Économie

Entretien avec Youssef El Jai, économiste au Policy Center for the New South

«Le Maroc de demain doit être un Maroc ouvert, entreprenant, vert, solidaire et responsable»

Souad Badri Souad Badri,

Youssef El Jai.

Youssef El Jai.

Le Matin : Le Maroc, de l’avis de tous, a bien géré la crise sanitaire dès le départ, mais quelle lecture faites-vous de la gestion de la relance économique ?
Youssef El Jai : Les autorités et la société marocaines ont effectivement compris l’enjeu posé par la pandémie et ont adopté les mesures appropriées pour contenir et mieux maîtriser la progression des infections. Tout ce processus a été accompagné d’une communication claire, fiable et fluide sur l’état sanitaire et les mesures de soutien aux ménages et entreprises. Concernant la gestion de la relance économique, nous ne disposons toujours pas d’information sur le plan prévu par le gouvernement. Il faut attendre la présentation du projet de loi de finances rectificative. Dans cet intervalle, les acteurs économiques sont également dans l’attente de la réaction du gouvernement. L’environnement global est très incertain pour le moment. 

Quelles sont, à votre avis, les priorités à court terme pour relever le défi de la relance ?
À court terme, la priorité ultime à mon avis sera de sauvegarder les emplois, et cela passe bien évidemment par la sauvegarde des entreprises. Aujourd’hui, d’un côté, on a un plan de relance toujours en discussion, laissant dans le flou des entreprises au bord de la faillite, des TPME en particulier. De l’autre côté, les entreprises brandissent la menace de plans sociaux et de baisse salariale pour pouvoir maintenir leur activité. Le plan de relance doit remettre ces dernières en selle, tout en conditionnant l’aide à un maintien des effectifs employés. Une baisse temporaire des charges patronales sur les bas salaires pourrait être une solution pour que les entreprises recouvrent leurs marges et relancent leurs investissements, tout en sauvegardant les emplois. L’État subventionnerait indirectement les salaires, tout en offrant un bol d’air aux employeurs. Pour les grandes entreprises qui font face à des difficultés, l’État peut faire une injection sous forme de capitaux propres avec un droit de contrôle, qui lui permettra de se retirer et de se faire rembourser sur les montants engagés dès que l’entreprise sera sur la voie de la reprise. Du côté de la demande, la relance doit viser la restauration du pouvoir d’achat, pour que les entreprises puisent écouler leurs débouchés. À l’image de ce que fait l’Allemagne, le Maroc pourrait envisager une baisse temporaire de la TVA, un relèvement pérenne du seuil d’exonération de l’impôt sur le revenu et un maintien des aides aux ménages dans une situation précaire au-delà du 30 juin. À l’échelle sectorielle, il me semble que les secteurs prioritaires seront ceux qui exportent, y compris le tourisme, et cela pour deux raisons : d’une part, ce sont des secteurs où la productivité est plus élevée et dont l’impact en termes d’emplois et de croissance est relativement plus important. D’autre part, les exportations sont la source principale des réserves de devises, qui sont essentielles pour la stabilité de notre régime de change.

Par quel biais l’État pourrait-il financer la relance économique ?
La question du financement de la relance économique se pose avec acuité. Grâce à la bonne gestion des deniers publics et la discipline budgétaire affichée par le Maroc ces dernières années, le gouvernement est entré en crise armé d’un coussin fiscal plus ou moins confortable. Toutefois, l’orthodoxie budgétaire nécessite également une dose de pragmatisme. En temps de récession, les calculs budgétaires deviennent secondaires, et l’État doit, dans la limite du possible, prendre le risque de faire des ré-allocations des dépenses publiques vers les secteurs régaliens prioritaires (santé et éducation) et creuser son déficit pour une relance économique ciblée sur des secteurs porteurs. À la sortie de crise, la prudence budgétaire et la baisse de l’endettement public redeviendront prioritaires. Du côté de la politique monétaire, les décisions prises par Bank Al-Maghrib pendant cette crise, seront un bon complément d’une relance budgétaire coordonnée. Attention toutefois à ne pas tomber dans le piège des fausses bonnes idées, qu’on entend çà et là, sur le recours à l’assouplissement quantitatif, l’Helicopter Money ou encore la planche à billets pour financer le déficit. La Banque centrale, dans un environnement indépendant et autonome, a forgé une crédibilité et une bonne réputation essentielles à la croissance. L’objectif de stabilité des prix, avec une inflation basse, protège aujourd’hui les petites épargnes et le pouvoir d’achat. Les pays avancés qui ont recours à certaines de ces solutions, évoluent aujourd’hui dans des environnements structurellement différents de l’économie marocaine. 

Le digital a été l’allié principal de la riposte Covid-19, est-il le principal levier de la relance ?
Cette crise nous a montré le potentiel digital du Maroc et la capacité de transformation digitale des vecteurs de nos politiques publiques. S’il paraît raisonnable de s’engager dans la voie de la digitalisation, en particulier s’agissant des services publics, je ne pense pas que ce soit le levier principal de la relance. Le Maroc doit se doter en infrastructure avancée, mais en même temps combler le déficit d’infrastructure de base dans les régions cloisonnées. Il y aura donc un équilibre à aller chercher. Dans cette démarche, les régions doivent avoir une certaine autonomie d’action pour définir leurs priorités, sous le monitoring central de l’État. Le secteur privé doit également être impliqué par le biais de partenariats public-privé.

Comment voyez-vous le Maroc de demain ?
Le Maroc de demain doit être un Maroc ouvert, entreprenant, vert, solidaire et responsable. Je suis un fervent partisan de la mondialisation et de l’ouverture commerciale. Au moment où nous envisageons de revoir nos politiques industrielles et notre stratégie d’ouverture commerciale, posons-nous les bonnes questions. Est-ce une bonne idée de s’engager sur une politique de substitution aux importations, qui par le passé n’a pas permis de faire émerger une industrie internationalement concurrentielle ? Sur quelle base choisirons-nous les produits à cibler ? Qui va garantir que les produits nationaux sont comparables en termes de qualité et de contenu technologique ? La crise actuelle a montré que nos priorités sont bien ailleurs. La survie de nos entreprises sur les marchés internationaux est tributaire de nos choix domestiques en matière d’éducation, de santé et de R&D. Concernant l’éducation et la santé, il me semble qu’à la sortie de cette crise, les citoyens, en tant que contribuables, s’attendront à une sortie de la logique marchande qui régit ces secteurs, vers une logique de performance, d’universalité et de gratuité de l’école élémentaire et secondaire. Cela ne se fera pas du jour au lendemain, mais il faudra bien lancer ce chantier un jour pour que les gains se matérialisent pour les générations avenir. Le Maroc s’est engagé sur la voie des énergies renouvelables et cela ne peut qu’être que louable. Nous devons également intégrer des normes écologiques dans la conception de nos politiques urbaines pour libérer les villes. Par ailleurs, l’altruisme affiché après la création du Fonds Covid-19 témoigne d’une tradition de solidarité et d’humanisme enracinée chez nos citoyens. Aujourd’hui, il conviendrait de l’institutionnaliser par une imposition minimale, solidaire et progressive, sur les très hauts revenus pour financer la relance et les réformes qui se profilent au-delà de cette crise. Enfin, un Maroc responsable est un Maroc qui accomplit un devoir de transparence, assure le maintien du lien État-citoyen, et évalue ses choix de manière perpétuelle, en apportant des corrections quand cela s’impose.

Propos recueillis par Souad Badri

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