Menu
Search
Lundi 25 Mai 2026
S'abonner
close

Eau et assainissement : l’expertise du Maroc accompagne les aspirations des pays africains

Soixante-trois ans après la création de l'Organisation de l'unité africaine, le continent célèbre ce 25 mai sa Journée sous un thème qui condense à lui seul les urgences du moment, à savoir l'eau et l'assainissement. Au cœur de cet agenda, le Royaume déploie, de Nouakchott à Yaoundé, en passant par Conakry ou Bamako une diplomatie technique qui s’inscrit dans la droite ligne de la doctrine prônée par Sa Majesté le Roi en matière de coopération entre pays africains, dont le cadre paradigmatique a été tracé dans le célèbre discours prononcé à Abidjan en 2014 à l’occasion de la visite du Souverain en Côte d’Ivoire. «La coopération, hier basée sur la relation de confiance et les liens historiques, est, aujourd'hui, de plus en plus fondée sur l'efficacité, la performance et la crédibilité. L'efficacité donne toujours ses fruits. Elle est le gage de résultats tangibles, de progrès mesurables et de capacité à répondre aux attentes. Elle garantit la qualité et génère la confiance. La crédibilité veut que les richesses de notre continent bénéficient, en premier lieu, aux peuples africains. Cela suppose que la coopération Sud-Sud soit au cœur de leurs partenariats économiques», avait insisté S.M. le Roi à cette occasion.

No Image
Sur la façade de béton brun du siège de l'Union africaine à Addis-Abeba, les drapeaux pavoisent le bâtiment comme chaque 25 mai. Discours dans les chancelleries, conférences-débats dans les universités, programmes spéciaux sur les chaînes publiques, banquets dans les ambassades... le rituel de la Journée de l'Afrique est connu. Soixante-trois ans après la création, dans cette même capitale, de l'Organisation de l'unité africaine, le continent rejoue chaque année ses indépendances et son panafricanisme. Mais derrière la solennité de la commémoration, un mot ordinaire s'impose à l'agenda 2026, plus pressant que la dette, plus immédiat que la paix au Sahel, plus terre-à-terre que les grandes envolées doctrinales : l'eau. Le thème, adopté le 14 février dernier lors de la 39e session ordinaire de l'Assemblée de l'Union «Assurer une disponibilité durable de l'eau et des systèmes d'assainissement sûrs pour réaliser les objectifs de l'Agenda 2063», a la sobriété de l'évidence et la lourdeur d'un constat différé.

C'est ce constat que vient consacrer le message publié ce 25 mai par le Secrétaire général des Nations unies. «En cette Journée de l'Afrique, nous célébrons les multiples atouts, la résilience et le potentiel du continent», écrit António Guterres, avant d'en venir au cœur de son propos : sur le continent, des «millions de personnes (...), en particulier des femmes et des jeunes, n'ont toujours pas accès à ces services essentiels» que sont l'eau potable et l'assainissement, «en raison de la faiblesse des investissements, de l'insuffisance ou de l'inexistence des infrastructures et de l'intensification des effets des changements climatiques». Pour y remédier, le Secrétaire général appelle la communauté internationale à davantage de «solidarité» envers les pays africains, via le financement, l'allègement de la dette et les partenariats public-privé.

Une coopération qui se déploie déjà sur le terrain

Sur ce dernier registre, le Maroc n'a pas attendu l'agenda multilatéral. Depuis Rabat, l'Office national de l'électricité et de l'eau potable (ONEE) a engagé en avril dernier la mise en œuvre d'un programme dédié à la qualité de l'eau en Afrique, conçu avec l'Agence française de développement (AFD) au terme d'un mémorandum signé en décembre 2025. Trois opérateurs sont déjà associés : la SONES au Sénégal, la SNDE en Mauritanie et CAMWATER au Cameroun. Le dispositif, qui se déclinera en plusieurs phases jusqu'à septembre 2026, vise à transférer le savoir-faire marocain en matière de contrôle qualité, un enjeu critique à l'heure où la pression climatique et démographique fragilise simultanément la ressource et les réseaux africains. Pour son directeur général, Tarik Hammane, l'initiative «s'inscrit pleinement dans l'Initiative Royale visant à faciliter l'accès des pays du Sahel à l'océan Atlantique». L'Office capitalise par ailleurs sur des partenariats antérieurs en Guinée-Conakry, au Burkina Faso et au Mali. Le maillon technique de cette stratégie est l'Institut international de l'eau et de l'assainissement (IEA), basé à Rabat, qualifié de «centre d'excellence reconnu» par l'Office. Côté français, Catherine Bonnaud, directrice de l'AFD au Maroc, voit dans le Royaume «une source d'inspiration en Afrique» et salue «la volonté politique» qui sous-tend la démarche.

