La ville de Trabzon, sur la rive turque de la mer Noire, a accueilli les 10 et 11 septembre le sommet sur les océans et les mers organisé par la présidence turque de la COP31, deux journées de travaux réunissant gouvernements, organisations internationales, monde universitaire, secteur privé, institutions financières et société civile. Une vingtaine de journalistes de douze pays y assistaient, dans le cadre de la troisième et dernière phase du programme international des médias «Road to COP31: Sustainable Future», placé sous l’égide de la Direction de la communication de la présidence turque et du ministère de l’Environnement, après deux journées consacrées à Ankara à la gestion des déchets. Le Groupe Le Matin est la seule rédaction marocaine invitée. La séquence s’est achevée par une visite de l’Institut central de recherche halieutique, installé au bord de la mer Noire.
Le dispositif relie deux priorités affichées par la présidence, les océans et les mers, d’une part, le Zéro déchet bleu de l’autre, prolongement maritime de l’initiative Zéro déchet portée par la Première dame turque, Emine Erdoğan. Le sommet a également donné lieu à l’Appel de Trabzon au consensus, au dialogue et à l’action, qui plaide pour une mobilisation accrue des ressources. «À l’issue de ces deux journées, nous voulons repartir avec des résultats concrets, applicables et transposables sur la route de la COP31», a déclaré le ministre de l’Environnement, de l’urbanisation et du changement climatique et président désigné de la conférence, Murat Kurum, qui s’est par ailleurs engagé à faire avancer le chantier des contributions déterminées au niveau national appliquées à l’océan. Le travail engagé à Trabzon se poursuivra à l’Assemblée générale des Nations unies, lors de la semaine climat de New York, puis à la pré-COP aux Fidji, assortie d’un volet dirigeants à Tuvalu, avant Antalya en novembre.
La présentation est faite par sa directrice, Nazlı Kasapoğlu, dans la Banque nationale des ressources génétiques aquatiques, opérationnelle depuis 2020 et unique en Turquie. Les chiffres donnent la mesure de l’archivage : une banque d’ADN de 9.200 échantillons couvrant 54 espèces, une banque de tissus de 33.713 échantillons pour 292 espèces, une collection biologique de référence internationale de 130 espèces, une vingtaine de laboratoires. Un centre de lecture d’âge y a été créé avec l’appui de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture et de la Commission générale des pêches pour la Méditerranée. Il conserve les otolithes des pays riverains de la mer Noire, ces petites concrétions calcaires de l’oreille interne qui livrent l’âge d’un poisson comme les cernes d’un arbre. Des otolithes d’anchois prélevés en 1988 y sont toujours relus aujourd’hui.
La visite se poursuit dans le musée des collections, où des tonneaux de bois, un scaphandre à casque de cuivre et des carapaces de tortues voisinent avec des dizaines de bacs de verre alignés. Un dauphin et plusieurs esturgeons y sont conservés en bocal, à côté de rayonnages de coquillages et de coraux. Le navire de recherche, un bâtiment de 28,5 mètres équipé pour le suivi acoustique des stocks, est présenté comme la fierté de la maison.
Le reste du dispositif relève du travail de fourmi. Des campagnes de chalutage de fond sont menées sur 41 stations selon un protocole commun aux pays méditerranéens, afin que les données soient comparables d’un pays à l’autre. Les stocks d’anchois, de sprat, de chinchard, de bonite et de tassergal font l’objet d’un suivi régulier, dont les résultats alimentent depuis 2013 les évaluations conduites au sein de la Commission générale des pêches pour la Méditerranée et servent à fixer des quotas régionaux. Six bouées instrumentées, dont une à Trabzon, une à Sinop, une dans le Bosphore, une dans les Dardanelles et une à Bandırma, collectent des données physiques, chimiques et biologiques. La pollution de la mer Noire orientale est mesurée sans interruption depuis quinze ans. Certaines espèces font l’objet d’une attention particulière. Les esturgeons et l’aiguillat commun, un petit requin, sont protégés et interdits à la capture. Dix aiguillats ont été équipés de balises satellitaires et acoustiques, puis relâchés vivants, pour identifier leurs habitats et leurs routes migratoires. À l’inverse, le rapana, escargot de mer arrivé de loin et devenu presque local, fait l’objet d’un suivi en tant qu’espèce envahissante.
