Derrière cette riche diversité, une constante revient : la nécessité de comprendre et de s’adapter aux réalités locales, voire de se les approprier. Car pour les Marocains que nous avons rencontrés, vivre au Sénégal n’est pas synonyme d’expatriation. Il s’agit d’une immersion totale dans un environnement où les relations humaines structurent l’essentiel, où la confiance se construit au jour le jour, et où chaque parcours devient source de richesse partagée et facteur d’osmose civilisationnelle.
Il faut dire que cette relation bienveillante est réciproquement assumée. De leur côté, les Sénégalais apprécient les Marocains, leur esprit fraternel, et leur inclination quasi innée à nouer des liens de coopération mutuellement profitable. Ils leur reconnaissent aussi une facilité d’intégration, un dynamisme à toute épreuve et leur capacité exceptionnelle à s’imposer par leur engagement discret mais efficace, ainsi que le respect sincère qu’ils vouent aux valeurs qui font le socle de l’amitié entre les deux peuples.
Une communauté présente, mais dans la retenue
Sur le terrain, cette discrétion souvent évoquée se confirme dans les échanges. Les Marocains, en particulier ceux que nous avons rencontrés, préfèrent agir, coconstruire, s’impliquer et s’investir sans tambour ni trompette. Ils parlent peu mais travaillent beaucoup. Alors que les relations entre les deux pays viennent de traverser un épisode tumultueux, du moins sur les réseaux sociaux en raison de la Finale de la CAN, eux, semblent se concentrer sur l’essentiel: ce qui rassemble, unit et rapproche. Plutôt que de s’engager dans des polémiques, certes compréhensibles, mais qui doivent rester confinées dans un cadre strictement sportif, ils se projettent dans l’avenir. Ils se gardent de verser dans les débats qui divisent ou qui attisent le populisme de bas étage. Pour eux, les peuples marocains et sénégalais ont en partage des valeurs qui rendent toute collaboration une aventure humaine avant tout. Les Marocains que nous avons rencontrés sont mus par la même conviction : les relations entre le Maroc et le Sénégal sont tellement fortes et enracinées que rien ne pourra les ébranler. Ils répètent à satiété qu’il ne faut surtout pas insulter ni le passé, ni le présent, ni l’avenir. Car la fraternité séculaire entre les deux peuples est le bien le plus précieux.
Hassna Founoune, chercheure à l’Institut sénégalais de recherches agricoles et enseignante à l’Université Cheikh Anta Diop : «L’apprentissage du wolof a facilité mon intégration»
Le cas de Hassna Founoune, docteure en biologie, lauréate de l’Université Moulay Ismaïl de Meknès, est largement représentatif de ces Marocains qui ont réussi au Sénégal et qui ont su s’intégrer dans l’environnement socioprofessionnel de ce pays. Aujourd’hui chercheure à l’Institut sénégalais de recherches agricoles et enseignante à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, sa carrière est au confluent de la recherche scientifique, de la formation académique et de la coopération régionale. Spécialiste de la biofertilisation des cultures, elle travaille également sur la coordination de projets de recherche-développement à l’échelle sous-régionale et internationale, tout en encadrant des étudiants en master, ingénierie et doctorat. Son parcours débute après une licence obtenue à l’université Hassan II de Casablanca, suivie d’une opportunité de DEA à Dakar, puis d’un doctorat au Maroc. Une trajectoire qu’elle décrit comme un choix à la fois scientifique et humain, encouragé par sa famille et porté par des thématiques de recherche passionnantes centrées sur les enjeux agricoles du Sahel et l’innovation appliquée au développement. «C’était une très belle expérience personnelle et professionnelle, mais il fallait d’abord que je fasse ma place dans un environnement à forte interaction sous-régionale et internationale», confie-t-elle. Selon elle, l’intégration passe d’abord par la langue et le terrain. L’apprentissage du wolof est à ce titre essentiel, non seulement pour échanger avec ses collègues, mais aussi pour comprendre les producteurs