«Le monde traverse une crise éthique», lance Asma Lamrabet avec lucidité et conviction. Selon elle, les manifestations de cette crise sont visibles partout. Elles traversent l’économie, la géopolitique, l’environnement et les rapports humains... Longtemps signalée par des alertes dispersées, cette crise se vérifie désormais, selon elle, dans l’expérience quotidienne : les repères vacillent, les valeurs se brouillent, le sens se dérobe.
L’intelligence artificielle condense ce décalage. Asma Lamrabet n’en récuse ni les promesses ni les apports, mais elle y voit le signe d’une puissance technique qui avance plus vite que les cadres moraux chargés de l’orienter. «Nous sommes arrivés aujourd’hui à un état des choses qui commence à devenir alarmant, notamment sur le plan des valeurs et de l’éthique», dit-elle. Le progrès accélère, facilite, élargit le champ des possibles. Il ne répond pas pour autant à la question du sens. La modernité avait cru pouvoir reléguer la transcendance ou lui substituer une morale sécularisée. Elle laisse pourtant l’homme contemporain face à une dépossession plus intime : il pensait maîtriser le temps, mais c’est le temps qui finit par l’absorber.
À cette perte d’orientation s’ajoute ce qu’Asma Lamrabet nomme la «solitude numérique». Jamais les individus n’ont été aussi reliés, exposés, présents sur les réseaux ; jamais cette présence continue n’a suffi à conjurer l’isolement. Ce vide explique, selon elle, le retour vers la méditation, les retraites spirituelles, le développement personnel et d’autres formes de quête intérieure. «Il y a une vraie quête de spiritualité, plus que de religion», relève-t-elle, en distinguant cette aspiration profonde des formes dogmatiques du religieux. Une religiosité visible, mais peu intériorisée
Dans les sociétés arabo-musulmanes, la crise prend une forme singulière. Le religieux n’y a pas reculé ; il demeure présent dans les discours, les pratiques et les marqueurs d’appartenance. Mais cette visibilité ne suffit pas, selon Asma Lamrabet, à placer l’éthique au centre des comportements et du lien social. Elle parle d’un «regain de religiosité» concentré sur «l’orthopraxie», le ritualisme et les apparences. Pourtant, le rite n’est pas mis en cause. Ce qu’elle interroge, c’est le déséquilibre qui s’installe lorsque la conformité visible devient le principal signe de la foi, au risque de reléguer l’intériorité, la sincérité et la conduite morale. «Le musulman et la musulmane doivent apparaître religieux», observe-t-elle. Le religieux se donne alors à voir, mais peut rester sans effet sur le civisme le plus élémentaire. L’essayiste évoque ces contradictions ordinaires où la piété affichée coexiste avec l’incivisme, la corruption acceptée, l’irresponsabilité professionnelle ou l’absence de probité. La forme religieuse peut ainsi demeurer très présente sans produire une conduite juste.
Sauf que les résultats récents d’une enquête du HCP sur la famille laissent perplexe. Interrogés sur les valeurs à transmettre aux enfants, les Marocains citent d’abord la probité, les valeurs familiales et le sens de la responsabilité, tandis que la foi et la tradition religieuse apparaissent plus loin. Certains y ont vu un signe de sécularisation. Asma Lamrabet en propose une autre lecture : ces résultats disent surtout, selon elle, que des valeurs profondément éthiques ne sont plus spontanément rattachées à la religion. La foi et la tradition relèveraient alors davantage d’une appartenance culturelle et rituelle que d’une exigence morale vécue.
Asma Lamrabet parle alors d’un discours «littéraliste, juridique, légaliste», centré sur le halal et le haram compris dans leur sens le plus étroit. Pour elle, le religieux perd de sa profondeur lorsqu’il se transforme en surveillance des formes plutôt qu’en exigence de transformation intérieure. Être fidèle au message ne consiste pas seulement à respecter des signes. C’est aussi être juste, responsable, fiable, probe, capable d’agir avec cohérence. Elle ne récuse donc pas le rite. Elle refuse sa primauté lorsqu’il occulte les œuvres et le comportement. À ses yeux, une pratique religieuse qui ne conduit pas à plus de justice et de responsabilité reste inaboutie. Le halal retrouve alors un sens plus exigeant : non pas seulement ce qui est permis, mais ce qui engage une conduite droite.
