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Mardi 18 Juin 2024
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Meryem Ben Khayat : «Wafa Assurance veut couvrir 65% du marché africain hors Afrique du Sud à l’horizon 2025»

Wafa Assurance a réussi le test de la crise Covid en matière de solvabilité et de rentabilité, à l’instar de tout le secteur. Ses résultats financiers de 2020 et du premier semestre 2021 le prouvent. Elle poursuit même sa stratégie d’expansion continentale avec les mêmes ambitions. Déjà présente dans 6 pays à travers 10 compagnies, elle adresse 39% du marché africain de l’assurance hors Afrique du Sud. D’ici 2025, elle ambitionne de monter à un taux de couverture de 65% en s’implantant dans dix pays supplémentaires. Sur le plan national, en plus de la croissance attendue des segments classiques, la compagnie mise sur l’assurance Takaful, la micro-assurance et l’assurance santé individuelle pour développer le marché. Et elle compte accompagner le Projet Royal de généralisation de la couverture sociale grâce à l’assurance maladie complémentaire. Entretien avec Meryem Ben Khayat, directrice exécutive Pôle Finance et Stratégie Groupe à Wafa Assurance.

Meryem Ben Khayat : «Wafa Assurance veut couvrir 65% du marché africain hors Afrique du Sud à l’horizon 2025»
Meryem Ben Khayat.

Le Matin : Les résultats semestriels 2021 de Wafa Assurance montrent une forte progression de l’activité et un net redressement de la rentabilité par rapport à une année 2020 marquée par l’arrivée de la pandémie et le confinement. Peut-on dire que la crise est derrière et que l’année 2021 marquera un retour à la normale et au développement malgré la persistance de la pandémie ?

Meryem Ben Khayat
: Les résultats de Wafa Assurance au 30 juin 2021 reflètent effectivement la résilience des activités de la compagnie, la qualité de son portefeuille et la solidité de ses fondamentaux. 

Cette performance est réalisée également dans un contexte de rétablissement de l’économie qui se confirme à ce stade de l’année. Toutefois, la pandémie de la Covid-19 a eu des conséquences sanitaires, économiques et financières lourdes sur le monde entier. 

Aujourd’hui, de notre point de vue, il est encore prématuré d’avancer que les conséquences de la crise sanitaire et économique sont derrière nous, même si des indicateurs concordants indiquent que la reprise est mondiale et qu’elle est vigoureuse.

En tant que leader du marché des assurances, quels enseignements Wafa Assurance et le secteur dans son ensemble ont-ils tirés de cette crise sur les plans business, stratégique et économique ? Le secteur a-t-il réussi le test de la crise Covid sur le plan de la solvabilité ?

Le secteur des assurances a montré dans l’ensemble sa résilience et la solidité de ses fondamentaux techniques, et ce, malgré le contexte difficile lié à la crise sanitaire. C’est le principal enseignement de cette crise et c’est ce que confirme le rapport sur la stabilité financière au titre de l’exercice 2020 approuvé par le Comité de coordination et de surveillance des risques systémiques (CCSRS) le 13 juillet 2021. Au niveau prudentiel, la marge de solvabilité du secteur reste à des niveaux largement au-dessus du seuil réglementaire, et ce, malgré une baisse constatée sous l’impact de la chute des plus-values latentes et du résultat net des entreprises d’assurance qui a été atténué par une distribution moins importante des dividendes par les acteurs du secteur sur prescription de l’autorité. Le rapport confirme, par ailleurs, que les exercices de stress tests réalisés font ressortir une bonne résilience des entreprises d’assurances aux chocs sur le portefeuille actions et immobilier ainsi qu’aux conditions macroéconomiques et techniques défavorables.

La stratégie d’expansion du groupe Wafa Assurance à l’international, notamment sur le continent africain, est ambitieuse. Est-ce que la crise a changé quelque chose dans cette stratégie ?

La stratégie d’expansion du groupe Wafa Assurance s’inscrit dans le cadre de l’accompagnement de la stratégie africaine de son actionnaire de référence Al Mada. C’est ainsi que la crise sanitaire et économique n’a pas remis en cause les projets de développement de Wafa Assurance, notamment en Afrique. La crise a certes rendu son implémentation plus compliquée, mais ceci ne nous a pas empêchés de voir 2 projets majeurs aboutir sur les 12 derniers mois : l’Assurance Vie en Égypte et l’Assistance en zone CIMA (14 pays).

Wafa Assurance est présente actuellement dans 6 pays africains à travers 10 compagnies. Cette présence lui permet d’adresser 39% du marché de l’assurance africain hors Afrique du Sud avec l’ambition d’atteindre un taux de couverture de 65% à horizon 2025 à travers l’implantation dans une dizaine de pays africains.

La filiale égyptienne, Wafa Life Insurance Egypt, agréée le 25 août 2020 par le FRA (Financial Regulatory Authority) pour opérer en Égypte dans les branches Santé long terme et Vie, a connu le lancement officiel de ses activités le 14 juillet 2021. Filiale détenue à 100% par Wafa Assurance, elle a été dotée d’un capital minimum de 150 millions de livres égyptiennes soit à peu près 90 millions de DH. Son activité est centrée sur (i) la protection et la valorisation de l’épargne des assurés (ii) la protection de la santé et (iii) le déploiement de l’offre d’assurance inclusive Taâmine Iktissadi.