dans les villages, saisir leurs réalités, leurs expressions, leurs codes. «Comprendre les blagues, les proverbes, les subtilités de la langue... c’est ça aussi l’intégration», souligne-t-elle, insistant sur l’importance de rester ouverte et d’être à l’écoute, et surtout de s’abstenir de porter des jugements. Cette enseignante incarne donc à plus d’un égard l’exemple d’une intégration réussie. Pourtant, les débuts n’étaient pas faciles : la séparation d’avec la famille, les changements culturels et linguistiques ou encore les conditions du terrain constituaient autant de défis. Mais Hassna Founoune pouvait compter sur un environnement d’accueil favorable, marqué par la bienveillance et la solidarité, aussi bien auprès des étudiants que des enseignants, des collègues et des communautés locales. Avec le recul, elle considère aujourd’hui son parcours comme profondément formateur, à la fois sur le plan personnel et professionnel. Au-delà de la recherche, elle dit porter un rêve plus large : celui de transmettre son expérience et de contribuer au développement de son pays natal et de l’Afrique, dans un esprit de coopération Sud-Sud, dans la droite ligne de la vision de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, en faveur d’un renforcement des liens entre le Maroc et le continent africain. Un rêve que partagent d’ailleurs l’ensemble des Marocains rencontrés lors de cette immersion, tous animés par cette volonté de contribuer, à leur manière, au développement des relations du Royaume avec sa profondeur africaine, dont le Sénégal est une des principales composantes.Dre Soukaïna El Jabri, radiologue : «Le Sénégal, une terre d’opportunités à condition de s’y investir avec engagement et amour»
Dans notre immersion au sein de la communauté marocaine du Sénégal nous avons rencontré la Dre Soukaïna El Jabri, médecin radiologue installée à Dakar depuis 17 ans. Le jour où elle y avait posé ses valises pour poursuivre ses études, elle était à mille lieues de penser que c’était le début d’une nouvelle vie aussi bien sur le plan personnel que professionnel. Aujourd’hui mère de deux enfants, elle incarne un parcours d’intégration réussi, profondément ancré dans les valeurs humaines qui font la richesse de la fraternité entre les deux peuples. Passionnée par son travail, elle met son expertise et son savoir-faire au service de ce pays qui l’a accueillie à bras ouverts. Convaincue que prodiguer des soins ne peut se limiter à des actes médicaux, elle adopte au quotidien une attitude basée sur l’écoute, le respect et la solidarité. Elle met son talent et son réseau au service de la promotion de l’entente et de la compréhension mutuelle.
Discrète mais très engagée, elle s’est également illustrée par son implication dans plusieurs initiatives à caractère social, notamment les caravanes médicales en faveur des plus vulnérables. Très investie auprès de la communauté marocaine au Sénégal, elle contribue à renforcer les liens entre ses membres, notamment à travers l’animation d’espaces d’échange et d’entraide destinés à accompagner les nouveaux arrivants. «Le Sénégal m’a ouvert ses portes et m’a permis d’évoluer dans un environnement où la solidarité occupe une place centrale», confie-t-elle. Comme tout parcours d’expatrié, les débuts ont exigé adaptation et persévérance, entre intégration sociale, apprentissage des codes culturels, professionnels et démarches administratives. «Grâce à la persévérance, à la patience et au soutien de mon entourage, j’ai pu surmonter ces obstacles», explique-t-elle, ajoutant que la passion qu’elle vit à travers son métier et la bonhomie de la population locale ont été un facteur essentiel de résilience. À ceux qui envisagent de s’installer au Sénégal, elle leur dit qu’il ne faut pas hésiter à franchir le pas. Les Sénégalais, souligne-t-elle, sont chaleureux, cordiaux et sociables. Il suffit que vous soyez sincère et affable pour qu’ils vous considèrent comme un des leurs. Selon elle, le Sénégal demeure une terre d’opportunités pour celles et ceux qui souhaitent s’y investir pleinement, avec engagement et amour.
