En lançant officiellement l’appel à candidatures par le biais d’une lettre conjointe, la présidente de l’Assemblée générale et le président du Conseil de sécurité pour le mois de novembre ont invité les États membres à proposer des personnalités disposant de compétences avérées en matière de leadership et de gestion, pour remplacer l’actuel Secrétaire général, Antonio Guterres, dont le mandat arrive à échéance le 31 décembre 2026.Aziz Rami
Des règles renforcées
Le ou la candidat(e) appelé(e) à occuper ce poste, considéré à l’ONU comme «le plus difficile au monde», doit également justifier d’une vaste expérience en relations internationales, ainsi que de solides compétences diplomatiques et linguistiques, précise la lettre, qui s’appuie sur la résolution 79/327 de l’Assemblée générale.Les présidents des deux principaux organes onusiens ont également regretté qu’aucune femme n’ait, jusqu’ici, occupé cette fonction prestigieuse et ont, de ce fait, encouragé les États membres à «envisager sérieusement» des candidatures féminines.
Afin d’éviter toute confusion, comme celle qui avait marqué la procédure de sélection de 2016 lorsque la Bulgarie avait soutenu deux candidates, Irina Bokova et Kristalina Georgieva, la lettre stipule que chaque pays, ou groupe de pays, ne peut présenter qu’un(e) seul(e) candidat(e).
Les candidats sont, en outre, tenus de soumettre une «déclaration de vision» et de divulguer leurs sources de financement, tandis que ceux occupant des fonctions au sein du système onusien sont «invités à envisager» la suspension de leurs activités afin d’éviter tout conflit d’intérêts.
Le multilatéralisme à l’épreuve
Au-delà de ces règles procédurales, des observateurs estiment que la ou le successeur de M. Guterres devra convaincre les États membres de la pertinence de l’ONU comme acteur fédérateur, à un moment où plusieurs pays — et non des moindres — privilégient la souveraineté nationale à la coopération multilatérale, et l’action unilatérale au compromis.De l’Ukraine au Soudan, en passant par Gaza, l’Afrique centrale ou encore la confrontation entre le Cambodge et la Thaïlande, le rôle «fédérateur» des Nations unies et leur capacité à chercher des solutions à toute crise ont été mis à rude épreuve.
Le prochain Secrétaire général devra donc être capable de désamorcer les tensions et de jouer un rôle de médiateur dans les conflits, a récemment déclaré le président du Conseil de sécurité pour le mois de décembre, le représentant de la Slovénie auprès de l’ONU, Samuel Žbogar, appelant à un «rassembleur mondial, un intermédiaire honnête et un artisan de la paix».
Toutefois, bien qu’il revienne aux États membres de définir les qualités du futur Secrétaire général, le contexte mondial actuel «rend cet exercice particulièrement délicat», a déclaré à la MAP Thibault Camelli, responsable du programme «réforme multilatérale» au Centre de coopération internationale de l’Université de New York.
Selon lui, les candidats seront jugés essentiellement sur leur capacité à gérer l’Organisation dans un environnement géopolitique complexe, dominé par les relations entre Washington, Pékin, Moscou et des coalitions émergentes telles que les BRICS.
La quasi-impossible équation financière
La mission de redonner ses lettres de noblesse au multilatéralisme n’a d’égal que les difficultés financières historiques auxquelles l’ONU est confrontée.L’Organisation fait face à la crise financière la plus sévère de ses huit décennies d’existence. En octobre, M. Guterres a présenté un budget de 3,23 milliards de dollars, soit une réduction de 15% par rapport à sa proposition initiale, accompagnée d’une baisse de 18,8% des effectifs.
Sur ce terrain également, le/la candidat(e) au poste considéré à l’ONU comme «le plus difficile au monde» devra faire preuve d’une grande habileté pour trouver des solutions innovantes à une situation qui ne semble pas devoir s’améliorer à court terme.
Au-delà des compétences financières, «le futur Secrétaire général devra surtout être un bon leader, davantage qu’un simple gestionnaire, capable de s’entourer d’équipes solides, d’insuffler un élan et de porter une vision», estime M. Camelli.
La clé de voûte de cette équation réside dans la nomination, aux postes stratégiques, de «responsables expérimentés, dotés d’un mandat clair pour assurer la discipline budgétaire et la transparence», ajoute-t-il.
De son côté, l’ambassadeur Žbogar a souligné, dans une déclaration à la MAP, que le SG «doit posséder de solides compétences en matière de gestion pour diriger une organisation vaste et complexe», tout en nuançant que la résolution de la crise financière requiert également «une forte adhésion et une coopération accrue des États membres», dont la «première obligation financière (...) est de s’acquitter de leurs contributions».
À fin décembre, seuls 151 des 193 États membres ont réglé leur quote-part.
Climat, équité géographique...
Plus de dix ans après la signature de l’Accord de Paris sur le climat, les engagements pris peinent à se concrétiser. Non seulement l’objectif de limitation du réchauffement à 1,5 °C semble hors de portée, mais certaines pratiques polluantes ont repris de plus belle, tandis que plusieurs grands émetteurs se sont retirés du pacte climatique.La COP30 n’ayant pas abouti à une feuille de route claire pour la sortie progressive des énergies fossiles, le prochain Secrétaire général sera appelé à exploiter pleinement l’espace politique dont il dispose pour «créer des coalitions, maintenir la pression diplomatique et rappeler la nécessité de cohérence entre engagements nationaux et objectifs collectifs», a noté M. Camelli.
Par ailleurs, la lettre conjointe des présidents de l’Assemblée générale et du Conseil de sécurité a souligné «l’importance de la diversité régionale». Bien que non inscrite dans la Charte des Nations unies, la rotation géographique pour le poste de Secrétaire général est devenue une convention informelle.
Selon cette logique, le prochain SG devrait provenir de la région Amérique latine et Caraïbes, qui n’a pas occupé ce poste depuis le mandat du Péruvien Javier Pérez de Cuéllar (1982–1991).
Si plusieurs noms circulent, seule la candidature du directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, l’Argentin Rafael Grossi, figure pour l’instant sur le site officiel des Nations unies dédié à la procédure.
Une fois un nombre suffisant de candidatures soumises, l’Assemblée générale et le Conseil de sécurité prévoient d’organiser des débats informels avec les candidats, à l’issue desquels le Conseil formulera une recommandation soumise à l’approbation de l’Assemblée.
