À l’heure où les grandes entreprises mettent en place des actions pour assurer le bien-être des collaborateurs, le syndrome d’épuisement professionnel semble être toujours d’actualité. En témoignent les résultats de la première étude nationale sur le bien-être au travail de l’Observatoire marocain du bonheur qui a été réalisée récemment par le cabinet OpinionWay auprès de 1.200 travailleurs. Près du tiers des sondés (30%) considère que le travail est une source de stress.

C’est dire que l’épuisement professionnel, connu également sous son appellation anglaise Burnout, est un phénomène dont souffrent bon nombre de collaborateurs. Certes, il n’existe jusqu’à présent aucune définition claire qui résume exactement ce qu’est le burnout, mais plusieurs recherches ont permis d’en identifier les symptômes. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’épuisement professionnel se caractérise par «un sentiment de fatigue intense, de perte de contrôle et d’incapacité à aboutir à des résultats concrets au travail». Contrairement à la dépression, le burnout s’exprime en premier temps dans la sphère professionnelle. Le collaborateur se sent constamment démotivé par rapport au travail, incapable d’agir et de décider et est également convaincu qu’il est incompétent. C’est un phénomène qui doit être pris au sérieux, surtout si certains symptômes psychologiques apparaissent, notamment, l’anxiété, l’inquiétude, l’insécurité, voire même les pensées suicidaires dans les cas les plus graves. D’autres symptômes physiques permettent également de savoir si on est dans un état d’épuisement professionnel. Il s’agit, notamment d’une fatigue intense, un sommeil perturbé, des problèmes digestifs, des maux de tête ou encore des douleurs musculaires.

Ainsi, «quand on se reconnait dans ces symptômes, il est important de chercher les causes principales afin d’y adapter son plan d’action», explique Leïla Naïm, professeur chercheur en communication et comportement, coach consultante senior et responsable du master RH à ESCA École de Management. Et d’ajouter que ce syndrome est souvent associé au stress et à la surcharge du travail, alors qu’il peut être dû à la personne elle-même. Ainsi, le manque d’organisation, le perfectionnisme et l’incapacité de faire face à des objectifs élevés sont considérés comme des causes principales de l’épuisement professionnel. À ces facteurs s’ajoute l’incapacité d’assurer un équilibre entre la vie privée et la vie professionnelle et de faire face à un environnement stressant et des personnes toxiques. Ainsi, tout le travail qui doit être fait par le collaborateur victime du burnout est d’identifier la cause principale de l'apparition de ce syndrome.

De l’ennui à l’épuisement professionnel

À en croire l'experte, l’ennui au travail peut également être source du burn-out. On parle dans ce cas du syndrome d’épuisement professionnel par l’ennui ou du «bore-out». En effet, «une personne qui s’ennuie en entreprise, qui ne se réalise pas, qui n’est pas tirée vers le haut et qui a l’impression d’être payée pour ne rien faire, finira par tomber dans le bore-out», explique Leïla Naïm.

Ce syndrome peut également être le résultat d’un travail répétitif, ou encore un manque de reconnaissance, de valorisation et de communication en entreprise. «Ce syndrome est encore plus grave dans la mesure où il crée la morosité, la baisse de l’estime de soi, voire la dépression», avertit Leïla Naïm. Interrogée sur les actions à mettre en place pour faire face à l’épuisement professionnel, l’intervenante a mis l’accent sur la communication avec la hiérarchie. «Beaucoup de salariés victimes du bore-out ou simplement du burn-out refusent d’en parler par peur d’être mal jugé ou rejeté, et cela ne fait qu’aggraver la situation», explique Leïla Naïm.