Le dernier volet renvoie directement au fil rouge du programme de presse, celui du zéro déchet. Les rebuts de la transformation du poisson sont valorisés en gélatine, en produits enrichis en protéines et en chips de poisson. Un emballage alimentaire actif à base de nanofibres, développé à partir de gélatine de poisson et de lactoferrine, a été breveté : il prolonge de quinze jours la fraîcheur des produits à température ambiante. Quarante-six espèces ont par ailleurs été officiellement enregistrées, et le projet iFISH, consacré à l’évaluation des stocks et financé dans le cadre de l’instrument européen de préadhésion, est présenté comme le mieux doté du secteur de la pêche dans le pays.
Reste la leçon du déplacement. Ce que la présidence turque veut mettre en réseau à l’échelle de la planète, partage de connaissances, inventaire cartographié, mise en relation des projets et des financements, existe déjà ici, à petite échelle, sur une seule mer et depuis près de quarante ans. La difficulté d’Antalya ne sera pas d’inventer la méthode, mais de la transposer.
Une plateforme mondiale contre les déchets marins
L’annonce principale du sommet porte sur la création de la Plateforme d’action contre les déchets marins de la COP31. Le constat qui la fonde est celui d’un éparpillement. Des pays et des organisations agissent déjà contre les déchets en mer, mais les connaissances, les approches qui fonctionnent et les possibilités de financement restent dispersées. La plateforme entend combler cet écart selon trois axes, un réseau d’échange des projets et des approches techniques, un tableau de bord numérique dressant un inventaire cartographié des actions menées d’un pays à l’autre, et une mise en relation des porteurs de projets avec les appuis financiers et techniques.Le dispositif relie deux priorités affichées par la présidence, les océans et les mers, d’une part, le Zéro déchet bleu de l’autre, prolongement maritime de l’initiative Zéro déchet portée par la Première dame turque, Emine Erdoğan. Le sommet a également donné lieu à l’Appel de Trabzon au consensus, au dialogue et à l’action, qui plaide pour une mobilisation accrue des ressources. «À l’issue de ces deux journées, nous voulons repartir avec des résultats concrets, applicables et transposables sur la route de la COP31», a déclaré le ministre de l’Environnement, de l’urbanisation et du changement climatique et président désigné de la conférence, Murat Kurum, qui s’est par ailleurs engagé à faire avancer le chantier des contributions déterminées au niveau national appliquées à l’océan. Le travail engagé à Trabzon se poursuivra à l’Assemblée générale des Nations unies, lors de la semaine climat de New York, puis à la pré-COP aux Fidji, assortie d’un volet dirigeants à Tuvalu, avant Antalya en novembre.
Ce que la mer Noire archive depuis 1987
Le lendemain, le programme conduit les journalistes à quelques kilomètres du centre-ville, sur un campus posé face à la mer, entre cyprès et bassins circulaires en béton. Créé en 1987 et rattaché à la Direction générale de la recherche et des politiques agricoles du ministère turque de l’Agriculture et des forêts, l’Institut central de recherche halieutique couvre l’ensemble du pays, avec la mer Noire pour terrain principal.La présentation est faite par sa directrice, Nazlı Kasapoğlu, dans la Banque nationale des ressources génétiques aquatiques, opérationnelle depuis 2020 et unique en Turquie. Les chiffres donnent la mesure de l’archivage : une banque d’ADN de 9.200 échantillons couvrant 54 espèces, une banque de tissus de 33.713 échantillons pour 292 espèces, une collection biologique de référence internationale de 130 espèces, une vingtaine de laboratoires. Un centre de lecture d’âge y a été créé avec l’appui de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture et de la Commission générale des pêches pour la Méditerranée. Il conserve les otolithes des pays riverains de la mer Noire, ces petites concrétions calcaires de l’oreille interne qui livrent l’âge d’un poisson comme les cernes d’un arbre. Des otolithes d’anchois prélevés en 1988 y sont toujours relus aujourd’hui.
