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Les PME marocaines toujours dans le même bourbier

Les PME exportatrices marocaines ont encore du mal à intégrer les chaines de valeur mondiales. Une situation qui fait perdre au pays de précieux points de croissance. Une étude signée BAD, ISCAE et Femise confirme les éternels obstacles qui se dressent devant les PME, bridant leurs ambitions à l’export. Radioscopie.

Les PME marocaines toujours  dans le même bourbier
Hakim Abdelmoumen, président de l’AMICA (à gauche) : «Il ne faut pas demander à une PME de s’attaquer aux marchés étrangers alors qu’elle n’est même pas capable de bien se défendre sur le marché domestique».

Le Maroc a encore du chemin à parcourir pour se tailler une place dans le panorama industriel mondial. Le fait est que les PME exportatrices du pays sont encore insuffisamment intégrées dans les chaines de valeurs mondiales. La belle parole et la jolie littérature institutionnelle sur les performances de l’industrie marocaine à l’export ne doivent pas cacher les moroses constats consignés dans une étude menée par le groupe ISCAE (Institut supérieur de commerce et d’administration des entreprises) en collaboration avec la Banque africaine de développement (BAD) et le Forum euro-méditerranéen des instituts de sciences économiques (Femise). L’enquête dévoilée le 22 février lors d’une journée d’études à l’ISCAE sur le thème «Intégration des PME exportatrices marocaines aux chaines de valeurs mondiales : contraintes et opportunités», liste plusieurs obstacles qui brident le développement des PME marocaine souhaitant intégrer les chaines de valeurs mondiales. La majorité des PME interrogées (81%) mettent en avant la difficulté de développer ses exportations. De même, se lancer dans l’exportation est jugé très compliqué pour plus de la moitié (57%). Pourquoi alors ? Les patrons citent parmi une cohue d’obstacles, la difficulté de pénétrer les marchés et d’obtenir les financements nécessaires. À cela s’ajoutent la lourdeur des procédures douanières, les coûts «époustouflants» liés au transport et à la logistique et aussi à la couverture du risque de change. Certains pointent l’absence d’un soutien performant de l’État, les difficultés d’accès à l’information sur les marchés et le manque d’innovation. L’Association marocaine du textile et de l’habillement (AMITH) qui fait partie du panel d’entreprises interrogées (près d’un millier) partage pratiquement les mêmes contraintes évoquées par l'échantillon. L’association avance même deux autres obstacles : la difficulté d’adaptation des produits aux normes étrangères et l’absence d’une main d’œuvre de qualité. Dans ce tableau, seule l’Association marocaine pour l’industrie et le commerce de l’automobile (AMICA), également interrogée, a une perception différente, dans la mesure où elle ne considère pas ces obstacles comme majeurs et sévères. Toutefois, son président, Hakim Abdelmoumen, qui participait à la journée d’études, a été on ne peut plus franc : «Il ne faut pas demander à une PME de s’attaquer aux marchés étrangers alors qu’elle n’est même pas capable de bien se défendre sur le marché domestique». 

Côté financement, Abdelmoumen a cité l’exemple des entreprises turques et européennes qui, une fois qu'ils identifient des opportunités à l’export, ne se tournent pas les pouces. «Les PME exportatrices de ces pays ont des fonds derrière qui les soutiennent et partagent leurs projets. C’est pourquoi elles ne ratent pas les opportunités et ne se soucient pas des difficultés de financement de leurs investissements», souligne-t-il.  Soumya Alami, présidente de la commission PME à la CGEM qui intervenait lors de cette même journée, a, quant à elle, insisté sur le problème du financement. Pour elle, l’environnement financier marocain n'offre pas de sources de financement diversifiées. «Les PME marocaines recourent le plus souvent au circuit bancaire. S’il y avait une diversification des sources de financement, les entreprises innovantes pourraient sereinement saisir toutes les opportunités qui se présentent à l’export», estime-t-elle.  L’étude voue aussi aux gémonies la corruption, la concurrence déloyale de l’informel, la lourdeur de la fiscalité locale et parafiscale et des règlements des litiges commerciaux par les tribunaux, l’accès au foncier et la législation du travail. Résultats des courses : une faible intégration des industries marocaines dans les chaines de valeur mondiales comparées à d’autres pays de la région à économie similaire. Ainsi, la part de la valeur ajoutée marocaine dans les exportations brutes a baissé. Elle est passée de 81% en 1995 à 74,4% en 2011. Toujours selon l’étude, la part de la valeur ajoutée domestique est plus faible que les moyennes nationales au niveau mondial dans le secteur automobile (41%), le raffinage (42%), les produits informatiques, électroniques et optiques (47%), les appareils électriques (58%) et le textile habillement (58%). «Les PME sont désavantagées par rapport aux grandes entreprises pour intégrer les chaines de valeurs mondiales. Pourtant, les nouvelles opportunités qu’offrent ces chaines de valeurs pour l’internationalisation des PME marocaines ainsi que les effets potentiellement positifs qu’elles peuvent en retirer sont multiples et indéniables», souligne l’étude. Celle-ci indique que les besoins les plus importants exprimés par les PME pour intégrer les chaines de valeur mondiales concernent notamment le support pour la mise en relation avec les entreprises étrangères, le financement et un soutien pour la mise en conformité des produits et/ou des process de production aux normes et standards imposés. 

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