Ainsi, il est important dans ce type de situation de demander une réunion avec son manager. Le but étant de lui présenter sa situation, lui faire part de sa motivation et ses compétences et lui expliquer qu’on mérite mieux que le poste occupé. Il est aussi recommandé de prendre le recul nécessaire et analyser sa performance avant de mettre en place un plan de carrière. Si, en dépit de toutes les actions mises en place, le problème persiste, mieux vaut recourir à un expert. D’ailleurs, l’échange avec un psychologue, qui est considéré comme un référent externe, est une démarche utile permettant d’éviter les travers de l’évolution d’une petite communauté confrontée au stress collectif, comme l'affirme Kawtar Kadiri, psychologue. Dans ce sens, les managers doivent instaurer un climat de confiance et de communication. Il s’agit également de mettre en place des actions visant à assurer la psychologie positive des collaborateurs, recommande Mme Kadiri. Rappelons dans ce sens que ce sont les collaborateurs motivés, équilibrés et créatifs qui permettent à l’entreprise d’évoluer et d’atteindre ses objectifs stratégiques. Il convient ainsi d’être à leur écoute, répondre à leurs besoins et s’intéresser à leur bien-être en entreprise. 


Déclaration de Kawtar Kadiri, psychologue

«Il existe des techniques qui permettent d’aider le collaborateur à faire face au burn-out. Les plus utilisés dans le cadre des thérapies cognitives et comportementales, sont les thérapies de pleine conscience et la visualisation positive. Cette dernière permet de mieux se préparer aux situations, de gérer le stress, de garder la motivation et de dépasser les appréhensions et les peurs. Visualiser de façon positive un événement serait l’équivalent d’une exposition en imagination qui permet de déclencher de façon automatique une réaction physiologique positive. Cela mobilise ainsi certains neurotransmetteurs du plaisir, essentiellement la sérotonine et la dopamine. La technique ne se limite pas au seul aspect visuel. La personne doit utiliser tous ses sens : visuel, auditif, kinesthésique, olfactif et gustatif, que l’on résume sous l’acronyme VAKOG. Elle se déroule en trois grandes étapes :
• Assurer un environnement calme: Éviter tout ce qui peut perturber, type téléphone et télévision, et se focaliser sur les distractions internes. Il faut chercher la position et l’endroit les plus confortables et puis respirer et aspirer autant que faire se peut.
• Visualiser un objet simple : Je propose de réaliser cet exercice avec un raisin sec, mais le choix revient à la personne, en fonction des goûts. Dans un premier temps, se concentrer sur l’aspect visuel de cet objet. Puis le colorer, l’imaginer en deux puis trois. Il faut prendre le temps de bien voir sa forme et sa texture. Il faut aussi imaginer qu’on prend l’objet dans sa main, le ressentir et percevoir le bruit que ça engendre. Le but étant de solliciter tous les organes sensoriels.
• Prendre conscience des manifestations physiques : Dans cette étape, il s’agit d’imaginer l’objet dans la bouche et ressentir son goût, et ce, jusqu’au moment où on commence à avoir réellement des manifestations physiologiques qui accompagnent une vraie dégustation et c’est ce qu’on appelle le conditionnement.
Cet exercice doit être refait jusqu’à ressentir les sensations physiques. Avec le temps, le cerveau ne fait plus la différence entre le réel et la visualisation, ce qui permettre à la personne de ses capacités à ressentir. Elle pourra ainsi utiliser cet outil sur ses objectifs et ses projets. Cela permet de prendre du recul face aux situations difficiles. Le fait de différer la réaction permet d’être dans l’analyse et l’anticipation, ce qui n’éloigne pas la personne de ses automatismes ainsi que de ses comportements habituels qui sont d’ailleurs ancrés dans la tête et empêchent d’aller de l’avant et d’envisager d’autres alternatives à la situation problématique.»


