Société

Enseignement

Troubles d’apprentissage, le rôle de l’école est primordial !

Hajjar El  Haïti Hajjar El Haïti,

Le nombre d’enfants souffrant de troubles d’apprentissage est de plus en plus important ces dernières années. Ces troubles peuvent prendre la forme d’une baisse de motivation ou de problème de concentration ou encore des difficultés à s’adapter aux exigences scolaires. Ils commencent généralement à apparaître dès le début du primaire où l’élève apprend à lire et à écrire. Et ce sont souvent les enseignants qui alertent les parents quant aux problèmes que rencontre leur enfant. Malheureusement, ces derniers ne sont pas suffisamment sensibilisés pour comprendre cette catégorie d’élèves et continuent de les traiter d’enfants paresseux qui refusent de travailler alors qu’en réalité ils ont besoin d’aide et d’une prise en charge pluridisciplinaire.

Un diagnostic précoce et une prise en charge adaptée sont très importants

Les troubles d’apprentissage sont devenus très fréquents ces dernières années. Souvent difficiles à détecter au début, surtout par les parents, ces troubles ne sont généralement pas liés à une déficience intellectuelle. Cela dit, ils peuvent empêcher ou perturber l’acquisition, la compréhension, l’utilisation et le traitement des informations reçues essentiellement à l’école.
Il existe plusieurs types de troubles d’apprentissage qui se manifestent sous différentes formes. Les plus connues sont la dyslexie, la dysorthographie, la dyscalculie, la dyspraxie et le trouble déficitaire de l’attention. «Ces troubles relèvent tous d’un trouble neuro-développementale durable et permanent touchant des enfants normalement intelligents. Il faut savoir que quand on parle de troubles d’apprentissage, on ne peut parler de guérison puisque c’est une difficulté qui accompagne l’enfant toute sa vie, néanmoins il existe plusieurs facteurs qui peuvent œuvrer vers une évolution positive du trouble», explique Fedwa Berrada, psychologue clinicienne et directrice du Centre Psycho Éveil. Et de préciser que «le premier facteur important est le diagnostic précoce. En effet, plus le trouble est détecté à un âge jeune, plus l’enfant a le temps de bénéficier d’une prise en charge adaptée ceci lui permet d’activer sa plasticité cérébrale et de trouver ses propres moyens de contournement. L’enfant crée de nouveaux réseaux neuronaux pour pallier ses dysfonctionnements et atténuer leur expression. Le deuxième facteur essentiel est de pouvoir mettre en place un plan d’accompagnement personnalisé et spécifique à chaque trouble qui va accompagner l’enfant pendant toute sa scolarité, ceci lui permet de se concentrer sur ses forces, de gagner en confiance et d’assouplir les domaines où il se sent moins performant».
Il ne faut donc pas hésiter à en parler ou à consulter dès qu’on a un doute ou qu’on remarque de grandes difficultés chez l’enfant à l’école. Tous les spécialistes s’accordent à dire qu’une fois le diagnostic est posé, l’accompagnement dont va bénéficier l’enfant ne peut qu’aider à améliorer sa qualité de vie ainsi que celle de toute la famille. 


Témoignages

Bouchra, maman d’un garçon souffrant de TDAH
«Nous avons énormément galéré avec ses anciens professeurs»

«À cause du trouble dont souffre mon fils, j’ai dû lui changer d’école de nombreuses fois, avant de comprendre de quoi il s’agissait, ce qui n’a pas été facile ni pour lui ni pour moi. Nous avons énormément galéré avec ses anciens professeurs qui me répétaient tous qu’il était un garçon difficile et qu’il refusait d’apprendre. Maintenant que nous avons compris ce dont il souffre et qu’il est pris en charge, les choses se passent beaucoup mieux dans sa nouvelle école. Pour les parents qui sont dans la même situation que moi, je dis qu’il faut s’armer de beaucoup de patience. Aussi, la prise en charge d’un enfant avec ce trouble coûte très cher, entre le bilan et les différentes séances avec chaque spécialiste...» 

