Longtemps cantonné aux marges du débat médical, le cannabidiol (CBD) s’invite désormais dans les échanges scientifiques les plus structurés. Au croisement de la recherche, de la régulation et de la pratique clinique, la question n’est plus de savoir s’il faut en parler, mais comment l’aborder avec méthode, prudence et responsabilité. C’est dans cet esprit que l’Université Mohammed VI des sciences et de la santé (UM6SS) et le Centre Mohammed VI de la recherche et de l’innovation (CM6RI) ont réuni médecins, chercheurs, régulateurs et industriels autour d’une rencontre scientifique consacrée aux applications cliniques et aux perspectives thérapeutiques du cannabidiol au Maroc. Dans un contexte marqué par la mise en œuvre de la loi 13-21 et l’émergence progressive d’une filière licite, cette journée d’étude a cherché à confronter les données scientifiques disponibles aux réalités du terrain, en explorant les conditions d’un usage médical encadré, fondé sur l’évidence et l’éthique.
La mission des institutions académiques est donc centrale : faire dialoguer la science, la clinique et la société, former les professionnels de santé, produire des référentiels nationaux et préparer le terrain d’une médecine moderne, responsable et adaptée aux réalités marocaines. Avec, comme boussole ultime, le bénéfice du patient et le respect strict de l’éthique médicale.
Pour réussir, cette intégration repose sur un «triptyque institutionnel». L’ANRAC garantit la légalité, la traçabilité et la sécurité de la filière. L’UM6SS assure l’excellence académique, la recherche et la formation. Le CNOM, enfin, veille au respect de l’éthique et des bonnes pratiques, protégeant à la fois le médecin prescripteur et le patient. La science, a martelé Muhammadin Boubekri, doit rester l’unique boussole. C’est par l’implication des sociétés savantes et la validation collective des indications que pourra émerger un «juste usage» du CBD, intégré de manière responsable aux protocoles de soins nationaux.
Sans jamais présenter le CBD comme une molécule miracle, le Pr Heikel l’a décrit comme un outil thérapeutique complémentaire. Les niveaux de preuve les plus élevés concernent notamment la neurologie, certaines douleurs neuropathiques, la spasticité, ou encore l’amélioration de la qualité de vie en oncologie et en soins palliatifs, où la dignité du patient devient un critère central. Mais cette avancée s’accompagne d’une vigilance accrue : effets indésirables potentiels, interactions médicamenteuses parfois graves et nécessité d’une traçabilité irréprochable, rendue possible par le génotypage des variétés marocaines.
Plutôt que de dépendre exclusivement de grands essais cliniques internationaux, longs et coûteux, il propose de valoriser les données de vie réelle issues de la pratique quotidienne. Ces approches innovantes, telles que les essais pragmatiques, les études «N‑of‑1», l’intelligence artificielle ou encore les bras comparateurs virtuels, permettraient de produire rapidement des preuves adaptées aux réalités marocaines et aux indications dites «orphelines». L’ambition est claire : faire du Maroc non pas un simple consommateur de données scientifiques, mais un leader régional, voire mondial, dans la production de connaissances sur le CBD médical.
«Un sujet sensible, innovant et porteur d’espoir»
En ouvrant les travaux, le professeur Khalid Saïr, directeur général du site Casablanca de la Fondation Mohammed VI des sciences et de la santé, a donné le ton. Le cannabis médical, a‑t‑il rappelé, ne peut plus être abordé sous l’angle de la controverse ou de l’émotion, mais doit être replacé dans son cadre légitime : celui de la science et de la pharmacologie. Longtemps associé à des représentations négatives, le cannabidiol connaît aujourd’hui, au niveau international, une relecture profonde. Les données scientifiques s’accumulent, explorant son intérêt potentiel dans la prise en charge de la douleur chronique, des épilepsies résistantes, de certains troubles neurologiques, mais aussi en oncologie de support et en soins palliatifs. Pour autant, a insisté le Pr Saïr, cette évolution ne saurait se faire sans une exigence absolue de rigueur.La mission des institutions académiques est donc centrale : faire dialoguer la science, la clinique et la société, former les professionnels de santé, produire des référentiels nationaux et préparer le terrain d’une médecine moderne, responsable et adaptée aux réalités marocaines. Avec, comme boussole ultime, le bénéfice du patient et le respect strict de l’éthique médicale.
