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Entretien avec Hassan Sayarh, directeur général, directeur des études groupe HEM et élu de l'enseignement supérieur privé

«La contribution des écoles privées dans la constitution du capital humain et du capital immatériel est plus que forte et conséquente»

LE MATIN

La contribution des écoles privées à la stratégie d’émergence du Maroc est évidente, elle se situe au niveau de la formation des cadres d’entreprise capables de porter cette stratégie et de la mettre en œuvre.

La contribution des écoles privées à la stratégie d’émergence du Maroc est évidente, elle se situe au niveau de la formation des cadres d’entreprise capables de porter cette stratégie et de la mettre en œuvre.

En quelques années, l’enseignement supérieur marocain s’est hissé parmi les meilleurs de l’Afrique francophone, avec notamment plusieurs écoles marocaines dans le palmarès des meilleures écoles, dressé par «Jeune Afrique» en 2014.

Quelles sont selon vous les recettes du succès de l'enseigment supérieur au Maroc ? Et quels sont les problèmes actuels du secteur ?
Pour moi les raisons principales à l’origine de cette amélioration se situent à deux niveaux :
1. La ferme volonté des acteurs, enseignants et responsables pédagogiques, qu’ils soient dans le public ou dans le privé, d’améliorer la qualité du système de l’enseignement supérieur au Maroc en s’alignant sur les standards internationaux.
2. Les établissements d’enseignement supérieur au Maroc font de plus en plus l’effort de sortir du cadre national et développent de plus en plus des partenariats avec des établissements étrangers. Ces partenariats, qui se traduisent par des échanges d’expériences, d’enseignants et d’étudiants, permettent aux établissements universitaires marocains de s’améliorer et de faire connaître leur expérience, et dans certains cas leur expertise. Cette amélioration aussi bien sur le fond que dans les classements reste en deçà des attentes et aspirations des étudiants marocains et du tissu économique national. Pour ce qui est des problèmes actuels du secteur, ils sont multiples. Citons principalement deux :
• La reconnaissance et la valorisation du secteur : Alors que l’entreprise marocaine valorise et reconnaît la qualité des diplômés issus des écoles privées, le ministère de tutelle traine volontairement à mettre en place et compléter le cadre réglementaire permettant l’équivalence et la reconnaissance des diplômes délivrés par les écoles privées.
• La solvabilisation de la demande : Le nombre d’étudiants ayant les moyens financiers pour accéder à une école de l’enseignement supérieur privé reste très faible en comparaison avec les attentes et les objectifs de la charte. Pour augmenter ce nombre et offrir la possibilité d’accéder aux écoles privées à beaucoup plus d’étudiants, il existe plusieurs instruments que le ministère de tutelle refuse jusqu'à présent de mettre en place : système de crédit-étude avantageux, défiscalisation pour les familles des frais d’études, etc.

Quel rôle jouent les écoles privées dans la formation du capital humain, et plus globalement du capital immatériel du Maroc ?
La contribution des écoles privées dans la constitution du capital humain et plus globalement du capital immatériel du Maroc est plus que forte et conséquente. Elle se matérialise par le taux et le niveau d’insertion des diplômés des écoles privées. En effet, le taux d’insertion des diplômés des écoles privées est parmi les meilleurs taux d’insertion au Maroc et dans l’absolu. Le niveau des postes occupés par les diplômés des écoles privées est parmi les plus élevés. Par conséquent, leur contribution dans la constitution du capital humain du Maroc est, proportionnellement à leur nombre, très élevée. Avec un nombre plus élevé d’étudiants inscrits dans les écoles privées, cette contribution serait beaucoup plus importante.

Quel rôle peuvent jouer les écoles privées dans le rayonnement du système éducatif marocain en Afrique et plus largement dans le monde ?
Les écoles privées marocaines jouent déjà un rôle primordial dans le rayonnement du système éducatif marocain en Afrique à travers le nombre d’étudiants africains présents au Maroc dans ces établissements et la présence de plusieurs écoles marocaines dans des pays africains. Le soutien et l’accompagnement de ces écoles par le ministère de tutelle et la stratégie globale du gouvernement peuvent leur donner plus de force et de poids pour jouer un rôle encore plus important dans le sens de l’intérêt général de notre pays.

L’année dernière, la banque mondiale a publié un rapport classant le Maroc à une très mauvaise place. Comment expliquez-vous ce phénomène ? Et quelle est la responsabilité du secteur privé dans cette situation ?
La défaillance du système éducatif marocain, à travers sa composante publique qui représente plus de 90% des effectifs, n’est un secret pour personne et c’est même reconnu par les plus hautes instances nationales. À mon sens, la raison principale de cette situation est le mode de gouvernance du système dans sa globalité qui est resté archaïque et qui n’a pas suivi l’évolution ni des effectifs des élèves et des étudiants ni des tendances mondiales dans ce secteur. À ce propos, le CESEM, centre de recherche de HEM, et la Banque mondiale mènent en ce moment une étude sur la gouvernance du système éducatif au Maroc, à travers ses trois niveaux primaire, secondaire et supérieur. Dans les quelques semaines à venir, les résultats de cette étude ainsi que les orientations préconisées seront publiés. Je pense que n’importe quelle réforme des programmes, des méthodes pédagogiques et même de la langue d’enseignement ne peut être qu’un échec avec le système de gouvernance qui existe actuellement. Tant qu’on ne pensera pas à réformer sérieusement la gouvernance et lui donner la possibilité d’absorber les réformes pédagogiques, on continuera à tourner en rond et on ne fera que régresser dans les classements mondiaux.

