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Jusqu’où s’investir dans le travail ?

LE MATIN

Jusqu’où s’investir dans le travail ?

Sans grande surprise, s’investir pleinement dans son travail permet au collaborateur d’être apprécié par la hiérarchie, de multiplier ses chances de réussite et, par conséquent, de bâtir une carrière valorisante. D’ailleurs, on les voit partout ces employés qui s’investissent corps et âme au travail pour atteindre leurs objectifs professionnels. Attention, cette attitude, bien qu’elle soit gagnante, pourrait mettre en danger la santé physique et morale des collaborateurs. Plusieurs études ont été réalisées dans ce sens. La dernière en date a été publiée récemment par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’Organisation internationale du travail (OIT). L’étude relève que «travailler plus de 55 heures par semaine augmente le risque de décès dus aux maladies cardiaques et aux accidents vasculaires cérébraux».

«Les bons travailleurs ont toujours le sentiment qu’ils pourraient travailler davantage». L’écrivain français André Gide avait raison. Effectivement, on les voit partout ces collaborateurs qui s’investissent trop dans leur travail, au détriment de toute autre chose. Ils passent des heures interminables au bureau, répondent immédiatement aux e-mails et sollicitations et prennent rarement des vacances. Ces «bourreaux de travail», également appelés «workaolics», se donnent corps et âme dans leur boulot et, visiblement, finissent par gagner la confiance de la hiérarchie, mais à quel prix ? Effectivement, plusieurs études réalisées ces dernières années se penchent sur les relations causales entre santé et travail. La dernière en date a été présentée récemment par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’Organisation internationale du travail (OIT). Ladite étude relève que le fait de travailler plus de 55 heures par semaine augmente le risque de décès dus aux maladies cardiaques et aux accidents vasculaires cérébraux. «Au cours des quatre dernières années, les groupes de travail OMS/OIT d’experts individuels ont systématiquement examiné et synthétisé l’ensemble des preuves existantes sur les effets de l’exposition à de longues heures de travail», avance l’OMS dans un entretien accordé à «Management & Carrière». En effet, ajoute-t-on, les groupes de travail «ont trouvé une augmentation du risque d’événements cardiaques ischémiques de 17% et une augmentation du risque d’événements d’AVC de 35%».
Autant dire que le «workaholisme», auparavant placé au second plan dans les débats, devrait être pris aujourd’hui au sérieux. D’ailleurs, les spécialistes en développement personnel et professionnel ne cessent, de leur côté, d’alerter sur cette question, mettant en avant les autres risques potentiels d’une telle attitude. «Sur le plan physique, les «bourreaux de travail» sont plus susceptibles de souffrir d’un sommeil insuffisant ou de sommeil médiocre, voire d’insomnie et de fatigue chronique, et semblent plus affectés par les douleurs dorsales invalidantes et même des maladies cardiovasculaires. Sur le plan psychologique, ils développent des symptômes psychosomatiques. Ils ont une faible satisfaction au travail, une faible satisfaction à l’égard de la vie, en général, et peuvent être victimes de dépression et de burnout», note Sanae Hanine, PhD, experte en communication, coach et formatrice en développement personnel. Pour elle, l’entreprise n’a pas intérêt à favoriser ce type de fonctionnement, car il peut coûter cher, non seulement à la santé du collaborateur, mais aussi à sa santé et sa pérennité. «En encourageant ce mode de fonctionnement, l’entreprise risque de perdre en plus-value considérable. À terme, les accros au travail développent des symptômes dépressifs et une anxiété accrue, ce qui n’est sûrement pas bénéfique pour la productivité de l’entreprise», 
explique-t-elle.

