Éco-Conseil : Comment aider les jeunes à mettre en place un plan d’orientation ?
Zakia Belahmer : «Deviens ce que tu es. Fais ce que toi seul peux faire», a dit Friedrich Nietzsche. On constate que de nombreux étudiants perdent des années à cause d’un mauvais choix qui ne correspond pas à leurs motivations. Une fois au collège ou au lycée, non seulement l’élève est plus focalisé sur sa réussite que sur son orientation, mais ses parents aussi n’abordent pas la question de l’orientation, chose qui est prématurée pour eux. Ce qui les intéresse, c’est que leur enfant réussisse son parcours scolaire et décroche son baccalauréat, et après viendra la question de l’orientation. Quel que soit le niveau d’étude, la question de l’orientation se pose à divers moments de la formation, mais il y a deux moments cruciaux dans le parcours de l’élève : en fin du cycle du collège pour faire un choix de branche et pendant l’année du baccalauréat. On remarque que de nombreux étudiants perdent des années à cause d’un choix qui ne correspondait pas à leur motivation.
Afin de réussir un plan d’orientation, l’élève ou l’étudiant doit avoir une connaissance de soi, c’est-à-dire qu'il doit identifier sa personnalité (savoir-faire et savoir-être) et découvrir ses centres d’intérêt, ce qui l’aiderait dans l'organisation personnelle, la réalisation d’un projet personnel, pour une motivation claire et aussi une orientation bien assumée, ce qui réduit le risque d’échec. Le jeune doit aussi identifier les éléments qui bloquent sa motivation et qui sont source de son stress. Ainsi, il est amené à construire son projet professionnel qui doit être SMART (spécifique, mesurable, accessible, réaliste et défini dans le temps), même si cette procédure est un peu prématurée. Ce projet est un tremplin qui va l’aider à se projeter en premier lieu dans l’environnement universitaire avec assurance et confiance en soi ; ultérieurement, en le mettant à jour, dans la vie professionnelle, ce qui lui ouvrira des horizons pour faire le choix d’une carrière qui répond a ses attentes, ses motivations et ses capacités. Pour s’orienter, il faut prendre plusieurs critères en considération et prendre un peu de recul. L’étudiant ou l’élève doit choisir et non pas subir, afin de réussir dans sa vie. Lorsque ces éléments sont réunis, il est facile de réaliser sa réussite scolaire et plus tard son insertion professionnelle pour aboutir à un épanouissement personnel et une satisfaction morale. Cela dit, le bon choix d’étude ou de projet professionnel permet une grande adéquation entre les potentiels,
les valeurs et la formation tout au long du parcours académique, ce qui donne naissance à un «savoir-devenir».

On reconnait toutes les lacunes qui existent dans nos écoles à ce niveau. Comment faire pour améliorer la situation ?
La plus grande lacune dans notre système éducatif, autant dans le public que dans le privé, est que nos étudiants ne sont pas sensibilisés à l’importance de l’orientation à un âge précoce. Pour remédier à cette situation, chaque établissement, quelle que soit sa nature, doit avoir un centre d’orientation scolaire et professionnelle qui permet à l’élève ou l’étudiant d’approfondir ses réflexions sur sa vie future et son projet professionnel et lui éviter ainsi de faire un choix par défaut ou de remettre en question son choix. La meilleure façon est de présenter à l’étudiant une boite à outils qui va l’accompagner durant tout son cursus, et cela à travers des ateliers d'orientation scolaire et professionnelle, des séminaires, des colloques animés par des experts en la matière et aussi des rencontres avec d'anciens lauréats pour discuter de leur retour d’expérience. Il y a aussi le Forum de l’étudiant, qui est l'un des meilleurs moyens pour s’orienter et s’informer. Les journées portes ouvertes sont aussi une occasion pour les étudiants pour découvrir d’autres espaces éducatifs. Les revues, les guides spécialisés, l’e-orientation ou l’internet que la majorité des étudiants consultent sont peu utilisés. Tous ces moyens d’orientation doivent revoir leur faisabilité en privilégiant les besoins des étudiants en orientation. Le choix de l’orientation se prépare et se construit tout au long de la scolarité.

Malgré le choix, le jeune peut parfois manquer de motivation dans ses études. Comment l’aider à rebondir ?
La motivation est indispensable pour la réussite d’un jeune. En général, la motivation émane de l’intérêt que le jeune accorde aux cours et aux différentes matières enseignées, mais si cette motivation n’existe pas ou commence à baisser, on doit remédier à la situation. Le jeune doit se poser certaines questions qui vont l’aider à rebondir, par exemple : quels types d’enseignement me conviendraient ? Quelles sont les séries de baccalauréat qui me conviennent le mieux ? La série de mon baccalauréat influence-t-elle mon choix ? Quels sont mes passions et mes centres d’intérêt ? Si le jeune arrive à répondre à ces questions, il pourra concilier formation et passion et aura la motivation nécessaire pour aller de l’avant. S’il a un blocage et n’arrive pas à dépasser les obstacles, il doit avoir recours à des séances de coaching qui utilisent des tests de personnalité – des tests d’orientation scolaire et professionnelle – et apportent des éclairages différents sur les comportements et les orientations, comme l’inventaire typologique de Myers-Briggs (Myers Briggs Type Indicator, MBTI), créé en 1943, et basé sur l’observation de comportements. L’analyse des résultats permet de classer le sujet parmi seize types de personnalité. On peut aussi utiliser les tests d’aptitude, comme les intelligences multiples d’Howard Gardner et les tests d’intérêts de Tricam ou Riasec, qui portent sur les goûts et les envies.

Que faire en cas de mauvaise orientation ? Comment rebondir sans regret ?
Savez-vous combien de fois un enfant est tombé avant d’apprendre à marcher ? Environ 2.000 fois. Et si nous nous inspirions de nos enfants ? Lorsqu’ils tombent, ils rient, pleurent, se mettent en colère : leurs émotions varient. Mais ils recommencent jusqu’à maîtriser la marche et personne ne doute qu’ils vont y arriver. Chaque chute leur permet de mieux maitriser leur corps et leur environnement.
Ainsi, chaque échec est un tremplin vers la réussite. Une erreur d’orientation peut-elle se révéler une bonne chose ? Se tromper est humain et on avance grâce à ses erreurs. Une erreur d’orientation peut-être bénéfique, tout dépend de la façon dont on réagit ou de la réaction qu’on adopte à son égard : est-ce qu’on baisse les bras ou on rebondit ? L’étudiant doit se remettre en question et aborder certaines choses avec plus de recul et de réflexion et appréhender la situation telle qu’elle est, sans oublier de faire un travail d’analyse sur ses potentiels et les domaines qu’il souhaite travailler. S’il a bien fait cette prospection, il n’y a pas de raison qu’il se trompe de nouveau. Au contraire, il va prendre plus d'élan et sera capable de justifier son choix, de regagner sa motivation et la confiance en soi et avoir un projet cohérent. Ce qui est important ce n’est plus la qualité de la formation, mais la personnalité de l’étudiant qui deviendra candidat.
Tous ces ingrédients vont l’aider à emprunter le chemin de la réussite. Il doit prendre de la hauteur et se sentir mieux en s’inspirant du quatrième accord toltèque de Miguel Ruiz : «Faites toujours de votre mieux», ce qui veut dire qu’il ne faut jamais baisser les bras en cas d’échec, mais au contraire tout accueillir dans la vie positivement, intelligemment et muni par conséquent des 3P (pouvoir, permission et puissance).