Saïd Amdi, chef d’entreprise : «Ce pays allie stabilité, potentiel de croissance et position stratégique régionale»
Installé au Sénégal depuis moins longtemps que Dre Soukaïna El Jabri, Saïd Amdi n’en incarne pas moins un engagement solide et un ancrage fort. Entre le Maroc et l’Afrique de l’Ouest, il s’est construit un parcours d’entrepreneur dans le secteur de l’industrie et de la distribution. En 2022, il s’installe au pays de la Teranga en tant qu’expatrié au sein d’un grand groupe marocain. De par son métier, il a pu se frotter directement aux réalités opérationnelles et commerciales du marché ouest-africain. À l’issue de cette première expérience, il choisit de se lancer dans l’entrepreneuriat. Son projet, pensé et conçu au Maroc, prend forme au Sénégal, en concertation avec ses associés. «Le Sénégal est un marché dynamique, à fort potentiel, mais surtout un terrain où l’on peut construire concrètement et avancer vite, tellement l’environnement est propice», affirme-t-il.
Aujourd’hui, Saïd Amdi est cofondateur et directeur général d’une entreprise industrielle basée à Dakar, spécialisée dans la production de produits d’hygiène. Une activité qu’il développe, dit-il, en prenant en compte les réalités locales. «Mon approche consiste à être au plus proche du terrain, comprendre les dynamiques locales, être à l’écoute des besoins du marché afin de pouvoir créer de la richesse et un cadre de coopération mutuellement bénéfique», insiste-t-il. En cela, M. Amdi dit s’inspirer de la vision portée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, qui prône depuis toujours des partenariats basés sur le co-développement et le partage des expertises. À cet égard, le Sénégal occupe, selon lui, une place particulière en tant que pays frère ayant des relations historiques, humaines et économiques solides avec le Royaume. Pour M. Amdi, il s’agit d’un avantage de taille qui favorise le développement des affaires. D’autant que ce pays allie stabilité, potentiel de croissance et position stratégique régionale, ce qui fai de lui un marché exigeant mais porteur d’opportunités. Mais cet environnement favorable présente quelques défis que notre interlocuteur attribue à des contraintes structurelles : une chaîne logistique coûteuse et parfois imprévisible, dépendance aux matières premières importées, infrastructures à renforcer ainsi qu’un marché fragmenté entre circuits modernes et traditionnels. Dans ce contexte, insiste-t-il, la capacité d’adaptation et la flexibilité sont cruciaux. «L’Afrique de l’Ouest est un marché d’opportunités, mais tout n’y est pas acquis d’avance. Il ne suffit pas d’avoir la stratégie, la maîtrise de l’exécution est primordiale», précise Saïd Amdi.
Hicham Bouchartat, DG de Tractafric Motors Sénégal : «La compréhension des codes culturels est essentielle pour la réussite professionnelle»
Pur produit de l’école marocaine, où il a forgé l’essentiel de ses compétences et consolidé son socle théorique, Hicham Bouchartat a pu donner une dimension internationale à son parcours... au Sénégal. Lauréat de l’École nationale de commerce et de gestion (ENCG) de Settat en finance, il complète sa formation par un doctorat en sciences de gestion au sein du même établissement, ainsi que par un diplôme d’expertise comptable (DEC) obtenu en France. Ce parcours académique d’excellence s’appuie sur une expérience professionnelle riche de plus de 25 ans, acquise au sein de grandes structures au Maroc et à l’international. Il a notamment occupé le poste de directeur administratif et financier dans plusieurs multinationales, telles que Alstom et STFA au Maroc, ainsi qu’en Côte d’Ivoire. Il a également exercé des fonctions de direction générale, notamment en tant que directeur général adjoint d’Alstom Cabliance, avant de poursuivre son parcours au Sénégal, où il dirige actuellement l’une des filiales du groupe Al Mada, Tractafric Motors Sénégal.
Parallèlement, Hicham Bouchartat s’investit dans la formation, en animant des séminaires au profit de grandes institutions marocaines, dont OCP, CDG, Renault et Omrane. Après des expériences réussies au Maroc et en Côte d’Ivoire, le Sénégal, dit-il, s’est imposé comme un choix naturel. «De par la proximité culturelle et géographique avec le Maroc, le Sénégal est une destination prisée par les expatriés marocains», souligne-t-il. Sur le plan professionnel, la direction générale d’une filiale sénégalaise du groupe Optorg a représenté une étape déterminante dans son parcours. Elle lui a permis de renforcer son leadership et d’élargir ses compétences, notamment dans les domaines commercial et marketing.