À bas le «workaholisme», vive l’organisation !
La vie professionnelle et la santé sont deux axes extrêmement liés. Sur ce volet, Imane Hadouche, master-coach et comportementaliste, ne mâche pas ses mots : «Notre sécurité au niveau de l’emploi et des ressources est liée à notre santé». C’est pour cela, estime-t-elle, qu’il serait judicieux de chercher, coûte que coûte, à mener une vie saine et équilibrée. Pour les «accros au travail», le défi serait de revoir les priorités et d’instaurer plus d’organisation au quotidien. Comment ? Nous avons posé la question à Sanae Hanine qui a souligné la nécessité de mener un travail sur soi. En effet, clarifie-t-elle, cela passe par des étapes, à savoir :
• La première étape est liée à la prise de conscience ou à la confrontation du «workoholic» qui se heurte généralement à un déni : Seule la prise de conscience permettra au collaborateur de changer et de mieux s’organiser.
• Travailler sur ses propres croyances : La croyance fondamentale du «workoholic» qui est la suivante : «Je ne suis aimable que si je réussis» doit être remplacée par la croyance plus fonctionnelle, «Je suis aimable pour qui je suis, pas pour ce que j’accomplis».
• Faire appel à un thérapeute pour un accompagnement : Les cliniciens croient qu’il est essentiel de s’attaquer aux comportements sous-jacents comme le narcissisme, la colère et honte et recherche désespérée d’approbation pour que des changements de comportement à long terme 
se produisent.
• Opter pour la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) ou l’entrevue motivationnelle (IM) qui sont par ailleurs deux techniques communes pour traiter toutes les formes de dépendance.


Oser dire non, quand il le faut. C’est important !

Parmi les raisons qui poussent un collaborateur à travailler pendant plusieurs heures figure l’incapacité de dire «Non». Effectivement, il est difficile de refuser une demande émanant de sa hiérarchie ou parfois même de ses collègues. L’envie de gagner, coûte que coûte, l’appréciation de son entourage nous pousse des fois à faire des «sacrifices», même au détriment de notre temps, de notre énergie voire de notre santé. Sur ce volet, les spécialistes en développement personnel et professionnel crient haut et fort qu’il est important d’apprendre à dire «Non» quand il le faut. Cela est considéré aussi comme une compétence professionnelle à développer pour réussir sa carrière. Cette compétence est très utile puisqu’elle permet de travailler avec moins de stress avec une bonne organisation.


Quand le syndrome du bon élève nous mène à travailler plus !

Le profil bon élève est très facile à repérer en milieu professionnel : Il est perfectionniste, il cherche à être toujours efficace au travail et il respecte à la lettre les règles et les consignes de sa hiérarchie. C’est un profil qui n’arrive pas à se détacher de son envie d’être le premier de la classe. Et c’est justement cette envie d’être le meilleur qui le pousse à travailler plus, ce qui peut se répercuter négativement sur sa santé physique et morale. Pour Imane Hadouche, ce profil est difficile à gérer en entreprise : «il a une soif intarissable de reconnaissance et d’encouragement et il attend toujours sa récompense (qui remplacerait la première note pour le premier de la classe) sans la réclamer pour autant, tout en vivant la frustration de ne pas avoir de retour à la hauteur de ses attentes». Seloncette experte, le meilleur moyen de dépasser ce mode de fonctionnement, reste un accompagnement personnalisé et adapté, qui commencerait par une vraie introspection et un travail sur soi axé sur les croyances et les attitudes. Le bon élève devrait apprendre à aborder le monde en tant qu’adulte et se réconcilier par la même occasion avec ses faiblesses, ses ratés, mais aussi ses limites humaines et professionnelles.


Questions à Frank Pega, expert à l’OMS

«Des aménagements équilibrés du temps de travail peuvent être mis en place. Il existe un guide de l’OIT pour l’élaboration d’aménagements équilibrés du temps de travail»

Management & Carrière : «Travailler 55 heures ou plus par semaine représente un grave danger pour la santé humaine», selon une récente étude de l’OMS/OIT. Quels sont les arguments avancés ?
Frank Pega
: Au cours des quatre dernières années, les groupes de travail OMS/OIT d’experts individuels ont systématiquement examiné et synthétisé l’ensemble des preuves existantes sur les effets de l’exposition à de longues heures de travail (plus de 55 heures/semaine) sur les cardiopathies ischémiques et les accidents vasculaires cérébraux. Ils ont trouvé une augmentation du risque d’événements cardiaques ischémiques de 17% et une augmentation du risque d’événements d’AVC de 35%. Les groupes de travail OMS/OIT d’experts individuels ont conclu qu’il existe des preuves suffisantes de la nocivité de l’exposition à de longues heures de travail pour les cardiopathies ischémiques et les accidents vasculaires cérébraux.
L’OMS et l’OIT estiment que, en conséquence, 745.000 personnes sont décédées d’une cardiopathie ischémique ou d’un accident vasculaire cérébral en 2016, dans le monde. Cela fait de l’exposition à de longues heures de travail le facteur de risque professionnel avec la charge attribuable la plus importante quantifiée à ce jour.

