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Mercredi 15 Avril 2026
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Bilan Akhannouch : 850.000 emplois, 52 milliards d'aide sociale et le pari d'un Maroc redistributif

Mercredi 15 avril 2026, Aziz Akhannouch a présenté devant les deux Chambres du Parlement, réunies en séance plénière commune, le bilan de l'action gouvernementale, conformément à l'article 101 de la Constitution. Dans un discours à forte portée politique, le Chef du gouvernement a défendu une rupture assumée avec les périodes précédentes, chiffres à l'appui. Au cœur de son intervention : la démonstration d'un cercle vertueux entre performance économique et État social. Avec 850.000 emplois nets créés en cinq ans et 52 milliards de dirhams d'aide sociale directe versés, M. Akhannouch esquisse les contours d'un modèle où la croissance irrigue la solidarité, et réciproquement.

Sous la coupole de la Chambre des représentants, avec un message tranchant, Le Chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, n'est pas venu simplement rendre des comptes. Le Chef du gouvernement a cherché à imposer un récit : celui d'une législature qui aurait refondé le pacte entre l'État et les citoyens, en transformant les indicateurs macroéconomiques en instruments de justice sociale. «Cette évolution positive, dont nous exposons aujourd'hui les principaux indicateurs devant vous, donne la preuve claire que le Maroc avance résolument sur la bonne voie», a-t-il déclaré, avant de dérouler une série de chiffres censés incarner cette «mutation profonde du concept de la citoyenneté».



Le contexte de cette présentation n'est pas anodin. À quelques mois des prochaines échéances électorales, le bilan gouvernemental s'apparente à une démonstration de force politique autant qu'à un exercice constitutionnel. M. Akhannouch a insisté sur une approche «fondée sur la responsabilité, les résultats et la consolidation du lien entre les institutions et les citoyens», rompant selon lui avec «une logique d'engagements sans suivi». L'enjeu, pour la majorité, est de prouver que les réformes engagées depuis 2021 ont produit des effets tangibles sur la vie quotidienne des Marocains.

Une cadence de création d'emploi doublée

Les chiffres du marché du travail constituent l'épine dorsale de l'argumentation gouvernementale. Entre 2021 et 2025, quelque 850.000 postes d'emploi nets ont été créés, soit une moyenne annuelle de près de 170.000 postes. Cette performance, le Chef du gouvernement l'a directement comparée aux périodes précédentes : «Ceci représente une cadence de création d'emploi doublée par rapport aux périodes précédentes au cours desquelles la moyenne de création des opportunités d'emploi n'a guère dépassé 64.000 postes annuellement sur la période 2011-2016 et 90.000 postes d'emploi annuellement sur la période 2016-2021», a-t-il souligné.



Ce doublement de la cadence ne relève pas, selon M. Akhannouch, du hasard conjoncturel mais d'une politique économique délibérée. «Cette performance économique a eu un impact positif sur le marché du travail», a-t-il affirmé, établissant ainsi le lien de causalité entre la croissance – qui a atteint 4,8% en 2025 – et la dynamique de l'emploi. Le chef de la majorité a insisté sur le fait que cette création d'emplois s'accompagne d'une amélioration qualitative, avec notamment une réduction de l'emploi non rémunéré et une structuration progressive du marché du travail.

Cinquante-deux milliards de dirhams pour la solidarité nationale



L'autre pilier du bilan présenté réside dans le déploiement massif de l'aide sociale directe. M. Akhannouch a annoncé qu'à fin janvier 2026, le total des sommes versées au profit des bénéficiaires avait atteint environ 52 milliards de dirhams, 33 milliards dédiés aux aides orientées vers la protection de l'enfance et 19 milliards au titre des aides forfaitaires. Ces chiffres incarnent, selon le Chef du gouvernement, «une page nouvelle dans l'histoire de la solidarité nationale».

«Nous avons inauguré une page nouvelle dans l'histoire de la solidarité nationale, en permettant à quelque 4 millions de familles de bénéficier d'une aide sociale directe», a déclaré M. Akhannouch, avant de préciser la méthodologie adoptée : «dans le cadre d'une nouvelle approche basée sur le renforcement de la précision du ciblage et sur l'amélioration des mécanismes de gouvernance, de manière à consacrer une plus grande efficience dans l'orientation de l'aide vers les catégories méritantes et à limiter la dispersion des programmes et la multiplicité des intervenants».

Les bénéficiaires sont clairement identifiés : 5,5 millions d'enfants et plus de 396.000 veuves, dont 308.000 sans enfants. Ces données traduisent une politique de ciblage qui vise à toucher les populations les plus vulnérables. Pour le gouvernement, cette aide sociale directe ne constitue pas une dépense mais un investissement dans la cohésion sociale et, par ricochet, dans la stabilité économique.