Nawal, maman d’un garçon souffrant de dysgraphie
«Pour son âge, son écriture est vraiment illisible»

«Mon fils a aujourd’hui 8 ans et il est en CE2, mais depuis qu’il était en grande section j’ai commencé à remarquer qu’il a de grandes difficultés en écriture. Cette année, après de longs mois d’enseignement distanciel, son état a empiré. À la rentrée, tous ses enseignants m’ont fait la remarque, il écrit très mal et il est trop lent par rapport à ses camarades. J’avoue que pour son âge, son écriture est vraiment illisible, il inverse même certaines lettres et certains chiffres. Il a commencé récemment des séances de psychomotricité, j’espère que ça l’aidera.» 

Driss, enseignant de langue arabe au primaire
«Les enseignants ne disposent pas des outils nécessaires pour accompagner ces enfants»

«Cela fait des années que je suis enseignant, mais je commence dernièrement à remarquer que les cas d’enfants souffrant de troubles d’apprentissage sont de plus en plus nombreux. Nous avons malheureusement tendance à dire qu’il s’agit d’enfants difficiles qui ne veulent pas apprendre même s’ils sont généralement très intelligents. Cela est dû au manque de formation des enseignants qui ne disposent pas des outils nécessaires pour accompagner ces enfants.»


La formation des enseignants incontournable

Les troubles d’apprentissage sont très rarement pris en considération par les enseignants. Ce sont généralement les parents qui fournissent tout l’effort de recherche pour mieux comprendre le souci de leur enfant et tentent ensuite de l’expliquer à l’école. Afin d’assurer un meilleur accompagnement à ces enfants dans leur scolarité et ne pas les priver de leurs droits à l’éducation, il est important d’œuvrer davantage pour la sensibilisation des équipes pédagogiques. En effet, la formation des enseignants est la solution qui leur permettra de mieux comprendre les enfants qui souffrent de ces troubles et les aider ainsi à poursuivre leur scolarité normalement évitant ainsi le décrochage scolaire.
«Il faut organiser plus de campagnes de sensibilisation et de dépistage de troubles d’apprentissage au niveau de tous les établissements scolaires publics et privés. Il faut surtout introduire rapidement le module concernant ces troubles dans le programme de formation des enseignants et assurer une formation continue dans ce sens afin que les enseignants puissent aider ces enfants à surmonter leurs difficultés. Il faut absolument leur fournir les outils de travail nécessaires pour vaincre ces troubles qui sont une cause importante de l’abandon scolaire», indique Abdelkrim Bikourne. 


Des enfants mal compris et toujours rejetés

Malgré les efforts fournis, ces dernières années, pour la médiatisation des différents troubles d’apprentissage, la majorité des enseignants et du personnel administratif dans les établissements scolaires marocains continue de les ignorer. Résultat : les enfants qui en souffrent sont toujours victimes de discrimination au sein de l’école. Ils sont non seulement confrontés à de nombreuses difficultés à l’école, mais courent aussi un risque accru de marginalisation et de stigmatisation.
Généralement traités d’élèves difficiles et paresseux qui ne veulent pas travailler et qui ne sont pas faits pour aller à l’école, ces enfants sont souvent mal compris et se font même parfois renvoyés par leur école qui ne les accepte pas. En effet, aussi choquant et cruel que cela puisse paraître, les cas d’enfants qui sont chassés de l’école par simple ignorance de ces troubles sont très nombreux chaque année. Les parents se retrouvent désemparés et cherchent désespérément l’École qui pourra accepter leur enfant.
«Les troubles d’apprentissage qu’on appelle aussi troubles DYS sont rarement pris en considération dans les écoles à cause de l’ignorance des parents et surtout des enseignants. Si on observe, ces dernières années, une certaine prise de conscience au niveau des grandes villes comme Casablanca et Rabat, dans d’autres régions, on ignore complètement l’existence de ces troubles. Les enfants sont sévèrement jugés et souvent pénalisés», affirme Abdelkrim Bikourne, chercheur dans le domaine des troubles d’apprentissage et conseiller d’orientation. «J’ai constaté à de nombreuses reprises la galère des parents désespérés quand leur enfant se fait renvoyer simplement parce qu’il souffre de dyslexie et des directeurs d’écoles, même privées, qui leur disent de reprendre leur enfant, car il n’a rien à faire à l’école», poursuit Bikourne. 