Une diplomatie de l'eau adossée à un chantier intérieur

Si le Maroc peut prétendre à ce magistère technique, c'est qu'il s'est imposé à lui-même un cadre d'investissement sans précédent. Lancé sous le Sceau Royal en janvier 2020, le Programme national d'approvisionnement en eau potable et d'irrigation (PNAEPI 2020-2027) totalise aujourd'hui une enveloppe de 150 milliards de dirhams, après deux revalorisations successives. Le Royaume compte 156 grands barrages d'une capacité cumulée de 20,8 milliards de mètres cubes, complétés par un parc en cours d'extension de stations de dessalement de l'eau de mer. L'objectif fixé est de porter la production dessalée à 1,7 milliard de m³ à l'horizon 2030. Le chantier emblématique de cette stratégie monte en puissance cette année à Lamharza Essahel, près d'El Jadida. La future station de dessalement de Casablanca, dont la première phase doit entrer en service fin 2026, est appelée à devenir la plus grande unité du continent africain, avec une capacité à terme de 300 millions de m³ par an. S'y ajoute le Programme national d'assainissement liquide mutualisé et de réutilisation des eaux usées traitées, qui vise à l'horizon 2040 un taux de raccordement urbain de 95% et la valorisation annuelle de 573 millions de m³ d'eaux usées traitées.

Une Vision Royale prolongée jusqu'au Sahel

Sous le règne de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, le Royaume a fait de la coopération hydrique un fil de sa doctrine africaine, celle du co-développement énoncée à Abidjan en 2014, où le Souverain affirmait que «l'Afrique doit faire confiance à l'Afrique». L'Initiative atlantique, annoncée en novembre 2023, prolonge ce mouvement en proposant aux États enclavés du Sahel, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad, un accès à l'océan via les infrastructures portuaires marocaines. Sa dimension hydrique, encore en construction, dialogue avec l'engagement déjà éprouvé du Groupe OCP, devenu premier fournisseur d'engrais du continent et acteur direct de la sécurité alimentaire africaine.

L'écho avec l'appel onusien au financement n'est pas fortuit. En octobre 2023, en marge des Assemblées annuelles Banque mondiale-FMI tenues à Marrakech, quarante-huit pays africains adoptaient, à l'initiative du Royaume, la «Déclaration de Marrakech», plaidant pour «une architecture financière mondiale plus équitable et plus propice au développement de l'Afrique». Le texte fixait déjà les leviers que le Secrétaire général reprend à son compte : financements accrus, transfert d'expertise, mobilisation des capitaux privés pour résorber le déficit d'infrastructures continental.

Une famille institutionnelle retrouvée

L'engagement africain du Royaume ne date pas de la séquence hydrique. Dès les années 1960, le Maroc se range aux côtés des mouvements de libération du continent, met sa diplomatie et ses moyens au service des décolonisations en cours, accueille dans ses universités et ses instituts plusieurs milliers de jeunes Africains appelés à former les cadres de leurs pays. Le départ du Royaume de l'Organisation de l'unité africaine, en 1984, n'a jamais valu retrait du continent. Bien au contraire : depuis l'accession au Trône de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, le rythme des engagements s'est intensifié. Près de mille accords signés avec les pays africains depuis l'an 2000, soit près du double des 515 conclus entre 1956 et 1999, et 46 visites Royales dans 25 pays témoignent d'une diplomatie de proximité méthodiquement déployée.

Le retour à l'Union africaine, scellé le 30 janvier 2017 à Addis-Abeba lors du 28e Sommet, a opéré le passage du bilatéralisme historique à un multilatéralisme africain actif. «Il est beau, le jour où l'on rentre chez soi, après une trop longue absence !», lançait alors le Souverain devant l'Assemblée des Chefs d'État. Depuis, le Royaume a accompli deux mandats au Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l'Union y défendant une approche articulant développement, sécurité et gouvernance. Le poids économique a suivi le pas : le Maroc est aujourd'hui le deuxième investisseur africain sur le continent et le premier en Afrique de l'Ouest, les deux tiers de ses investissements directs à l'étranger étant orientés vers les pays africains.

À l'heure où l'Union africaine fait de la sécurité hydrique le pivot de son année 2026 et prépare une voix continentale unifiée pour la Conférence des Nations unies sur l'eau, le Royaume dispose ainsi d'une bibliothèque d'expériences à partager : barrages, dessalement, qualité de l'eau, assainissement, réutilisation des eaux usées. «Le Maroc ne cherche pas à acquérir le leadership en Afrique», rappelait Sa Majesté le Roi Mohammed VI devant le 28e Sommet de l'Union. «C'est à l'Afrique qu'il cherche à donner le leadership.» La question, soulevée en filigrane par le message du Secrétaire général de l'ONU, n'est plus seulement de savoir où trouver l'eau. Elle est de savoir qui sait, durablement, la rendre accessible, et avec qui.
Lisez nos e-Papers