Face à l’intensification du stress hydrique, à la succession des années de sécheresse et à l’accélération des effets du changement climatique, le Maroc poursuit la refonte de sa politique de l’eau autour d’une vision de long terme qui place la sécurité hydrique au cœur du projet national. C’est le message qu’a porté Nizar Baraka lors de la deuxième édition du MAP Town Hall, organisée mercredi à Rabat sous le thème «La Vision Royale de l’eau : socle de souveraineté hydrique et d’équité territoriale». Pour le ministre, la politique hydrique nationale ne relève plus uniquement de la gestion d’une ressource naturelle. Elle constitue désormais un véritable projet de souveraineté nationale et de développement durable. «Garantir l’eau, c’est garantir la capacité du Maroc à choisir son propre destin», a-t-il affirmé, reprenant l’une des idées centrales de la vision Royale en matière d’eau. Selon lui, cette vision repose sur une ambition qui dépasse largement la réalisation d’infrastructures hydrauliques. Elle vise à garantir à chaque citoyen, où qu’il vive, un accès durable à l’eau, tout en réduisant les disparités territoriales et en renforçant la résilience du Royaume face aux mutations climatiques.
Une stratégie structurée autour de cinq piliers
Le ministre a détaillé les cinq grands axes qui structurent aujourd’hui la politique hydrique nationale.
• Le premier consiste à ériger la souveraineté hydrique en pilier de la souveraineté nationale. Dans un contexte mondial marqué par les tensions sur les ressources, le Maroc considère désormais l’eau comme un enjeu stratégique comparable à ceux de l’énergie ou de la sécurité alimentaire.
• Le deuxième axe porte sur le renforcement de la résilience hydrique du pays. Cette orientation se traduit notamment par le développement d’un écosystème industriel national autour du dessalement et des métiers de l’eau. L’objectif est de consolider le «Made in Morocco», d’encourager le transfert technologique, de soutenir la recherche appliquée et de former les compétences nécessaires aux défis futurs.
• Le troisième pilier vise à assurer l’équité territoriale. Les interconnexions entre bassins hydrauliques et les «autoroutes de l’eau» permettent désormais de transférer les ressources vers les zones les plus exposées au déficit hydrique, renforçant ainsi la solidarité nationale.
• Le quatrième axe concerne la durabilité des ressources. Il repose sur une gestion responsable fondée sur les économies d’eau, la préservation des nappes souterraines, la réutilisation des eaux usées traitées, la protection des écosystèmes et la sauvegarde du patrimoine hydrique au profit des générations futures.
• Enfin, le cinquième axe fait de l’eau un instrument de diplomatie et de coopération. Grâce à l’expertise acquise au fil des décennies, le Maroc entend renforcer son rôle de partenaire de référence dans le partage des savoir-faire et le développement des capacités, notamment en Afrique.
• Le deuxième axe porte sur le renforcement de la résilience hydrique du pays. Cette orientation se traduit notamment par le développement d’un écosystème industriel national autour du dessalement et des métiers de l’eau. L’objectif est de consolider le «Made in Morocco», d’encourager le transfert technologique, de soutenir la recherche appliquée et de former les compétences nécessaires aux défis futurs.
• Le troisième pilier vise à assurer l’équité territoriale. Les interconnexions entre bassins hydrauliques et les «autoroutes de l’eau» permettent désormais de transférer les ressources vers les zones les plus exposées au déficit hydrique, renforçant ainsi la solidarité nationale.
• Le quatrième axe concerne la durabilité des ressources. Il repose sur une gestion responsable fondée sur les économies d’eau, la préservation des nappes souterraines, la réutilisation des eaux usées traitées, la protection des écosystèmes et la sauvegarde du patrimoine hydrique au profit des générations futures.
• Enfin, le cinquième axe fait de l’eau un instrument de diplomatie et de coopération. Grâce à l’expertise acquise au fil des décennies, le Maroc entend renforcer son rôle de partenaire de référence dans le partage des savoir-faire et le développement des capacités, notamment en Afrique.
La politique des barrages, pilier historique de la sécurité hydrique
Au cœur de cette stratégie figure la politique des barrages, présentée par Nizar Baraka comme l’un des principaux leviers de la souveraineté hydrique du Royaume. Le Maroc dispose aujourd’hui de 156 grands barrages totalisant une capacité de stockage de 20,8 milliards de mètres cubes. Quatorze grands barrages supplémentaires sont actuellement en cours de construction, tandis qu’un programme de réalisation de 155 petits barrages est prévu d’ici à 2028. Le ministre a rappelé que huit grands barrages ont été achevés entre 2021 et 2026, renforçant un patrimoine hydraulique qui a progressé de plus de 62% depuis 1999.
Ces infrastructures jouent un rôle central dans la sécurisation de l’approvisionnement en eau potable et en eau d’irrigation. Grâce aux précipitations enregistrées cette année et aux ouvrages mis en place à travers le Royaume, le Maroc dispose actuellement d’une visibilité moyenne d’au moins deux années en matière de sécurité hydrique. Cette politique s’inscrit dans une logique d’anticipation. Comme l’a souligné Nizar Baraka, le Royaume a choisi «l’anticipation plutôt que la réaction», faisant de la planification à long terme un principe directeur de son action.