Quelle est pour vous la contribution que les écoles privées peuvent apporter à la politique d’émergence du Maroc ? Et quelle aide concrète l’État et d’autres acteurs, comme les entreprises, peuvent apporter à ces écoles dans ce sens ?
La contribution des écoles privées à la stratégie d’émergence du Maroc est évidente, elle se situe au niveau de la formation des cadres d’entreprise capables de porter cette stratégie et de la mettre en œuvre. Ces établissements privés ne demandent pas une aide particulière, ils souhaitent avoir un environnement concurrentiel sain et équitable entre tous les acteurs ; un cadre réglementaire clair et favorable et des mesures incitatives et d’accompagnement des familles qui supportent pleinement les frais d’études de leurs enfants inscrits dans le privé, alors que l’état ne remplit pas sa mission de service public dans ce domaine.

Comment expliquer que la majorité des écoles privées se concentrent principalement sur l’économie et la gestion, alors même que les filières professionnelles (cuisine, plomberie…) sont aujourd’hui laissées pour compte ? Quels sont selon vous les obstacles à l’éclosion de ce type de filière ?
Dans tous les pays du monde, le système éducatif et de la formation des cadres relève du service public, financé entièrement ou partiellement par l’État. Lorsque le privé est appelé à apporter sa contribution dans la formation de nouvelles générations de cadres, les frais de la formation sont supportés partiellement ou entièrement par les familles. Quand on se retrouve, comme c’est le cas au Maroc, avec un système privé entièrement financé par les familles, il est évident que le privé s’oriente vers les branches les plus demandées et dont les coûts restent supportables pour les ménages. Dans ce cas, c’est le rôle de l’État d’investir les branches dont les coûts de formation sont élevés ou dont la demande n’est pas assez forte. Pour que le privé puisse investir également ces branches, il faut que l’État l’accompagne avec des mesures incitatives et contributives dans ce sens. Au Maroc, aucune mesure de ce type n’existe.

Que pensez-vous de la question des universités privées et quels peuvent être les impacts de ces institutions sur le système éducatif actuel ?
Au Maroc, les nouvelles entités universités privées qui se sont développées ces dernières années sont de trois types :
1. Des universités privées qui fonctionnent comme les établissements privés, et cela ne pose aucun problème. Elles apportent leur contribution et participent pleinement à l’évolution du système éducatif privé au Maroc.
2. Des universités dites en PPP (partenariat public-privé) qui posent essentiellement deux problèmes :
• Ce sont des établissements «publics», payants (et parmi les plus chers, donc élitistes), créés par des organismes publics. C’est l’État qui fait du privé, alors que la loi interdit aux universités publiques de délivrer des diplômes nationaux payants.
• La présence de ces établissements crée une situation de concurrence déloyale. Ils ont beaucoup d’avantages financiers et en nature (foncier, subventions, etc.) que les autres acteurs du privé n’ont pas.
3. Des universités étrangères invitées à s’installer au Maroc. Elles ont aussi beaucoup d’avantages et en plus elles rapatrient de l’argent dans leurs pays d’origine.
Ceci crée un déséquilibre énorme et une situation de concurrence déloyale menaçant le secteur de l’enseignement supérieur privé, qui a fait ses preuves depuis une trentaine d’années, sans que cela ne puisse profiter à l’université publique marocaine.

Alors que de nombreux pays mettent l’accent sur la dynamique entrepreneuriale des jeunes, quelle peuvent être les actions des écoles privées dans ce sens ?
Les écoles privées contribuent au développement de la dynamique entrepreneuriale des jeunes à deux niveaux :
• Développer l’esprit entrepreneurial chez les jeunes d’une manière générale, à travers des activités pédagogiques et para-pédagogiques qui les sensibilisent et les forment dans ce sens, même s’ils ne sont pas destinés à la création d’entreprises. On parle aujourd’hui d’«intrapreneuriat» dans le sens où dans les entreprises modernes tous les cadres doivent avoir cet état d’esprit.
• Proposer des formations destinées à l’entrepreneuriat et à la création d’entreprises. Ces formations peuvent être plus ou moins pratiques et aboutissent souvent à des créations d’entreprises.

Les coûts élevés des écoles empêchent la majorité des personnes d’inscrire leurs enfants dans les écoles privées. N’y a-t-il pas une nécessité de développer des programmes de bourses d’études pour les plus méritants ?
Tout à fait, la question de la solvabilité de la demande, comme je l’ai dit précédemment, est cruciale.
Beaucoup de jeunes aspirent à des formations de qualité dans des établissements privés, mais faute de moyens, ils n’y accèdent pas.
Il est nécessaire de mettre en place des mécanismes (bourses, crédit-études, sponsoring, etc.) pour permettre à ces jeunes de réaliser leurs ambitions. C’est aussi de bons instruments de mixité sociale, garante de la stabilité. Les solutions et les expériences à travers le monde ne manquent pas. Seuls les pouvoirs publics ont la possibilité et le pouvoir de les mettre en place. Ce qui manque à mon sens, c’est la volonté politique.

Quel est l’avenir du secteur privé au Maroc ? Et quels sont les éléments qui permettront aux écoles privées du secteur de figurer dans les classements mondiaux à l’avenir ?
Dans l’état actuel des choses, l’avenir du secteur privé au Maroc n’est pas rose ! Le développement de ce secteur nécessite une réelle volonté politique, au-delà des paroles qui n’ont de vie que le temps de les entendre. Ce ne sont pas les idées qui manquent, ni les acteurs pour les mettre en œuvre, mais la volonté réelle et manifeste de développer cette composante de l’enseignement supérieur marocain et lui permettre de jouer pleinement son rôle, tel que défini dans la loi 01-00. La première manifestation concrète de cette volonté serait d’impliquer les acteurs, à travers leurs élus, dans les décisions qui concernent le secteur.

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