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L’art indien s’invite à Fès

Du 9 au 12 mai, poètes et chanteurs du pays aux mille couleurs se sont produits sur les différentes scènes du festival, mettant en lumière leur génie créatif.

L’art indien s’invite à Fès
La troupe du Rajasthan, «Chota Divana».

Invité d’honneur de la vingt-deuxième édition du Festival de Fès des musiques sacrées du monde, l’Inde a séduit les festivaliers avec ses artistes aux multiples talents. Depuis lundi, poètes, chanteurs et musiciens indiens se succèdent sur les différentes scènes du festival pour le plus grand bonheur des fans de leur musique. Les spectacles les plus marquants sont, sans doute, le duo Parvathy Baul et Mehdi Nassouli, ainsi que les enfants du Rajasthan «Chota Divana». Parvathy Baul a été initiée dès l'adolescence à l'expression des mystiques indiens du Bengale : les Bâul. Aujourd'hui, elle conte, chante, danse et joue des instruments traditionnels des mystiques errants et transporte son public dans une vague de soufisme et de méditation, en tournoyant le bras tendu vers le ciel, comme prise dans une spirale du vent libre de l’esprit. Dans la nuit du 10 mai, Parvathy était accompagnée du spécialiste du Hajhouj, Mehdi Nassouli. À la scène de la préfecture, les deux paires ont séduit le public en mélangeant chant bâul et gnawi, dans un métissage envoûtant. Se connaissant depuis 2013, c’est la première fois qu’ils se produisent ensemble sur scène dans un spectacle inédit créé à l’occasion de cette vingt-deuxième édition du festival. «C’est la deuxième fois que je participe au Festival de Fès. J’y suis venue une première fois en 2010.

C’était un rêve de participer au festival, parce que seuls les meilleurs musiciens se produisent à Fès et je voulais en faire partie», indique Parvathy, qui s’est dite très heureuse que le festival rende hommage cette année à son pays. «L’Inde étant un pays asiatique, il se caractérise par beaucoup de sagesse et a énormément à partager en particulier en ce qui concerne ses acquis en matière de culture et de droits de l’Homme». Dans une interview accordée au «Matin», celle qui dit chanter pour le Divin est revenue sur les différentes similitudes entre le Maroc et l’Inde. «J’adore le Maroc et j’adore Fès. C’est vrai que je n’ai pas visité beaucoup d’endroits au Maroc, mais quand j’ai visité Fès pour la première fois, j’avais très envie de revenir.

C’est un endroit où je ne me sens pas dépaysé. D’ailleurs, je trouve qu’il y a beaucoup de similitudes entre le Maroc et l’Inde et ceci concerne, non seulement la nourriture, mais aussi quelques aspects culturels et sociaux. J’ai vu les femmes berbères qui ont dansé lors du spectacle d’ouverture, et ce genre de rituel est très proche de ce que nous avons en Inde. Aussi, le fait que l’Islam est l’une des religions de notre pays influence un grand nombre de rituels et de styles musicaux chez nous, ce qui augmente les similitudes entre nous». Parvathy s’est aussi dite ravie et surprise de l’intérêt que portent les Marocains à l’art indien. «Je me rappelle qu’en 2010, je marchais devant l’hôtel et des personnes me disaient : “Oh vous êtes Indienne ; Sharokhan, Amitabh Bachchan…” (rires) et l’autre jour en venant de l’aéroport, l’agent de sécurité m’a dit “kaise hain” (comment ça va), j’ai dit comment parlez-vous Hindi ? Il a répondu grâce aux films», raconte-t-elle. En outre, les enfants n’étaient pas en reste lors de l’édition 2016 du Festival de Fès des musiques sacrées du monde. Les élèves de différentes écoles avaient ainsi rendez-vous avec le groupe «Chota Divana». Des enfants prodiges passés maîtres de leur tradition et venus partager les chants qui symbolisent leur communauté, avec les enfants de Fès. Une initiative qui veut préserver leur patrimoine séculaire.

En effet, pour les musiciens, la possibilité de faire voyager leurs jeunes représentants est, mis à part un apport économique indispensable, une opportunité de faire reconnaître son exceptionnelle qualité artistique. Pour les aider dans leur quête, un film inédit a été réalisé par Aurélie Chauleur intitulé les «Petits Princes du Rajasthan». Le film a été présenté durant trois jours devant quelque 600 élèves. À la fin de leurs rencontres avec les groupes d’élèves de Fès, le groupe Chota Divana chantera lors d’un concert avec les enfants de la chorale de Fès aujourd’hui, dans un spectacle mélangeant le chant indien et la musique marocaine. 


Témoignage de Aurélie Chauleur, réalisatrice

«J’ai vécu en Inde pendant quatre ans et c’est là que j’ai commencé à travailler avec les musiciens indiens traditionnels dans les villages. Mais c’est en collaborant avec Alain Weber qu’on a décidé de mettre en place ce projet de film. Les films sont des outils de médiation. Ainsi, on ambitionne de connecter ces musiciens avec le public et développer un attachement humain avec eux, au-delà de la musique.
Après tout, ce sont des enfants, âgés de 8 à 12 ans, qui n’ont commencé à fréquenter l’école que depuis le mois de juillet grâce à un de leurs mécènes qui a créé un établissement qui prend en compte le fait qu’ils soient musiciens. Aussi, ces enfants n’ont pas encore de perspective sur leur avenir et ne sont pas très conscients de la dure réalité. Ils sont nés musiciens et ils pensent qu’ils peuvent facilement vivre grâce à leur art, mais l’environnement changeant, ils seront certainement confrontés à des difficultés, vu que leurs mécènes finiront par quitter les villages et les enfants perdront ainsi leur seul moyen de vivre. L’idée du film est donc d’encourager ces prodiges des castes manghaniyars et langas, mais aussi de leur permettre de se produire sur scène et donc de leur créer un revenu financier.»