Une prise en charge qui coûte cher

Une fois le diagnostic posé, commence la grande aventure de la prise en charge. L’étape la plus compliquée, selon les parents, puisqu’elle peut durer des mois voire des années. Cette prise en charge demande énormément de temps, car les séances sont souvent rapprochées surtout au début et elle est surtout très coûteuse et pas toujours remboursable. «Je ne sais vraiment plus quoi faire entre les écoles qui n’acceptent pas ma fille, elle qui commence à détester l’école et la prise en charge de ce trouble qui coûte très cher.
Après avoir payé 600 DH pour faire un bilan de son cas, nous devons maintenant l’emmener faire des séances chez le pédopsychiatre qui coûtent 300 DH pour 30 minutes, idem pour le psychomotricien, l’orthophoniste… Nous avons besoin que l’État accorde plus d’importance à ce sujet. Nos enfants sont privés de leur droit à l’éducation à cause des troubles d’apprentissage. Il faut former les enseignants et trouver une solution pour rendre la prise en charge plus abordable», se plaint Imane, maman d’une fille soufrant de TDAH. 


Questions à Fedwa Berrada, psychologue clinicienne et directrice du Centre Psycho Éveil

«Il faut changer le regard qu’on porte sur ces enfants, leur apporter l’aide et la bienveillance nécessaires pour les accompagner au mieux»

Le Matin : Depuis quelques années, on constate que le nombre d’enfants atteints de troubles d’apprentissage est de plus en plus important. D’après vous, est-ce que cela veut dire que le nombre de cas a vraiment augmenté à cause du mode de vie actuel ou est-ce la société marocaine qui est aujourd’hui plus sensibilisée à ce sujet ?
Fedwa Berrada
: Je dirais les deux, en effet, en tenant compte de notre mode vie actuel où tout est devenu entièrement digitalisé, les enfants sont immergés dans une culture d’écrans. Les recherches sur le sujet sont unanimes à dire que ces derniers favorisent les troubles de concentration et peuvent dans certains cas accentuer les troubles d’apprentissage.
D’un autre côté, le fait que le savoir est devenu à notre portée à travers tous les réseaux d’informations, il y a eu une prise de conscience collective de la difficulté de ces enfants normalement intelligents qui peinent à avancer dans leur scolarité non pas par manque de volonté, mais à cause d’un réel obstacle qui entrave leur scolarité.

Ça fait bientôt 10 ans que vous avez ouvert le centre Psycho-Éveil. Quelles sont les raisons qui vous ont poussée à créer ce centre ?
L’idée derrière la création du centre Psycho-Éveil était d’apporter une vision intégrative sur les difficultés de l’enfant. En effet, la vision unique et unilatérale jadis portée sur l’enfant était très réductrice de sa condition. Les difficultés d’apprentissage sont généralement complexes et multifactorielles. C’est pour cela que l’enfant doit bénéficier de regards croisés. L’intérêt de travailler en synergie et en collaboration avec plusieurs spécialistes (psychologue, neuropsychologue, orthophoniste, psychomotricienne, pédopsychiatre) nous aide à poser un diagnostic fiable et fait bénéficier l’enfant d’une prise en charge plus efficace. Cela aide également les parents à être plus rassurés et à sortir de ce flou diagnostic auquel ils étaient souvent confrontés.