Entretien avec Leïla Naïm, professeur chercheur en communication, coach consultante senior et responsable du master RH à ESCA École de management

«Un professionnel qui ne reçoit pas de reconnaissance va se replier sur lui-même, perdre sa motivation et se désinvestir de son travail»

Éco-Emploi : Comment définir un état d’épuisement professionnel ? Quels en sont les symptômes ?
Leïla Naïm : Par définition, l’épuisement professionnel est un état de stress chronique. Il est généralement lié à la situation professionnelle d’un individu et constitue le résultat d’une charge au travail. Les symptômes psychologiques sont nombreux, et l’on dénote la démotivation constante par rapport au travail, la difficulté à se concentrer, les pertes de mémoire et l’indécision. Les personnes victimes de ce syndrome vivent également une baisse de confiance en soi, un sentiment d’échec et une conviction d’être incompétent, ce qui les poussent à chercher à s’isoler. Ainsi, l’épuisement professionnel ne doit pas être pris à la légère, surtout si certains symptômes psychologiques apparaissent, notamment, l’anxiété, l’inquiétude, l’insécurité, voire les pensées suicidaires dans les cas les plus graves. Sur le plan physique, on reconnait si on est victime d’épuisement professionnel par plusieurs symptômes. Il s’agit, notamment de la fatigue persistante, du sommeil perturbé, de la perte ou le gain de poids et des problèmes digestifs. Ces derniers sont d’ailleurs très fréquents chez les collaborateurs qui subissent un stress en entreprise.
On peut également rencontrer des collaborateurs qui parfois, ont des douleurs comme les maux de dos, les douleurs musculaires et les migraines.

Outre le stress au travail, quels sont les facteurs de l’épuisement professionnel ?
L’épuisement professionnel est souvent lié à la surcharge de travail. On pense qu’on est victime d’un épuisement professionnel suite à une surcharge subie, alors que cela peut être dû à des facteurs liés à la personne elle-même. Quand une personne a une mauvaise perception de ce qu’est un bon travail, qu’elle cherche le perfectionnisme à tout prix, elle finit par tomber dans un épuisement professionnel. C’est le cas aussi quand on cherche à atteindre des objectifs fixés par soi-même ou par la direction et qui sont très élevés. Certes, relever des défis est très important, mais il faut tenir aussi compte des moyens et des délais dont on dispose. Autre cause de l’épuisement professionnel : le mauvais environnement au travail. S’entourer des personnes stressées, qui tirent vers le bas et qui adoptent un langage négatif, ne fait qu’augmenter le stress subi au travail. Certes, on ne cherche pas toujours les personnes qu’on côtoie au quotidien et avec qui on doit collaborer, mais il est important d’apprendre à les gérer.

Certains coachs avancent que le manque de reconnaissance est également une source d’épuisement professionnel. Êtes-vous du même avis ?
Effectivement, le manque de reconnaissance peut déclencher l’épuisement professionnel. D’ailleurs, en entreprise, aucune activité durable ne peut s’effectuer correctement si les collaborateurs ne travaillent pas dans un environnement sain et motivant. Un professionnel qui ne reçoit pas de reconnaissance va se replier sur lui-même, perdre sa motivation et se désinvestir de son travail. Le manque de reconnaissance engendre également un sentiment d’incompétence professionnel et pousse le collaborateur à privilégier l’isolement. C’est donc la productivité du collaborateur qui va baisser. Les managers sont ainsi invités à fournir des efforts et à reconnaitre aussi bien les résultats que les efforts fournis par les collaborateurs.

Quel plan d’action envisager pour y faire face ?
La première chose à faire est d’en parler autour de soi. Le soutien social est très important et permet de mieux comprendre et mieux agir. Ensuite, il est primordial de s’organiser en dressant des tâches prioritaires, mais aussi de fixer des objectifs réalistes et gratifiants. Il faut aussi prendre le temps de réfléchir avant de s’engager dans de nouvelles missions et tâches, et apprendre à dire «Non» quand il le faut. Sur un autre registre, il est recommandé de limiter l’usage de la technologie (téléphone portable, mails…) au moment du repos, et privilégier la musique, le sport, le cinéma, le yoga, etc., afin de se détendre et de se ressourcer. Se réserver du temps pour soi et sa famille est aussi important. Rappelons dans ce sens que les personnes qui n’arrivent pas à dissocier entre leur vie et leur vie professionnelle sont les plus exposées au syndrome du burn-out.