Cette relégation de l’éthique, Asma Lamrabet la rattache aussi à l’histoire politique du monde musulman. Sans entrer dans une chronique détaillée, elle évoque les premières ruptures politiques et l’installation de pouvoirs qui ont, selon elle, modifié le rapport entre autorité et religieux. Le religieux aurait progressivement servi à légitimer l’ordre politique, au prix d’un recul de l’esprit critique. La formule qu’elle emploie éclaire cette lecture : «L’éthique, en fait, c’est une libération.» Elle ouvre à la liberté de penser, au refus de l’injustice, à la responsabilité devant l’autre. Si l’éthique a été oubliée, ce n’est donc pas parce qu’elle était absente du message. C’est parce qu’elle a été recouverte par des logiques juridiques, politiques et institutionnelles qui ont déplacé le centre de gravité du religieux.
Ce défaut de structuration a laissé le champ plus visible au droit, au rituel et à la norme. Mais l’héritage demeure, et Asma Lamrabet refuse d’en faire une charge à effacer. Elle y voit au contraire une ressource à rouvrir. «Il y a tellement de richesse dans ce patrimoine qu’on ne connaît pas encore», affirme-t-elle. La réforme, dans son esprit, ne passe donc pas par la table rase, mais par un travail de discernement : retrouver ce qui, dans cette mémoire, peut encore porter une exigence de justice, de responsabilité et de sens.
C’est aussi pourquoi elle tient à préciser que son travail se fait «de l’intérieur de l’islam». Dans des sociétés profondément travaillées par le religieux, la réforme de la pensée ne peut durablement s’écrire en rupture avec les références, les textes et la mémoire collective. Revenir à l’éthique ne signifie pas importer une morale extérieure, mais relire l’héritage à partir de ses propres ressources, en distinguant les réponses liées à un contexte des valeurs capables de traverser le temps. Le Coran n’étant pas un texte linéaire, les notions doivent, selon elle, être rassemblées et mises en relation pour restituer une cohérence plus ample.
La justice constitue l’autre pilier de cette reconstruction. Asma Lamrabet s’étonne qu’elle ne soit pas davantage placée au centre des corpus et de l’enseignement religieux, alors qu’elle est, selon elle, une obligation majeure. «Comment ne pas avoir un chapitre sur la justice alors que c’est une obligation religieuse ?» interroge-t-elle. Mais la justice ne peut rester froide. Elle doit être accompagnée de «l’ihsan», ce bel agir qui ajoute à la règle la bienveillance, la sollicitude et l’excellence morale. Vient enfin la «rahma», notion qu’elle refuse de traduire trop vite. Le terme est, pour elle, d’une richesse telle qu’il échappe aux équivalents simples. Elle le décrit comme «un océan sans rivage». La «rahma» renvoie à l’élan d’amour, à la matrice, à la protection, au lien entre parents et enfants, entre époux, mais aussi à la relation avec l’autre et avec les autres traditions. Elle n’est pas une émotion vague. Elle devient une structure du lien humain.
Asma Lamrabet reconnaît la difficulté du chantier, dans une pensée musulmane marquée, selon elle, par une forme de sclérose et par un religieux institutionnalisé qui peine à se remettre en question. Mais la crise actuelle rend ce retour nécessaire. La sortie qu’elle esquisse passe par une parole critique sur le discours religieux dominant, par un retour exigeant au patrimoine et, surtout, par l’éducation. «Le seul outil qu’on a, c’est l’éducation», affirme-t-elle. Dans cet esprit, elle plaide pour une éducation civique et éthique capable de transmettre aux jeunes générations la liberté de croyance, la responsabilité, la justice, le savoir et le respect de l’altérité. Dans le contexte marocain, elle appelle aussi à valoriser un islam marocain spirituel, marqué par la mémoire soufie, la «fitra» et les figures savantes, hommes et femmes, qui ont porté cette sensibilité.