Évoquant les défis, il rappelle que l’intégration dans un nouveau pays comporte d’abord une dimension personnelle. Chaque environnement possède ses propres codes culturels, qu’il est essentiel de comprendre et d’intégrer. «Cela a un impact direct sur la réussite professionnelle, en particulier lorsqu’il s’agit de diriger des équipes vers un objectif commun», explique-t-il. Selon lui, tout l’enjeu réside dans la capacité à concilier diversité culturelle et exigences de performance. Le respect et la transparence apparaissent dès lors comme des prérequis incontournables. Une communication claire, associée à la considération des valeurs locales, favorise une compréhension mutuelle et renforce l’efficacité collective. Convaincu du potentiel du Sénégal, il rappelle toutefois qu’au-delà des facteurs objectifs de compétitivité, se trouve un peuple digne et attaché à ses valeurs. «Travailler dans un milieu où cohabitent plusieurs cultures peut parfois créer des incompréhensions, voire des ruptures, d’où l’importance d’adopter une attitude professionnelle, humble et respectueuse des autres», note-t-il.
Manal Ikir, journalise et actrice associative : «Le Sénégal est un pays de tolérance et d’hospitalité qui m’a ouvert ses bras»
Installée au Sénégal depuis près de vingt ans, Manal Ikir peut se targuer à juste titre d’un parcours riche et atypique, au croisement du journalisme, de la communication et de l’engagement panafricain. Journaliste, membre de l’Union de la presse francophone et directrice d’une agence de communication, elle s’est imposée également comme une actrice associative et institutionnelle de premier plan. Présidente de l’Association pour le développement social depuis 2012, elle est aussi à la tête du Club panafricain des affaires (CP2A) et initiatrice de l’Agora Africa Forum, une plateforme panafricaine dédiée au renforcement de la coopération économique et institutionnelle entre les pays du continent.
Son installation au Sénégal relèverait presque de l’œuvre du destin. «Je n’ai pas choisi le Sénégal, c’est le Sénégal qui m’a choisie». cette boutade résume, selon elle, les conditions de son installation dans ce pays. Venue initialement pour ses études, elle y a finalement construit son parcours professionnel. Elle évoque un pays porteur de valeurs de dialogue, de tolérance et d’hospitalité, qui lui a ouvert ses bras et facilité son ancrage social et humain. Comme tout parcours d’expatriée, le sien a été jalonné de défis. L’adaptation à un nouvel environnement culturel et administratif, la nécessité de bâtir un réseau solide et la difficulté de s’imposer en tant que femme leader dans certains contextes ont été autant de combats qu’elle a menés avec beaucoup de persévérance. Elle affirme que l’écoute active et la capacité à nouer des liens solides et de confiance lui ont été d’une grande aide. Le respect des codes culturels et la constance dans l’engagement ont été également des leviers essentiels de réussite.
À ceux qui envisagent de s’installer au Sénégal, elle recommande de privilégier l’ouverture et la patience. Comprendre les dynamiques locales, accorder une place centrale aux relations humaines et construire un réseau de confiance sont les clés du succès selon elle. Elle insiste enfin sur l’importance d’avoir une vision claire de ses objectifs et des étapes pour les atteindre, le tout sans se départir des vertus comme la patience et l’humilité. Le Sénégal demeure, selon elle, un pays d’opportunités pour ceux qui savent s’y intégrer avec respect et intelligence.