CBD médical : un enjeu de souveraineté sanitaire
Cette vision a trouvé un écho institutionnel fort dans l’intervention de Muhammadin Boubekri, président du Conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM). Pour lui, l’intégration du CBD se situe à la croisée de trois dynamiques majeures : l’innovation médicale, l’évolution législative et la souveraineté sanitaire du Royaume. Nous assistons, a‑t‑il souligné, à un changement de paradigme. Le cannabidiol n’est plus un simple objet de débat réglementaire, mais une molécule d’intérêt thérapeutique reconnue par les systèmes de santé les plus exigeants. Loin d’un effet de mode, son usage répond à des besoins cliniques encore insatisfaits, notamment chez des patients en situation d’impasse thérapeutique.Pour réussir, cette intégration repose sur un «triptyque institutionnel». L’ANRAC garantit la légalité, la traçabilité et la sécurité de la filière. L’UM6SS assure l’excellence académique, la recherche et la formation. Le CNOM, enfin, veille au respect de l’éthique et des bonnes pratiques, protégeant à la fois le médecin prescripteur et le patient. La science, a martelé Muhammadin Boubekri, doit rester l’unique boussole. C’est par l’implication des sociétés savantes et la validation collective des indications que pourra émerger un «juste usage» du CBD, intégré de manière responsable aux protocoles de soins nationaux.
Un cap historique franchi dans la prescription du CBD
Du cadre éthique à la réalité réglementaire, Mohamed El Guerrouj, directeur général de l’Agence nationale de réglementation des activités relatives au cannabis (ANRAC), a dressé un état des lieux concret de la filière licite. Pour lui, la réussite du modèle marocain repose sur une séparation nette entre science et rumeur. Selon ses termes, un «cap historique» a été franchi avec la validation des premières recommandations de prescription du cannabis CBD dans cinq disciplines : médecine interne, neurologie, dermatologie, gériatrie et gastro‑entérologie pédiatrique. Cinq autres spécialités, dont l’oncologie et la psychiatrie, sont déjà en cours d’intégration, annonce-t-il. Sur le plan industriel, 109 produits à base de CBD sont aujourd’hui fabriqués et enregistrés au Maroc, et disponibles dans plus de 600 points de vente. Mais au‑delà des chiffres, M. El Guerrouj a insisté sur la responsabilité partagée des industriels, des pharmaciens et des médecins pour asseoir la confiance du public dans un usage médical strictement encadré.1.700 références scientifiques pour baliser le terrain
C’est précisément cette rigueur scientifique que le professeur Jaafar Heikel, épidémiologiste et coordinateur des travaux, est venu incarner. Son intervention a posé les fondations méthodologiques du futur usage médical du CBD au Maroc. S’appuyant sur l’analyse de près de 1.700 références scientifiques internationales, son travail vise l’élaboration d’un guide national de prescription, validé par le Conseil de l’Ordre et les sociétés savantes. L’objectif est clair : distinguer les faits établis des approximations, lutter contre la désinformation et ne retenir que des produits relevant de l’industrie pharmaceutique contrôlée.Sans jamais présenter le CBD comme une molécule miracle, le Pr Heikel l’a décrit comme un outil thérapeutique complémentaire. Les niveaux de preuve les plus élevés concernent notamment la neurologie, certaines douleurs neuropathiques, la spasticité, ou encore l’amélioration de la qualité de vie en oncologie et en soins palliatifs, où la dignité du patient devient un critère central. Mais cette avancée s’accompagne d’une vigilance accrue : effets indésirables potentiels, interactions médicamenteuses parfois graves et nécessité d’une traçabilité irréprochable, rendue possible par le génotypage des variétés marocaines.