L’enjeu est aussi de dissiper un malentendu. Beaucoup de jeunes, observe-t-elle, ont l’impression que les droits humains, la démocratie, la liberté de croire ou de ne pas croire sont des valeurs importées, étrangères à leur vocabulaire religieux. Asma Lamrabet défend l’idée inverse : ces valeurs peuvent être reliées à la mémoire musulmane, sans fermeture sur soi et sans rejet des autres traditions. Pour elle, revenir à l’éthique ne signifie donc ni céder à une modernité importée ni s’enfermer dans une identité défensive. C’est retrouver, dans la tradition musulmane, les ressources capables de répondre au vide contemporain comme aux impasses d’un religieux réduit à ses formes.
L’intelligence artificielle condense ce décalage. Asma Lamrabet n’en récuse ni les promesses ni les apports, mais elle y voit le signe d’une puissance technique qui avance plus vite que les cadres moraux chargés de l’orienter. «Nous sommes arrivés aujourd’hui à un état des choses qui commence à devenir alarmant, notamment sur le plan des valeurs et de l’éthique», dit-elle. Le progrès accélère, facilite, élargit le champ des possibles. Il ne répond pas pour autant à la question du sens. La modernité avait cru pouvoir reléguer la transcendance ou lui substituer une morale sécularisée. Elle laisse pourtant l’homme contemporain face à une dépossession plus intime : il pensait maîtriser le temps, mais c’est le temps qui finit par l’absorber.
À cette perte d’orientation s’ajoute ce qu’Asma Lamrabet nomme la «solitude numérique». Jamais les individus n’ont été aussi reliés, exposés, présents sur les réseaux ; jamais cette présence continue n’a suffi à conjurer l’isolement. Ce vide explique, selon elle, le retour vers la méditation, les retraites spirituelles, le développement personnel et d’autres formes de quête intérieure. «Il y a une vraie quête de spiritualité, plus que de religion», relève-t-elle, en distinguant cette aspiration profonde des formes dogmatiques du religieux. Une religiosité visible, mais peu intériorisée
Dans les sociétés arabo-musulmanes, la crise prend une forme singulière. Le religieux n’y a pas reculé ; il demeure présent dans les discours, les pratiques et les marqueurs d’appartenance. Mais cette visibilité ne suffit pas, selon Asma Lamrabet, à placer l’éthique au centre des comportements et du lien social. Elle parle d’un «regain de religiosité» concentré sur «l’orthopraxie», le ritualisme et les apparences. Pourtant, le rite n’est pas mis en cause. Ce qu’elle interroge, c’est le déséquilibre qui s’installe lorsque la conformité visible devient le principal signe de la foi, au risque de reléguer l’intériorité, la sincérité et la conduite morale. «Le musulman et la musulmane doivent apparaître religieux», observe-t-elle. Le religieux se donne alors à voir, mais peut rester sans effet sur le civisme le plus élémentaire. L’essayiste évoque ces contradictions ordinaires où la piété affichée coexiste avec l’incivisme, la corruption acceptée, l’irresponsabilité professionnelle ou l’absence de probité. La forme religieuse peut ainsi demeurer très présente sans produire une conduite juste.
Sauf que les résultats récents d’une enquête du HCP sur la famille laissent perplexe. Interrogés sur les valeurs à transmettre aux enfants, les Marocains citent d’abord la probité, les valeurs familiales et le sens de la responsabilité, tandis que la foi et la tradition religieuse apparaissent plus loin. Certains y ont vu un signe de sécularisation. Asma Lamrabet en propose une autre lecture : ces résultats disent surtout, selon elle, que des valeurs profondément éthiques ne sont plus spontanément rattachées à la religion. La foi et la tradition relèveraient alors davantage d’une appartenance culturelle et rituelle que d’une exigence morale vécue.