Dix milliards annuels pour casser la centralisation

Le troisième volet du bilan porte sur la gouvernance territoriale et la résorption des disparités spatiales. «Dans le même cadre se sont poursuivis les transferts de crédits importants aux régions, pour une enveloppe de 10 milliards de dirhams annuellement», a rappelé M. Akhannouch, avant d'ajouter cette formule cinglante : «une région sans ressources financières, demeurant une région à la capacité de prise de décision et d'action limitée».

Le Chef du gouvernement a défendu une vision ambitieuse de la régionalisation avancée, qu'il inscrit dans la continuité de la Vision Royale : «Nous avons œuvré pour permettre à chaque région de se transformer en pôle économique indépendant, qui crée la richesse et favorise des opportunités d'emploi pour ses habitants, car le Maroc ne saurait être complet que quand toutes ses régions connaîtront la même dynamique et que le développement touchera toutes ses parties sans exception».

Cette ambition se traduit par des mesures concrètes : le renforcement de la part des collectivités territoriales dans la Taxe sur la valeur ajoutée, passée de 30 à 32%, «dans une démarche qui peut paraître technique, mais qui se traduit dans la pratique par des projets de développement, des services de base, des routes et des écoles dans les différentes régions du Maroc», a précisé le Chef du gouvernement. L'objectif affiché est de briser la logique centralisatrice : «La réforme qui s'arrête aux limites du centre ne saurait être une réforme globale, mais un avantage géographique en porte-à-faux avec l'ambition du Maroc de l'équité et de l'équilibre».

Dans cette architecture, la déconcentration administrative joue un rôle clé, avec la création de quatre représentations administratives conjointes «reflétant notre volonté d'améliorer la décision territoriale et de rapprocher davantage l'État du citoyen». M. Akhannouch a également évoqué l'élaboration d'une «génération nouvelle et innovante de programmes de développement régionaux et de plans d'aménagement du territoire, basés sur la planification de l'avenir au lieu de s'en tenir à une logique de réfection et de traitement conjoncturel des dysfonctionnements».

Ce triptyque – emploi massif, solidarité directe, équité territoriale – dessine les contours de ce que M. Akhannouch présente comme un nouveau contrat social. Reste à savoir si cette démonstration comptable convaincra au-delà de la majorité parlementaire, alors que les attentes sociales demeurent immenses et que les défis économiques, notamment liés au stress hydrique et aux transformations climatiques, continuent de peser sur les perspectives de développement du Royaume.

L'équation budgétaire : comment Aziz Akhannouch finance l'État social



Les engagements sociaux massifs défendus par Aziz Akhannouch reposent sur une architecture financière que le Chef du gouvernement a présentée comme un gage de soutenabilité. Entre 2021 et 2026, l'investissement public a bondi de 230 à 380 milliards de dirhams, soit une hausse de 65%. «Le gouvernement est parvenu à opérer un changement important en matière d'investissement public, en réhabilitant son rôle de levier stratégique pour les chantiers majeurs et d'outil pour la consolidation de la souveraineté économique», a souligné le Chef du gouvernement.

Parallèlement, les recettes ordinaires de l'État ont explosé, passant de 256,2 milliards de dirhams en 2021 à 424,2 milliards en 2025, avec une projection à 432,8 milliards pour 2026. Cette augmentation cumulative de 195,1 milliards de dirhams représente une croissance annuelle moyenne de 13,2%. Les recettes fiscales, elles, ont progressé de 214,6 à 342,1 milliards de dirhams sur la même période, soit une hausse de 59,4%.

Cette performance budgétaire s'accompagne d'un assainissement des grands équilibres. Le déficit budgétaire a été ramené de 5,5% en 2021 à 3,5% en 2025, avec un objectif affiché de 3% pour 2026. La dette publique suit une trajectoire descendante, passant de 71,4% du PIB en 2020 à 67,2% en 2025, avec une prévision de stabilisation à 65,9% en 2026. «Nous avons veillé, depuis le début du mandat, à faire de l'amélioration des équilibres économiques un engagement catégorique», a martelé M. Akhannouch.

L'inflation, qui avait atteint 6,6% en 2022 dans un contexte international tendu, a été maîtrisée à 0,8% fin 2025, allégeant ainsi la pression sur le pouvoir d'achat des ménages. Ces indicateurs ont valu au Maroc une reconnaissance internationale symbolisée par le retour au statut d'«investment grade» en 2025, après révision par Standard & Poor's de la note souveraine du Royaume de BB+/B à BBB-/A-3. Pour le gouvernement, cette solidité financière n'est pas une fin en soi, mais «la garantie souveraine nécessaire à la pérennité du financement des droits sociaux des Marocains». La démonstration de M. Akhannouch visant à établir qu'un État social ambitieux exige d'abord un État financièrement robuste, capable de mobiliser durablement les ressources nécessaires aux politiques de redistribution.
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