Changer de méthode pour devenir producteur de science
Prenant de la hauteur, le professeur Saber Boutayeb, directeur du Centre Mohammed VI de la recherche et de l’innovation (CM6RI), a plaidé pour un changement de paradigme dans la recherche médicale nationale. Le Maroc, a‑t‑il affirmé, dispose d’un avantage stratégique : un cadre réglementaire opérationnel et une substance dont le profil de sécurité est déjà bien documenté.Plutôt que de dépendre exclusivement de grands essais cliniques internationaux, longs et coûteux, il propose de valoriser les données de vie réelle issues de la pratique quotidienne. Ces approches innovantes, telles que les essais pragmatiques, les études «N‑of‑1», l’intelligence artificielle ou encore les bras comparateurs virtuels, permettraient de produire rapidement des preuves adaptées aux réalités marocaines et aux indications dites «orphelines». L’ambition est claire : faire du Maroc non pas un simple consommateur de données scientifiques, mais un leader régional, voire mondial, dans la production de connaissances sur le CBD médical.
Quand la science rencontre la souffrance du patient
Cette vision stratégique a trouvé un écho profondément humain dans l’intervention du professeur Mouna Maamar, interniste et gériatre. Rappelant que la médecine ne se résume pas à des protocoles, elle a insisté sur la nécessité de répondre à la souffrance individuelle lorsque toutes les autres options échouent. Elle a détaillé le fonctionnement du système endocannabinoïde, véritable régulateur de l’homéostasie, et expliqué comment le CBD agit sur l’inflammation, l’humeur, la douleur et le sommeil. En gériatrie comme en médecine interne, son usage peut améliorer la qualité de vie, à condition de respecter une règle intangible : commencer à faible dose et augmenter progressivement. Mais cette humanisation du soin s’accompagne d’une grande prudence. Interactions médicamenteuses, risques chez les patients greffés ou sous anticoagulants : le message est clair, le CBD, comme tout autre médicament, est à manier avec vigilance.Neuropédiatrie : des annonces majeures, sous haute surveillance
La journée s’est conclue par l’intervention de la professeure Kaoutar Khabbache, spécialiste en neuropédiatrie au CHU Mohammed VI de Tanger. Elle a rappelé l’ampleur de l’épilepsie pharmacorésistante chez l’enfant et l’impact dévastateur de ces pathologies sur le développement cérébral et la cellule familiale. En distinguant clairement le CBD du THC, elle a insisté sur le statut du médicament à base de cannabidiol : produit pharmaceutique, contrôlé, évalué et encadré. En neuropédiatrie, les preuves les plus solides concernent certains syndromes épileptiques sévères, mais aussi la prise en charge de la spasticité et des troubles du comportement associés à des pathologies complexes.
En guise de conclusion, la spécialiste a souligné un point fondamental : le Maroc dispose aujourd’hui des outils législatifs, scientifiques et humains pour produire sa propre science et proposer des solutions adaptées à ses patients, et au‑delà, au continent africain. Dans ce sens, la professeure a annoncé une innovation thérapeutique majeure : le lancement d’un essai clinique marocain, baptisé «Epican», consacré à l’usage du cannabidiol local dans les épilepsies pharmaco-résistantes de l’enfant.
En guise de conclusion, la spécialiste a souligné un point fondamental : le Maroc dispose aujourd’hui des outils législatifs, scientifiques et humains pour produire sa propre science et proposer des solutions adaptées à ses patients, et au‑delà, au continent africain. Dans ce sens, la professeure a annoncé une innovation thérapeutique majeure : le lancement d’un essai clinique marocain, baptisé «Epican», consacré à l’usage du cannabidiol local dans les épilepsies pharmaco-résistantes de l’enfant.
Projet Epican : le CBD marocain testé contre les épilepsies infantiles sévères
Un extrait de cannabidiol (CBD) 100% marocain s’apprête à entrer en phase d’essai clinique chez l’enfant. Baptisé Epican, ce projet inédit vise à évaluer l’efficacité du CBD dans le traitement des épilepsies infantiles résistantes aux médicaments. Portée par le CHU Mohammed VI de Tanger et une équipe marocaine multidisciplinaire, cette initiative marque une étape clé dans l’intégration encadrée du cannabis médical dans le système de santé national. Présenté par la professeure Kaoutar Khabbache, spécialiste en neuropédiatrie et maladies métaboliques au Centre hospitalier universitaire Mohammed VI de Tanger. Le projet Epican s’attaque à l’un des défis les plus complexes et les plus douloureux de la neuropédiatrie : les épilepsies infantiles résistantes aux traitements conventionnels.