Fatima Zahra Moutiaa, consultante, entrepreneure et actrice associative : «C’est un pays profondément accueillant, où les relations humaines occupent une place centrale»
Arrivée au Sénégal en 1998, presque par hasard, elle ne s’attendait pas à ce que ce passage par le pays de la Teranga chamboule tous ses plans antérieurs. Sur place, elle est vite marquée par la convivialité des gens et leur spontanéité. Ce premier contact, bref mais décisif, va transformer un simple transit en un nouveau commencement. De retour au Maroc, une conviction incoercible se forge au fond d’elle progressivement : revenir au Sénégal pour s’y installer durablement. Une décision dictée par le cœur et la raison, dit-elle. Elle fait alors le choix de s’y établir, notamment à travers le mariage, ouvrant ainsi un nouveau chapitre dans sa vie personnelle et professionnelle. Son parcours entrepreneurial débute aux côtés de son mari, actif dans le secteur de la fabrication et de la distribution de chaussures. «Ensemble, nous avons exploré plusieurs activités et élargi progressivement notre champ d’action. Mais petit à petit, j’ai tracé ma propre voie, portée par des rencontres déterminantes tout en étant accompagnée et soutenue par des Sénégalais qui ont facilité mon intégration», reconnait-elle.
En 2005, Fatima Zahra franchit une étape importante en fondant sa première entreprise. Parallèlement, elle lance une association qui évoluera au fil du temps pour devenir une ONG engagée dans des actions de solidarité en faveur des populations vulnérables. Cette expérience marque un tournant dans son engagement pour l’autonomisation des femmes et des jeunes, à travers l’accompagnement, la formation et le développement des compétences. Aujourd’hui, Fatima Zahra Moutiaa évolue en tant que consultante, entrepreneure et actrice engagée dans le développement du leadership en Afrique. Elle représente la Cambridge Worldwide Academy sur le continent et dirige le cabinet SYCAD, agréé pour des formations en intelligence artificielle, en présentiel comme en ligne. Coach de vie internationale, formée à l’Institut du coaching international de Genève, elle accompagne femmes et jeunes dans leur développement personnel, les aide à renforcer leur leadership et leurs compétences professionnelles.
Son attachement au Sénégal procède, souligne-t-elle, d’une expérience vécue et pleinement assumée. À ce titre, elle évoque un pays profondément accueillant, où les relations humaines occupent une place centrale. Elle insiste également sur la solidité historique des liens entre le Maroc et le Sénégal, fondés sur la fraternité, le respect et la coopération. Pour elle, les relations entre les deux pays transcendent les conjonctures pour s’inscrire dans une intemporalité que la dimension humaine consolide et enrichit. Son parcours en est une illustration concrète : celui d’une intégration réussie, construite dans le temps, et d’un engagement qui relie développement personnel, entrepreneuriat et impact social. Une trajectoire qui témoigne, au-delà de l’histoire individuelle, d’une conviction profonde : la confiance réciproque et les valeurs partagées sont des facteurs de cohésion et d’unité imperméables aux difficultés conjoncturelles.
Dre Ikbal Lahlimi, présidente du Collectif des médecins marocains au Sénégal : «Le Sénégal est plus qu’un pays d’accueil pour expatriés, c’est un second foyer pour moi !»
Médecin en formation spécialisée en dermatologie, Ikbal Lahlimi Alami est présidente de la Ligue des étudiants marocains au Sénégal et secrétaire générale du Collectif des médecins marocains au Sénégal. Partant de ce double engagement, elle mène au Sénégal un quotidien fait de défis multiples que sa passion pour son travail et son action associative lui permet de relever avec brio. Issue d’une famille marocaine connue pour son ancrage politique, elle affirme voguer dans le sillage de son oncle Ahmed Lahlimi Alami, militant USFP, ex-ministre et ancien Haut-Commissaire au Plan pendant plus de deux décennies.
Le Sénégal représente pour elle un choix à la fois professionnel mais aussi et surtout personnel. Elle y a effectué l’essentiel de son parcours universitaire, bénéficiant d’une formation médicale solide et reconnue, dans un environnement riche sur le plan humain et culturel, affirme-t-elle. C’est pourquoi, pour elle, le Sénégal est plus qu’un pays d’accueil pour expatriés. C’est un second foyer où elle se sent chez elle. Elle y a construit sa vie, avec son mari, Dr Oussama Bouchti, chirurgien urologue. Tous deux œuvrent chaque jour pour améliorer l’accès aux soins et développer des actions sociales et solidaires à travers des conférences médicales, des journées de sensibilisation ainsi que des caravanes de santé dans des localités défavorisées.