«Pour moi, le halal, c’est l’éthique»
C’est ici que se situe l’une des déclarations les plus fortes de l’entretien : «Pour moi, le halal, c’est l’éthique.» À travers cette phrase, Asma Lamrabet ne nie pas les prescriptions religieuses, mais elle refuse qu’elles soient réduites à une somme d’interdits alimentaires, vestimentaires ou comportementaux, détachés de leur finalité morale. Selon elle, le discours religieux dominant reste trop souvent pris dans un registre légaliste. Il s’attarde sur les détails, les gestes, les codes, les limites du permis et de l’interdit. Il dit comment prier, comment s’habiller, quoi manger, quoi éviter. Ces dimensions existent, mais elles ne peuvent absorber toute la signification du religieux. Mais, pour elle, lorsqu’elles occupent presque tout l’espace, la justice, la probité, la responsabilité et la sincérité deviennent secondaires.Asma Lamrabet parle alors d’un discours «littéraliste, juridique, légaliste», centré sur le halal et le haram compris dans leur sens le plus étroit. Pour elle, le religieux perd de sa profondeur lorsqu’il se transforme en surveillance des formes plutôt qu’en exigence de transformation intérieure. Être fidèle au message ne consiste pas seulement à respecter des signes. C’est aussi être juste, responsable, fiable, probe, capable d’agir avec cohérence. Elle ne récuse donc pas le rite. Elle refuse sa primauté lorsqu’il occulte les œuvres et le comportement. À ses yeux, une pratique religieuse qui ne conduit pas à plus de justice et de responsabilité reste inaboutie. Le halal retrouve alors un sens plus exigeant : non pas seulement ce qui est permis, mais ce qui engage une conduite droite.
Du droit au politique, les voies d’un effacement
Ce retour à l’éthique prolonge plusieurs décennies de travail sur les femmes, les libertés fondamentales, le mariage et les relations entre hommes et femmes dans les lectures musulmanes. À chaque étape, Asma Lamrabet dit retrouver la même limite : de nombreuses questions ont été enfermées dans un cadre juridique qui a fini par masquer la profondeur éthique du texte. Le mariage en offre un exemple éloquent. Dans le Coran, rappelle-t-elle, il n’est pas seulement décrit comme une institution réglée par le droit. Il est traversé par des valeurs d’amour profond, de compassion, de générosité, de réciprocité, d’égalité morale et de responsabilité. Or, selon elle, les lectures juridiques traditionnelles ont souvent privilégié l’encadrement normatif au détriment de cet esprit. Une lecture éthique du Coran aurait, dans cette perspective, permis d’aborder autrement les relations humaines, les droits des femmes, les libertés et la vie familiale.Cette relégation de l’éthique, Asma Lamrabet la rattache aussi à l’histoire politique du monde musulman. Sans entrer dans une chronique détaillée, elle évoque les premières ruptures politiques et l’installation de pouvoirs qui ont, selon elle, modifié le rapport entre autorité et religieux. Le religieux aurait progressivement servi à légitimer l’ordre politique, au prix d’un recul de l’esprit critique. La formule qu’elle emploie éclaire cette lecture : «L’éthique, en fait, c’est une libération.» Elle ouvre à la liberté de penser, au refus de l’injustice, à la responsabilité devant l’autre. Si l’éthique a été oubliée, ce n’est donc pas parce qu’elle était absente du message. C’est parce qu’elle a été recouverte par des logiques juridiques, politiques et institutionnelles qui ont déplacé le centre de gravité du religieux.
Relire l’héritage de l’intérieur
Asma Lamrabet décline pourtant l’idée d’un vide éthique dans la tradition musulmane. Elle y voit plutôt une mémoire morale ancienne, riche, mais dispersée. L’éthique a traversé des textes de sagesse, des réflexions philosophiques, des travaux sur le caractère, la responsabilité, la solidarité et les finalités du droit. Elle n’a pas simplement occupé, dans l’histoire de la pensée musulmane, la même place structurée que d’autres disciplines religieuses.Ce défaut de structuration a laissé le champ plus visible au droit, au rituel et à la norme. Mais l’héritage demeure, et Asma Lamrabet refuse d’en faire une charge à effacer. Elle y voit au contraire une ressource à rouvrir. «Il y a tellement de richesse dans ce patrimoine qu’on ne connaît pas encore», affirme-t-elle. La réforme, dans son esprit, ne passe donc pas par la table rase, mais par un travail de discernement : retrouver ce qui, dans cette mémoire, peut encore porter une exigence de justice, de responsabilité et de sens.