Comment se déroule la prise en charge des enfants souffrant de trouble d’apprentissage au sein de votre centre ?
La prise en charge thérapeutique n’intervient qu’en dernier lieu. Avant, il y a plusieurs étapes préliminaires qui se déroulent selon un protocole bien précis.
D’abord, la prise de contact avec les parents et l’enfant se fait à travers une consultation dans laquelle on retrace l’anamnèse de l’enfant, sa dynamique familiale et aussi on recherche s’il existe des facteurs de comorbidité en relation avec son trouble.
Par la suite, l’enfant passe par une phase d’évaluation où un relevé détaillé de ses troubles et ses difficultés est établi ; ceci permet aussi de poser un diagnostic clair et sans équivoque avec l’aval des professionnels en charge de l’enfant.
Cette étape du bilan est toujours suivie par une remise d’un compte rendu aux parents. Une fois tous ces éléments en main, on peut planifier une prise en charge spécifique.

Parlez-nous des dernières méthodes innovantes pour aider les enfants à surmonter leurs difficultés à l’école dues à des troubles d’apprentissage.
À côté des prises en charge classiques, il existe de plus en plus des types d’accompagnement nouveaux qui permettent à l’enfant une meilleure adaptation scolaire. Parmi eux, on retrouve :
Activités pédagogiques complémentaires : Elles offrent un large champ d’action pédagogique et permettent d’apporter aux élèves un accompagnement différencié adapté à leurs besoins, pour susciter et renforcer le plaisir d’apprendre.
Les programmes personnalisés de réussite éducative : c’est un plan d’action individualisé qui est mis en place dès que l’équipe éducative détecte chez l’enfant une difficulté risquant de gêner sa scolarité. L’objectif de ce programme est de permettre à l’enfant de rester totalement intégré dans son groupe classe tout en bénéficiant d’un programme adapté à ses troubles.
La remédiation cognitive : désigne la rééducation des fonctions cognitives altérées à travers des exercices dans le but d’améliorer l’attention, la mémoire, le langage ou les fonctions exécutives.
À cela s’ajoutent plusieurs outils innovants comme des guides pratiques, certains types de matériels, des logiciels, des jeux que des sociétés spécialisées dans le domaine pédagogique essaient de développer chaque année.

Vous travaillez conjointement avec les écoles pour mieux prendre en charge l’enfant. Croyez-vous que les établissements scolaires au Maroc et surtout les enseignants sont assez conscients de cette problématique et qu’ils ont les outils nécessaires pour soutenir ces enfants ?
Il est difficile de répondre à cette question, car je ne connais pas tous les établissements scolaires sur notre territoire, mais ce que je peux vous confirmer c’est qu’à travers mon expérience et ma collaboration avec plusieurs établissements, qu’il y a une réelle volonté de la part de toutes les équipes pédagogiques à apporter de l’aide à ces enfants en difficulté. Néanmoins, il est vrai qu’on est parfois confronté à un manque de formation de la part des enseignants ou que la direction ne met pas suffisamment d’outils à leur disposition pour mener à bien leur mission d’aide. Il est important de souligner qu’il y aura toujours un pourcentage d’enfants qui resteront incompris et qui seront victimes du système scolaire classique, mais notre mission est de travailler et œuvrer main dans la main avec tous les spécialistes de l’enfance pour permettre à tous ces enfants une meilleure intégration scolaire.

Quelles sont, selon vous, les solutions pour mieux accompagner tous les enfants marocains souffrant de troubles d’apprentissage et les aider à mieux s’en sortir à l’école sans être jugés ou dénigrés ?
La première démarche à faire et qui me parait essentielle, c’est de changer le regard sur ces enfants, leur apporter l’aide et la bienveillance nécessaires pour les accompagner au mieux d’abord sur le plan psychologique avant de les aider sur le plan instrumental.
Former et sensibiliser un maximum d’enseignants et de spécialistes de l’enfance pour une détection précoce du trouble et aussi les outiller pour savoir comment gérer cette difficulté au sein de la classe.
Créer des classes spécialisées avec un programme spécifique à chaque trouble, cela permettra à ces enfants de ne plus se sentir différents puisque c’est l’école qui s’adapte à leur condition et non le contraire.
Il faut penser à créer des associations ou les consultations seront à un prix symbolique pour permettre aux plus démunis de bénéficier d’un diagnostic, d’une prise en charge adaptée et aussi éviter les décrochages scolaires précoces. 

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