constat
Toutefois, Bahia El Amrani, membre de la Fédération marocaine des éditeurs de journaux (FMEJ), a fait le constat d’une injustice professionnelle, observée au niveau de la représentation féminine dans les médias, puisque dans 70 entreprises de presse existantes au Maroc, seulement deux sont dirigées par des femmes.
Selon Mme Amrani, la FMEJ peut contribuer de manière concrète à instaurer le principe d’égalité, en agissant sur le recrutement des femmes, leur traitement au sein de l’établissement, ou encore sur l’image véhiculée par les médias sur la femme. Pour sa part, Asmaa Lamrani, représentante de la Haute autorité de la communication audiovisuelle (HACA), a fait savoir que selon les résultats d’une étude sur la présence de la femme dans les médias 42% des programmes des deux chaînes de télévision marocaines sont présentés par des femmes, tandis que 58% sont du ressort des hommes alors que dans les radios privées, seulement 32% des programmes sont présentés par des femmes contre 68% par des hommes. Pour faire face à tous ces maux dont souffre le secteur, la rencontre de Casablanca a recommandé l’activation des accords conclus entre le ministère de la Communication, la FMEJ et le Syndicat national de la presse marocaine (SNPM), sur la formation continue.
Les participantes ont également conclu de la nécessité de diagnostiquer la place et la présence de la femme dans les médias, ses conditions de travail et les possibilités d’accès aux sphères de décision et sa protection de toutes les formes de harcèlement dans le cadre du travail, en vue de lui permettre de mieux exercer son métier. Elles demandent dans ce cadre de mettre en place un cadre juridique approprié qui définit le harcèlement.
Les conclusions et recommandations de cette journée d’étude serviront de base à la réalisation d’une étude sur la place de la femme journaliste dans les médias, qui sera élaborée par le ministère de la Communication et le RFJ.