C’est aussi pourquoi elle tient à préciser que son travail se fait «de l’intérieur de l’islam». Dans des sociétés profondément travaillées par le religieux, la réforme de la pensée ne peut durablement s’écrire en rupture avec les références, les textes et la mémoire collective. Revenir à l’éthique ne signifie pas importer une morale extérieure, mais relire l’héritage à partir de ses propres ressources, en distinguant les réponses liées à un contexte des valeurs capables de traverser le temps. Le Coran n’étant pas un texte linéaire, les notions doivent, selon elle, être rassemblées et mises en relation pour restituer une cohérence plus ample.
Transmettre une éthique vécue
Cette relecture s’organise autour de notions dont Asma Lamrabet veut retrouver la portée vivante. Le «tawhid», souvent réduit à l’affirmation de l’unicité divine, devient chez elle une libération intérieure. Il recentre l’être humain sur l’essentiel et l’arrache aux idolâtries modernes : l’argent, le pouvoir, la technologie, l’influence, la personnalité et l’ego. Relié à la «fitra» (nature pure et originelle de l’âme), il renvoie à une orientation vers le sens partagée au-delà des appartenances.La justice constitue l’autre pilier de cette reconstruction. Asma Lamrabet s’étonne qu’elle ne soit pas davantage placée au centre des corpus et de l’enseignement religieux, alors qu’elle est, selon elle, une obligation majeure. «Comment ne pas avoir un chapitre sur la justice alors que c’est une obligation religieuse ?» interroge-t-elle. Mais la justice ne peut rester froide. Elle doit être accompagnée de «l’ihsan», ce bel agir qui ajoute à la règle la bienveillance, la sollicitude et l’excellence morale. Vient enfin la «rahma», notion qu’elle refuse de traduire trop vite. Le terme est, pour elle, d’une richesse telle qu’il échappe aux équivalents simples. Elle le décrit comme «un océan sans rivage». La «rahma» renvoie à l’élan d’amour, à la matrice, à la protection, au lien entre parents et enfants, entre époux, mais aussi à la relation avec l’autre et avec les autres traditions. Elle n’est pas une émotion vague. Elle devient une structure du lien humain.
Asma Lamrabet reconnaît la difficulté du chantier, dans une pensée musulmane marquée, selon elle, par une forme de sclérose et par un religieux institutionnalisé qui peine à se remettre en question. Mais la crise actuelle rend ce retour nécessaire. La sortie qu’elle esquisse passe par une parole critique sur le discours religieux dominant, par un retour exigeant au patrimoine et, surtout, par l’éducation. «Le seul outil qu’on a, c’est l’éducation», affirme-t-elle. Dans cet esprit, elle plaide pour une éducation civique et éthique capable de transmettre aux jeunes générations la liberté de croyance, la responsabilité, la justice, le savoir et le respect de l’altérité. Dans le contexte marocain, elle appelle aussi à valoriser un islam marocain spirituel, marqué par la mémoire soufie, la «fitra» et les figures savantes, hommes et femmes, qui ont porté cette sensibilité.
L’enjeu est aussi de dissiper un malentendu. Beaucoup de jeunes, observe-t-elle, ont l’impression que les droits humains, la démocratie, la liberté de croire ou de ne pas croire sont des valeurs importées, étrangères à leur vocabulaire religieux. Asma Lamrabet défend l’idée inverse : ces valeurs peuvent être reliées à la mémoire musulmane, sans fermeture sur soi et sans rejet des autres traditions. Pour elle, revenir à l’éthique ne signifie donc ni céder à une modernité importée ni s’enfermer dans une identité défensive. C’est retrouver, dans la tradition musulmane, les ressources capables de répondre au vide contemporain comme aux impasses d’un religieux réduit à ses formes.