La visite se poursuit dans le musée des collections, où des tonneaux de bois, un scaphandre à casque de cuivre et des carapaces de tortues voisinent avec des dizaines de bacs de verre alignés. Un dauphin et plusieurs esturgeons y sont conservés en bocal, à côté de rayonnages de coquillages et de coraux. Le navire de recherche, un bâtiment de 28,5 mètres équipé pour le suivi acoustique des stocks, est présenté comme la fierté de la maison.
Un degré de plus et des stocks qui bougent
C’est dans la séance de questions que tombe le chiffre le plus parlant. Interrogée sur les effets du réchauffement, la directrice répond que la température des eaux turques a augmenté d’un peu plus d’un degré et que cette hausse se répercute déjà sur les stocks, suivis en continu. Elle précise que l’institut ne mène pas encore d’étude consacrée au cycle du carbone, la présence d’une couche d’hydrogène sulfuré en profondeur dans la mer Noire concentrant les travaux sur les couches supérieures.Le reste du dispositif relève du travail de fourmi. Des campagnes de chalutage de fond sont menées sur 41 stations selon un protocole commun aux pays méditerranéens, afin que les données soient comparables d’un pays à l’autre. Les stocks d’anchois, de sprat, de chinchard, de bonite et de tassergal font l’objet d’un suivi régulier, dont les résultats alimentent depuis 2013 les évaluations conduites au sein de la Commission générale des pêches pour la Méditerranée et servent à fixer des quotas régionaux. Six bouées instrumentées, dont une à Trabzon, une à Sinop, une dans le Bosphore, une dans les Dardanelles et une à Bandırma, collectent des données physiques, chimiques et biologiques. La pollution de la mer Noire orientale est mesurée sans interruption depuis quinze ans. Certaines espèces font l’objet d’une attention particulière. Les esturgeons et l’aiguillat commun, un petit requin, sont protégés et interdits à la capture. Dix aiguillats ont été équipés de balises satellitaires et acoustiques, puis relâchés vivants, pour identifier leurs habitats et leurs routes migratoires. À l’inverse, le rapana, escargot de mer arrivé de loin et devenu presque local, fait l’objet d’un suivi en tant qu’espèce envahissante.
Du rebut de poisson au brevet
L’établissement produit aussi. Turbot, esturgeon et truite de la mer Noire y sont élevés, moins pour le marché que pour soutenir des stocks naturels en recul. Chaque année, 10.000 turbots sont relâchés dans la baie d’Izmit dans le cadre d’un protocole passé avec la municipalité de Kocaeli, et 5.000 esturgeons sont remis à l’eau. «Nous ne nous contentons pas de les relâcher, nous les marquons et nous déterminons leurs routes migratoires», résume l’institut, qui dispose désormais d’une marque nationale de caviar.Le dernier volet renvoie directement au fil rouge du programme de presse, celui du zéro déchet. Les rebuts de la transformation du poisson sont valorisés en gélatine, en produits enrichis en protéines et en chips de poisson. Un emballage alimentaire actif à base de nanofibres, développé à partir de gélatine de poisson et de lactoferrine, a été breveté : il prolonge de quinze jours la fraîcheur des produits à température ambiante. Quarante-six espèces ont par ailleurs été officiellement enregistrées, et le projet iFISH, consacré à l’évaluation des stocks et financé dans le cadre de l’instrument européen de préadhésion, est présenté comme le mieux doté du secteur de la pêche dans le pays.
Reste la leçon du déplacement. Ce que la présidence turque veut mettre en réseau à l’échelle de la planète, partage de connaissances, inventaire cartographié, mise en relation des projets et des financements, existe déjà ici, à petite échelle, sur une seule mer et depuis près de quarante ans. La difficulté d’Antalya ne sera pas d’inventer la méthode, mais de la transposer.