Quelles sont les autres principales conclusions tirées de l’étude ?
Les estimations de l’OMS et de l’OIT suggèrent qu’il y a une tendance à la hausse à la fois de l’exposition et de la charge entre les années 2000 et 2016. Le nombre de décès par maladie cardiaque a augmenté de 42% et celui des décès par accident vasculaire cérébral de 19%.
Un certain nombre d’inégalités ont été constatées. Une charge disproportionnée a été estimée pour les hommes (72% des décès sont survenus chez les hommes), les personnes vivant dans les régions du Pacifique occidental et de l’Asie du Sud-Est et les travailleurs d’âge moyen ou plus âgés. La plupart des décès ont été enregistrés chez des personnes âgées de 60 à 79 ans, qui avaient travaillé 55 heures ou plus par semaine
 de 45 à 74 ans.

Avec le télétravail pratiqué en cette période de crise, le nombre de personnes travaillant de longues heures augmente. Quelles sont les mesures nécessaires à prendre pour atténuer les risques professionnels ?
Premièrement, les gouvernements, les employeurs et les travailleurs peuvent s’entendre sur des limites maximales d’heures de travail. Les gouvernements peuvent établir, mettre en œuvre, surveiller et appliquer des lois et des politiques fixant des limites saines d’heures de travail. Un bon exemple est la directive européenne sur le temps de travail qui fixe une limite de 48 heures de travail par semaine dans les pays de l’Union européenne.
Deuxièmement, des aménagements équilibrés du temps de travail peuvent être mis en place. Il existe un guide de l’OIT pour l’élaboration d’aménagements équilibrés du temps de travail.
Troisièmement, les gouvernements peuvent offrir des socles de protection sociale aux travailleurs défavorisés, tels que les travailleurs de l’économie informelle et les travailleurs pauvres. Une telle couverture par une protection sociale permettra aux travailleurs défavorisés d’arrêter de travailler de longues heures pour survivre financièrement.
Quatrièmement, les gouvernements peuvent garantir à tous les travailleurs une couverture universelle par des services de base de santé au travail. 


Ils ont dit…

Dr Mohammed Benouarrek, expert international en GRH et en conduite du changement

«Je pense qu’il serait judicieux de faire la distinction entre les différents types de métiers, car 50 heures de travail n’ont pas le même sens quand on parle de deux métiers différents en termes de secteurs d’activités, types d’activités et d’apports, compétences et/ou ressources déployées, type d’énergie, conditions de travail, etc.
En plus, la dimension motivationnelle n’est pas à occulter. Un collaborateur qui aime son travail ne ressentira pas forcément son implication professionnelle de la même façon. Un dernier facteur à ne pas négliger, et non des moindres, reste celui de la culture du pays et la définition de la relation entre l’individu et le travail. La tendance de vouloir prototyper et standardiser les conclusions a toujours animé les chercheurs. Des fois, l’universalisation forcée de certaines conclusions risque de nous mener vers de faux constats. Certaines cultures entretiennent des relations très favorables avec le travail, alors que d’autres ont des relations plutôt antagonistes. Le ressenti quantitatif et qualitatif vis-à-vis d’une activité ou d’une durée de pratique professionnelle ne peut en aucun cas être extrapolé en des projections généralisables. Pour l’anecdote, je me souviens d’un speech d’un ex-ministre indien qui a dit : «Chez nous travailler 50 heures par semaine est considéré comme du part-time.» 

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Mehdi El Yousfi, DG du cabinet DIORH

«Le sujet est critique. Ce que je peux en dire est que la dimension du risque psychosocial dans le travail est un sujet insuffisamment investigué. Cette étude diligentée par l’OMS et l’OIT est donc un rappel à l’ordre salutaire. La durée du travail est en effet un enjeu, sur des métiers en particulier où il y a une tradition du hardworking, de la mise entre parenthèses de la vie privée au profit de l’entreprise. Mais il faut la compléter par d’autres critères d’analyse : travailler beaucoup dans un environnement sain et bienveillant ne doit pas avoir le même impact que le fait de travailler beaucoup dans un environnement stressant, hostile ou toxique. Par ailleurs, travailler 50 heures par semaine tout le temps ou la moitié du temps ne signifie pas non plus la même chose. Le monitoring de la responsabilité sociale de l’entreprise devrait davantage intégrer des KPI de risque psychosocial dont la durée du travail (surtout si elle est excessive) est une composante». 

Dossier réalisé par Nabila Bakkass et Najat Mouhssine

 

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