Répondre à l’urgence des épilepsies dites «orphelines»
Pour les familles d’enfants atteints d’épilepsie pharmacorésistante, le quotidien est une course contre le temps. Environ 30% des enfants épileptiques ne répondent pas aux traitements médicamenteux classiques. Dans les formes les plus sévères, comme les syndromes de West ou de Dravet, les crises peuvent survenir des dizaines de fois par jour, compromettant durablement le développement cérébral et la qualité de vie. C’est pour ces enfants, dont le cerveau est soumis à une activité électrique incessante et destructrice, que le projet Epican a été conçu. L’essai clinique inclut 50 patients âgés de 6 mois à 18 ans, faisant le choix audacieux d’intervenir dès le plus jeune âge, là où les protocoles internationaux attendent souvent la première année de vie.
Une solution thérapeutique ancrée dans le savoir-faire national
L’un des aspects majeurs du projet Epican réside dans son ancrage local. L’étude repose sur un extrait huileux de CBD à spectre complet, issu de plantes cultivées au Maroc et transformées par l’industrie pharmaceutique nationale. Ce choix garantit une traçabilité totale, un contrôle rigoureux de la qualité et l’absence d’effets psychoactifs. Au-delà de l’évaluation clinique classique (réduction de la fréquence et de l’intensité des crises), l’équipe de recherche dirigée par la professeure Khabbache intègre une dimension de pointe : la pharmacogénomique. Un séquençage génétique complet est réalisé chez l’ensemble des patients afin de mieux comprendre pourquoi certains enfants répondent favorablement au CBD tandis que d’autres présentent peu ou pas de bénéfice. Cette approche ouvre la voie à une médecine de précision, adaptée au profil génétique des patients et aux spécificités de la population marocaine, marquant une rupture avec les modèles thérapeutiques uniformes.
Au-delà du traitement : restaurer une qualité de vie
Le projet Epican se distingue également par son approche centrée sur l’humain. L’efficacité du traitement ne se mesure pas uniquement à la diminution des crises, mais aussi à son impact sur la qualité de vie globale. Des questionnaires standardisés sont ainsi administrés aux familles pour évaluer les effets du CBD sur le sommeil de l’enfant, son comportement, son développement, ainsi que sur l’équilibre psychologique des parents. Car comme le rappelle la neuropédiatre, l’épilepsie sévère ne touche jamais un enfant seul : elle affecte toute une famille, souvent confrontée à l’épuisement, à l’angoisse et à l’isolement.
Un projet encadré et déjà reconnu
Soutenu par l’ANRAC et le CM6RI dirigé par le professeur Saber Boutayeb, le projet Epican bénéficie également de l’appui des laboratoires Sothema, promoteur de l’essai clinique. Sur le plan réglementaire, le projet a franchi des étapes déterminantes. Il a reçu l’approbation du comité d’éthique de la Faculté de médecine et de pharmacie de Tanger, ainsi que la validation de la Commission nationale de contrôle de la protection des données à caractère personnel (CNDP).
Si l’autorisation de mise sur le marché (AMM) de l’extrait de CBD utilisé est encore en cours de finalisation, un accord de principe a déjà été obtenu, permettant d’envisager le lancement effectif des inclusions de patients dans les prochains mois. À l’échelle internationale, le sérieux scientifique du projet est confirmé par son enregistrement officiel auprès de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Si l’autorisation de mise sur le marché (AMM) de l’extrait de CBD utilisé est encore en cours de finalisation, un accord de principe a déjà été obtenu, permettant d’envisager le lancement effectif des inclusions de patients dans les prochains mois. À l’échelle internationale, le sérieux scientifique du projet est confirmé par son enregistrement officiel auprès de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