Malgré certaines difficultés, «nous nous efforçons à rester engagés et disponibles. C’est notre façon de contribuer au renforcement des relations séculaires entre le Maroc et le Sénégal. Notre action est guidée par les orientations de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, qui ne cesse de promouvoir les valeurs de solidarité et de coopération Sud-Sud », souligne-t-elle. Et d’ajouter : «Nous nous considérons comme des acteurs de la diplomatie parallèle du Royaume du Maroc puisque nous portons, à notre niveau, une mission importante qui est celle de transmettre les valeurs qui font la force du Maroc : la solidarité, l’ouverture et le partage», précise-t-elle.
Sidi Mohamed Lahlou, SG et co-fondateur du Cercle Sénégal-Maroc d’amitié et de fraternité, président du Club des investisseurs marocains au Sénégal : «Les valeurs partagées, l’héritage culturel et la fraternité historique entre les deux peuples créent un cadre favorable à l’installation et à l’intégration au Sénégal»
Le Matin : Comment décririez-vous aujourd’hui la présence marocaine au Sénégal ?
Mohamed Lahlou :
Qu’est-ce qui pousse les Marocains à s’installer au Sénégal ? Et quels sont les principaux défis auxquels ils peuvent être confrontés sur place ?
Les Marocains sont attirés à la fois par les opportunités économiques et la proximité culturelle. Le Sénégal offre un environnement stable et accueillant, avec des perspectives de développement. Parallèlement, les valeurs partagées, l’héritage culturel et la fraternité historique entre les deux peuples créent un cadre favorable à l’installation et à l’intégration. En revanche, l’un des défis à relever réside dans la gestion des malentendus ou tensions ponctuelles, comme celles qui peuvent survenir lors d’événements sportifs, amplifiées par les réseaux sociaux. Ces épisodes restent néanmoins conjoncturels et ne remettent pas en cause la profondeur des liens entre Marocains et Sénégalais. La capacité à maintenir le respect et la fraternité est essentielle pour surmonter ces difficultés. D’où l’importance des structures comme le Cercle Sénégal-Maroc d’amitié et de fraternité (Cesemaf) et le Club des investisseurs marocains au Sénégal (CIMAS). Car elles fédèrent des personnalités marocaines et sénégalaises engagées et visionnaires qui, par leur sagesse, contribuent à dissiper les malentendus et à surmonter les tensions. À noter que le Cesemaf a été fondé il y a déjà 20 ans. Ce cercle a toujours été présidé par le Sénégalais Amadou-Mahtar M’Bow, ancien directeur général de l’Unesco.
Selon vous, quels prérequis un Marocain doit avoir pour réussir son intégration au Sénégal ?
Pour réussir durablement au Sénégal, un Marocain doit avant tout adopter un comportement exemplaire, car il représente, à travers ses actions, l’image de son pays. L’honnêteté, la loyauté et le respect des valeurs locales constituent des piliers indispensables à son intégration. L’humilité et la capacité à écouter et apprendre sont également essentielles, notamment pour s’inspirer du savoir-faire et de l’expérience de ses prédécesseurs. Au-delà des qualités personnelles, la réussite repose sur la compréhension du contexte local, la capacité à créer des relations solides et respectueuses avec les partenaires sénégalais, et sur l’engagement à contribuer positivement au développement de la société d’accueil. En adoptant cette approche, le Marocain ne se contente pas de s’implanter ; il participe activement à renforcer les liens historiques et culturels qui unissent le Maroc et le Sénégal.
L’incident survenu lors de la Coupe d’Afrique des nations a-t-il eu un impact sur le climat ou les relations entre communautés des deux pays ?
Il est regrettable qu’un simple match de football ait suscité autant de tensions. Fort heureusement, les voix de la sagesse peuvent encore prévaloir sur celles qui attisent les animosités. Dans une confrontation fratricide, nul ne peut sortir vainqueur. L’histoire nous enseigne qu’il est crucial de préserver l’unité et la fraternité entre nos peuples. La relation maroco-sénégalaise est semblable à un fleuve paisible. Il finit par retrouver son cours naturel, après une brève tempête.
