Malgré les avancées notables pour l'amélioration de la situation de la femme, grâce notamment à la volonté royale, la femme marocaine souffre encore de plusieurs problèmes. Harcèlements sexuels, violences conjugales, viols, mariages de mineures, travailleuses domestiques, analphabétisme, tutelle légale, codes du travail et de la nationalité…
Les lois marocaines, malgré la réforme, ont, en effet, été conçues dans un cadre patriarcal, ce qui favorise l’exclusion de la femme, dans une société où elle est pourtant l’une des épines dorsales. La femme marocaine continue à subir la loi de la misogynie, que ce soit dans la rue, en milieu professionnel ou dans les médias où on la présente souvent comme une ménagère. Toutefois, certaines réformes, comme celle du Code de la famille, ont été lancées ces dernières années, mais elles restent insuffisantes. Même les dispositions prévues par la nouvelle Constitution de 2011 en faveur des droits de la femme n'ont pas encore été appliquées. C’est dans ce contexte qu’un collectif regroupant plusieurs associations féministes organise une marche le 8 mars à Rabat.
À l’occasion de la Journée de la femme, la collectif Égalité et Démocratie compte frapper fort et ne cache pas le caractère politisé de sa marche. «Rien n’a été fait en faveur de l’égalité homme-femme depuis l’avènement de ce gouvernement. Entre discours et promesses, rien de concret n’a été mis en œuvre contre l’exclusion de la femme», déclare Rhizlane Benachir, coordinatrice du Printemps féministe pour la démocratie et l’égalité.
Le collectif qui regroupe 30 associations féministes dans son comité et qui a été créé après le discours royal annonçant la nouvelle Constitution en 2011. D’ailleurs, l’une des raisons d’être de ce mouvement est la constitutionnalisation de l'égalité effective entre les sexes, comme l’a stipulé clairement l’article 19 de la nouvelle Constitution. Or, poursuit Rhizlane Benachir, «rien n’a été fait dans ce sens.
Nous ne voulons que mettre en œuvre et appliquer la nouvelle Constitution». Une revendication plutôt légitime pour ces féministes qui regrettent toutefois l’absence de la société civile et sa non-implication dans les décisions de Bassima Hakkaoui, ministre de la Solidarité, de la femme, de la famille et du développement social. Un mutisme dont nous sommes également victimes, puisque nos demandes d’informations restent souvent lettre morte. Quoi qu’il en soit, les féministes ne désarment pas et comptent bien crier, dimanche 8 mars, à Rabat, leur ras-le-bol.
Témoignage Omayma Achour, présidente de Jossour Forum des femmes
«Nous attendons toujours l’application de l’article 19 sur l’égalité homme-femme»
«La marche du 8 mars sera l’occasion de rappeler nos revendications, mais aussi de pointer du doigt la régression qu’ont connue les droits des femmes depuis l’avènement de ce gouvernement. En effet, depuis l’instauration de la nouvelle Constitution, rien n’a été appliqué en ce qui concerne les droits des femmes. Nous attendons toujours l’application de l’article 19 sur l’égalité homme-femme, la loi sur la violence et la création de l’Autorité pour la parité et la lutte contre toutes les formes de discrimination notamment. Aujourd’hui, nous sommes très pessimistes par rapport à ce qui se passe. Pour ceux qui disent que cette marche est politisée, je tiens à rappeler que les gouvernements précédents nous écoutaient et entamaient des réformes importantes. Celui-là n’est même pas ouvert au dialogue et à la concertation. On nous boycotte et on nous défie, alors que nous ne défendons que la parité, l’égalité, la démocratie, le respect et la dignité de la femme au Maroc.»
