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Comment les entreprises marocaines subissent le fléau de la corruption selon l’INPPLC

L’Instance nationale de la probité, de la prévention et de la lutte contre la corruption (INPPLC) vient de lever le voile sur les résultats de sa deuxième enquête nationale. Menée entre mai et août 2023, l’enquête révèle une perception négative persistante de la corruption parmi les entreprises marocaines. Les secteurs des licences, des marchés publics et de l’emploi sont cités comme les plus vulnérables, tandis que la faible propension à dénoncer ces pratiques dévoile un sentiment d’impuissance et de résignation face à la corruption. Ce tableau sombre appelle à une mobilisation renforcée et à des politiques plus efficaces pour éradiquer ce mal qui entrave le développement économique et la justice sociale.

Mohamed Bachir Rachdi.
Mohamed Bachir Rachdi.
Dans l’ombre du monde des affaires au Maroc, un adversaire insidieux tisse sa toile : la corruption. Révélée au grand jour par l’enquête nationale de L’Instance nationale de la probité, de la prévention et de la lutte contre la corruption, cette réalité sombre montre à quel point les entreprises pâtissent de ce fléau, percevant la corruption non pas comme une exception, mais comme une règle dans leur environnement. Face à cette réalité, une question se pose : comment inverser cette tendance et lutter contre ces pratiques malsaines qui ternissent le paysage économique marocain ?

Car selon une enquête de l’INPPLC, les chiffres sont sans appel : 68% des entreprises marocaines perçoivent la corruption comme une réalité incontournable dans leur environnement d’affaires. En effet, selon l’étude, si 68% des entreprises sondées estiment que la corruption est répandue ou très répandue au Maroc, seulement 8% la jugent peu ou très peu répandue. Cette perception se précise dans les secteurs cruciaux des licences et des marchés publics.

Les raisons de l’exposition à la corruption

La corruption révèle en fait une dynamique complexe. Pour 62% des entreprises, recourir à la corruption semble être le seul moyen d’accéder à des services ou des décisions auxquels elles sont légitimement en droit de prétendre. Cet état de fait met en lumière une administration parfois labyrinthique, où la corruption se présente comme une voie pour contourner l’inertie bureaucratique.

D’après les réponses des entreprises sollicitées, les sphères les plus vulnérables à la corruption comprennent les processus d’obtention de licences, d’agréments et d’autres autorisations, les procédures de marchés publics ainsi que le domaine de l’emploi. Par ailleurs, près d’un quart des répondants (23%) ont signalé avoir été confrontés à des pratiques de corruption durant l’année écoulée. Ce constat s’inscrit dans un contexte où une majorité significative (45%) perçoit une escalade de la corruption au sein du pays au cours des deux dernières années, tandis qu’une minorité (27%) observe une tendance à la baisse.

Le mur du silence : la peur de dénoncer

Lors de leur confrontation avec la corruption, les motivations principales évoquées par les entreprises pour s’y engager incluent le désir d’obtenir des services ou des avantages légitimes (62%), la volonté d’accélérer les processus administratifs ou d’obtenir un traitement prioritaire (57%), l’aspiration à faciliter certaines démarches ou à éviter des procédures administratives contraignantes (24%) et la recherche d’issues judiciaires ou décisionnelles favorables (8%). Étonnamment, l’étude de l’Instance relève une faible tendance à dénoncer les actes de corruption, avec seulement 6% des entreprises ayant franchi le pas. Traduisant une profonde résignation, ce silence est alimenté par la peur des représailles et le scepticisme quant à l’efficacité des mesures de protection offertes aux lanceurs d’alerte. Cette réticence à agir est symptomatique d’un manque de confiance dans les institutions censées combattre la corruption.

Vers une stratégie renforcée pour lutter contre la corruption

Face à cette situation, l’appel à une stratégie de lutte contre la corruption plus robuste et efficace se fait plus pressant que jamais. L’Instance suggère un besoin urgent de réformes structurelles, de renforcement des mécanismes de contrôle et d’encouragement à la transparence. Pour cultiver un environnement d’affaires intègre et transparent, des actions concrètes sont nécessaires. L’instance évoque quatre pistes. Il s’agit d’initier des réformes législatives pour améliorer la transparence dans les marchés publics et faciliter l’accès à l’information publique. Réduire la bureaucratie par la simplification des procédures et la digitalisation, tout en renforçant les protections pour les dénonciateurs de corruption. Élever le niveau de préparation des entreprises contre la corruption par la formation et la sensibilisation. Offrir des outils adaptés pour mieux identifier et gérer les risques de corruption est crucial pour un secteur privé résilient. Puis favoriser un dialogue structuré entre les acteurs publics et privés pour partager des stratégies efficaces contre la corruption.
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