Le dessalement, nouveau moteur du mix hydrique national
L’autre pilier majeur de cette stratégie est le recours croissant aux ressources non conventionnelles. Le Maroc compte aujourd’hui 17 stations de dessalement opérationnelles, contre seulement 9 en 2021. Leur capacité annuelle est passée de 46 millions à 410 millions de mètres cubes. Cette dynamique devrait s’accélérer dans les prochaines années avec sept nouvelles stations programmées à l’horizon 2030, ainsi que plusieurs extensions de sites existants. L’objectif affiché est ambitieux : porter la capacité nationale à 1,7 milliard de mètres cubes par an et couvrir 60% des besoins en eau potable du Royaume grâce au dessalement. Les projets en cours à Casablanca et Dakhla, ainsi que les extensions prévues à Safi, Jorf Lasfar, Agadir et Tarfaya, illustrent cette montée en puissance. Pour le ministre, le dessalement constitue désormais l’un des principaux outils d’adaptation aux changements climatiques et de sécurisation durable de la ressource.
Les autoroutes de l’eau au service de la solidarité territoriale
Au-delà de la mobilisation de nouvelles ressources, le Maroc s’attache à mieux répartir l’eau disponible. Les interconnexions entre bassins hydrauliques permettent déjà des transferts significatifs. Le système Nord-Sud peut ainsi assurer un transfert annuel pouvant atteindre 400 millions de mètres cubes, tandis que l’interconnexion Oued El Makhazine-Dar Khrofa permet un transfert supplémentaire de 100 millions de mètres cubes par an. Ces infrastructures, qualifiées d’«autoroutes de l’eau», constituent un outil majeur de justice territoriale. Elles permettent d’alimenter aussi bien les grands pôles urbains que les centres ruraux confrontés à une pression croissante sur les ressources. Cette logique de solidarité territoriale se retrouve également dans les Programmes de développement territorial intégré (PDTI), présentés comme un nouveau cadre de développement visant à assurer un accès équitable à l’eau et à renforcer la cohérence des politiques publiques.
Des avancées concrètes dans les territoires
Les résultats mis en avant lors de cette rencontre témoignent de l’ampleur des progrès réalisés. Le taux d’accès à l’eau potable en milieu rural est passé de 14% en 1994 à 98,8% en 2025. Plus de 13,5 millions d’habitants ruraux sont aujourd’hui desservis, tandis que 11.065 douars et 93 centres ruraux ont bénéficié des programmes d’approvisionnement. Dans le domaine agricole, près de 1,6 million d’hectares sont irrigués. Le Royaume a déjà équipé 850.000 hectares en irrigation localisée, dépassant l’objectif intermédiaire fixé à 350.000 hectares pour 2027. La réutilisation des eaux usées traitées progresse également. La capacité actuelle atteint 52,6 millions de mètres cubes par an, avec un objectif de 100 millions de mètres cubes dès 2027, principalement pour l’arrosage des espaces verts.
Une nouvelle génération de politiques hydriques
Au-delà des réalisations, Nizar Baraka estime que le Maroc est entré dans une nouvelle phase de son histoire hydrique. «Nous ne gérons plus seulement la rareté ; nous construisons la résilience», a-t-il résumé. Cette nouvelle génération de politiques publiques repose sur une approche intégrée associant barrages, dessalement, réutilisation des eaux usées, gouvernance par bassin hydraulique, gestion de la demande et adaptation au changement climatique. Elle s’accompagne également d’une transformation culturelle. Le ministre a appelé à l’émergence d’une véritable «culture nationale de l’eau», fondée sur la responsabilité, l’innovation, l’économie de la ressource et la valorisation de chaque goutte d’eau.
Pour le Royaume, l’enjeu n’est plus uniquement de répondre aux urgences du présent. Il s’agit désormais de préserver durablement le capital hydrique national et de préparer les générations futures à vivre dans un environnement marqué par une pression croissante sur les ressources en eau.
Pour le Royaume, l’enjeu n’est plus uniquement de répondre aux urgences du présent. Il s’agit désormais de préserver durablement le capital hydrique national et de préparer les générations futures à vivre dans un environnement marqué par une pression croissante sur les ressources en eau.
Les chiffres-clés du modèle hydrique marocain
• 156 grands barrages en exploitation en 2026.
• 20,8 milliards de m³ de capacité de stockage.
• 14 grands barrages actuellement en construction.
• 155 petits barrages programmés d’ici 2028.
• 75,7% de taux moyen de remplissage des barrages au 1er juin 2026.
• 17 stations de dessalement opérationnelles.
• 410 millions de m³/an de capacité de dessalement actuellement.
• 1,7 milliard de m³/an visés à l’horizon 2030.
• 98,8% de taux d’accès à l’eau potable en milieu rural.
• 13,5 millions de ruraux desservis.
• 850.000 hectares équipés en irrigation localisée.
• 52,6 millions de m³/an d’eaux usées réutilisées, avec un objectif de 100 millions de m³ en 2027.
• 400 millions de m³/an de capacité de transfert via les interconnexions Nord-Sud.
• 143 milliards de DH mobilisés dans le cadre du Programme national d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation 2020-2027.
• 20,8 milliards de m³ de capacité de stockage.
• 14 grands barrages actuellement en construction.
• 155 petits barrages programmés d’ici 2028.
• 75,7% de taux moyen de remplissage des barrages au 1er juin 2026.
• 17 stations de dessalement opérationnelles.
• 410 millions de m³/an de capacité de dessalement actuellement.
• 1,7 milliard de m³/an visés à l’horizon 2030.
• 98,8% de taux d’accès à l’eau potable en milieu rural.
• 13,5 millions de ruraux desservis.
• 850.000 hectares équipés en irrigation localisée.
• 52,6 millions de m³/an d’eaux usées réutilisées, avec un objectif de 100 millions de m³ en 2027.
• 400 millions de m³/an de capacité de transfert via les interconnexions Nord-Sud.
• 143 milliards de DH mobilisés dans le cadre du Programme national d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation 2020-2027.