Cette stratégie d’expansion africaine ne concerne pas que l’assurance mais également l’assistance. Ce deuxième volet est au service de la stratégie immigrant banking de ATW, et automobile et maladie de Wafa Assurance. À cet effet, sur la zone CIMA, le régulateur du secteur des assurances a octroyé l’agrément de réassurance d’assistance à la succursale de Wafa IMA Assistance basée à Abidjan en Côte d’Ivoire. Wafa IMA Assistance est née il y a 10 ans de la volonté de trois grands groupes, Inter Mutuelles Assistance (IMA), Attijariwafa Bank et Wafa Assurance pour opérer sur l’activité Assistance.

Grâce à cet agrément, Wafa IMA Assistance Abidjan va pouvoir opérer dans les 14 marchés d’assurance que compte la Zone CIMA et envisage de démarrer ses activités dans 4 pays de la CIMA : la Côte d’Ivoire, le Cameroun, le Sénégal et le Mali qui représentent un enjeu pour la banque en termes d’immigrant banking, et pour Wafa Assurance en termes d’assurance automobile, santé et corporate.

Quelles sont, selon vous, les perspectives du marché national des assurances ? Quels segments doivent être développés et comment la réglementation devrait-elle suivre ?

La reprise de la croissance du marché national des assurances a été constatée dès le premier semestre 2021. En effet, le taux de croissance des primes ressort à environ 11% à fin juin 2021 (vs. 2,4% à fin juin 2020). Cette accélération a été visible aussi bien sur les marchés Vie que Non-Vie.

À moyen terme, la croissance du marché devrait se poursuivre. En Non-Vie, 

à titre d’exemple, la branche Automobile continuera de bénéficier de la croissance du parc automobile. Le marché Vie 

et notamment de l’Épargne, qui avait pâti en 2020 de l’accès restreint aux réseaux bancaires lors du confinement, 

devrait également reprendre des couleurs et bénéficier également du potentiel que pourrait apporter la conversion de dépôts bancaires en Épargne dans les produits d’assurance Vie qui proposent non seulement des taux de rendement compétitifs, mais aussi un cadre fiscal avantageux.

Au-delà des produits d’assurance «classique», deux segments devraient également se développer à moyen terme :

• La micro-assurance qui est un levier majeur de la stratégie nationale de l’inclusion financière ; actuellement ces produits d’assurance sont distribués principalement via les réseaux bancaires ; de nouveaux canaux de distribution devraient également se développer (modulo l’autorisation par l’Autorité de contrôle) à savoir les établissements de paiement et le Digital.

• L’assurance Takaful qui accompagnera le développement des banques participatives. Le secteur des assurances est en attente de la publication au Bulletin officiel de l’arrêté du ministère de l’Économie et des finances et de la réforme de l’Administration. Dès l’entrée en vigueur du cadre juridique et réglementaire régissant l’Assurance Takaful, l’autorité de tutelle pourra examiner et se prononcer sur les demandes d’agrément.

• En parallèle, un marché de niche qui est l’assurance santé individuelle devrait également se développer à moyen terme. Ce type de produit permet aux assurés d’avoir des couvertures personnalisées en fonction de leurs besoins en matière de santé et d’avoir, le cas échéant, accès à des réseaux de soins dans des pays à l’étranger ainsi qu’à des prestations à même de faciliter leurs parcours de soin en cas de sinistre.

L’un des chantiers Royaux en cours de concrétisation est l’élargissement de la couverture sociale. Avec l’AMO, la retraite et les allocations pour tous, quelle serait la place du secteur des assurances dans cette nouvelle configuration qui se profile ?

Sa Majesté le Roi Mohammed VI a lancé le 14 avril la mise en œuvre du projet de généralisation de la protection sociale qui comprend plusieurs volets :

1. La généralisation de l’Assurance maladie obligatoire, à fin 2022, au profit de 22 millions personnes supplémentaires qui bénéficieront d’une assurance couvrant les frais de traitement, de médicaments et d’hospitalisation.

2. La généralisation des allocations familiales durant les années 2023 et 2024 au profit des familles qui n’en profitent pas selon les textes en vigueur. Ces familles bénéficieront selon le cas d’indemnités forfaitaires ou d’indemnités de protection des dangers relatifs à l’enfance (déperdition scolaire) ciblant 7 millions d’enfants en âge de scolarité.

3. L’élargissement de la base des adhérents aux régimes de retraite pour inclure environ 5 millions de personnes qui exercent un emploi et ne bénéficient d’aucune pension à horizon 2025.

4. La généralisation de l’indemnité pour perte d’emploi durant l’année 2025 pour couvrir toute personne exerçant un emploi stable.

Le secteur des assurances accompagnera cette Initiative Royale grâce à l’Assurance maladie complémentaire qui vient en renfort à l’Assurance maladie obligatoire permettant ainsi aux assurés d’augmenter leur niveau de couverture et de bénéficier de prestation supplémentaire. 

Entretien réalisé par S.Nh

 

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