La rencontre organisée le 17 février à Casablanca par l’Alliance des économistes istiqlaliens (AEI) avait certes pour ambition affichée de réfléchir au système d’éducation et de formation, mais elle a surtout abordé une interrogation plus profonde sur le moment que traverse le pays. Derrière les diagnostics sectoriels, les prises de parole ont progressivement dessiné une même préoccupation : comment reconstruire un horizon crédible pour la jeunesse dans un contexte où l’investissement éducatif, les mutations économiques et les attentes sociales semblent avancer à des rythmes dissonants. L’éducation est ainsi apparue moins comme un thème autonome que comme le point de convergence de questions liées à la confiance, à la mobilité sociale et à la capacité des institutions à traduire les intentions en résultats tangibles.
L’éducation comme point d’entrée d’un récit politique renouvelé
Ouvrant les travaux, Abdellatif Maâzouz, président de l’AEI, a mis en avant l’importance de la thématique choisie. Pour lui, commencer ce cycle par l’éducation et la jeunesse relevait d’un choix structurant : c’est à travers elles que peut se reconstruire un lien de confiance entre citoyens et institutions. La réflexion s’inscrit, selon lui, dans une dynamique plus large, marquée par l’élaboration d’une charte nationale avec la jeunesse et par la volonté d’ouvrir le débat au-delà des cercles partisans. L’éducation y apparaît comme un espace de convergence entre citoyenneté, dignité sociale et préparation aux mutations économiques.
À travers cette approche, il s’agit moins d’envisager l’école comme un chantier isolé que comme un levier permettant d’accompagner les grandes transformations du pays, notamment dans un contexte marqué par des échéances internationales majeures et par la nécessité de renforcer les compétences nationales dans une perspective continentale et globale. Mais cette ambition stratégique a rapidement rencontré une interrogation plus structurelle : quelles sont, concrètement, les conditions nécessaires pour que ces intentions se traduisent en transformations effectives ?
À travers cette approche, il s’agit moins d’envisager l’école comme un chantier isolé que comme un levier permettant d’accompagner les grandes transformations du pays, notamment dans un contexte marqué par des échéances internationales majeures et par la nécessité de renforcer les compétences nationales dans une perspective continentale et globale. Mais cette ambition stratégique a rapidement rencontré une interrogation plus structurelle : quelles sont, concrètement, les conditions nécessaires pour que ces intentions se traduisent en transformations effectives ?
Le diagnostic structurel : une question de pilotage plus que de moyens
C’est dans ce contexte que l’intervention de Hamid Bouchikhi, professeur universitaire, a été d’une pertinence lucide. Rebondissant sur les données financières évoquées durant les échanges, il a rappelé que l’effort national consacré à l’éducation était particulièrement élevé. Selon lui, si l’on intègre l’ensemble des dépenses publiques, les budgets sectoriels ainsi que la contribution directe des familles, le niveau d’investissement atteint des proportions comparables à celles observées dans plusieurs pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Selon lui, près de 130 milliards sont consacrés à l’éducation, incluant l’enseignement scolaire, l’enseignement supérieur, la recherche et la formation professionnelle. Pourtant, malgré cet engagement financier massif, une perception largement répandue continue de présenter le système éducatif comme négligé ou insuffisamment soutenu. Ce décalage entre réalité budgétaire et perception sociale constitue, selon lui, un signal préoccupant.
Son constat est direct : le Maroc a réussi la massification de l’accès à l’éducation, mais au prix d’un affaiblissement de la qualité perçue. Plus encore, il estime que la difficulté principale ne réside pas dans l’insuffisance des moyens, mais dans l’absence d’un véritable management stratégique. Pour un système mobilisant des ressources aussi importantes, il devrait exister des objectifs clairement définis, des mécanismes d’évaluation rigoureux, une responsabilisation des acteurs et un pilotage fondé sur la performance.
Revenant sur les différentes vagues de réforme, de la Charte nationale de l’éducation à la vision stratégique 2015-2030 en passant par le plan d’urgence, il considère que les orientations existent, mais que leur mise en œuvre reste insuffisante. À ses yeux, des ajustements progressifs ne suffiront plus : le système serait arrivé à un stade nécessitant des transformations structurelles plus audacieuses. Parmi les pistes évoquées figurent notamment l’application du principe de subsidiarité dans la gouvernance éducative, une autonomie accrue des établissements scolaires, un renforcement du rôle des chefs d’établissement en tant que véritables managers, ainsi qu’une réflexion sur les modes de financement et sur l’implication éventuelle de nouveaux acteurs dans la gestion du service public éducatif.
Son constat est direct : le Maroc a réussi la massification de l’accès à l’éducation, mais au prix d’un affaiblissement de la qualité perçue. Plus encore, il estime que la difficulté principale ne réside pas dans l’insuffisance des moyens, mais dans l’absence d’un véritable management stratégique. Pour un système mobilisant des ressources aussi importantes, il devrait exister des objectifs clairement définis, des mécanismes d’évaluation rigoureux, une responsabilisation des acteurs et un pilotage fondé sur la performance.
Revenant sur les différentes vagues de réforme, de la Charte nationale de l’éducation à la vision stratégique 2015-2030 en passant par le plan d’urgence, il considère que les orientations existent, mais que leur mise en œuvre reste insuffisante. À ses yeux, des ajustements progressifs ne suffiront plus : le système serait arrivé à un stade nécessitant des transformations structurelles plus audacieuses. Parmi les pistes évoquées figurent notamment l’application du principe de subsidiarité dans la gouvernance éducative, une autonomie accrue des établissements scolaires, un renforcement du rôle des chefs d’établissement en tant que véritables managers, ainsi qu’une réflexion sur les modes de financement et sur l’implication éventuelle de nouveaux acteurs dans la gestion du service public éducatif.
Recul de la participation politique et associative
Si l’intervention de Hamid Bouchikhi a déplacé le regard vers les insuffisances du système éducatif et les conditions de sa transformation, elle a aussi ouvert, en creux, une interrogation plus sensible : comment ces enjeux structurels se traduisent-ils dans l’expérience concrète des jeunes ? C’est précisément dans cet espace, entre architecture institutionnelle et vécu générationnel, que s’inscrit la contribution de Khalid El Jazouli, membre de l’Académie istiqlalienne des jeunes.
Revenant sur la genèse du pacte pour la jeunesse, il a décrit une démarche construite à partir d’un travail de terrain étendu, ayant mobilisé plus de 15.000 jeunes dans plus de 500 communes. De là émerge un paradoxe révélateur : alors même que le pays traverse des transformations économiques porteuses d’opportunités – essor industriel, transition vers l’économie verte, mutations numériques – une partie de la jeunesse exprime une distance croissante vis-à-vis de l’avenir. Chômage persistant, tentation migratoire, recul de la participation politique et associative : autant de signes d’un rapport fragilisé aux promesses collectives. Dès lors, le pacte proposé ambitionne de rompre avec cette posture d’attente en réhabilitant l’initiative et en encourageant une implication directe des jeunes dans la conception et la mise en œuvre des réponses.
Revenant sur la genèse du pacte pour la jeunesse, il a décrit une démarche construite à partir d’un travail de terrain étendu, ayant mobilisé plus de 15.000 jeunes dans plus de 500 communes. De là émerge un paradoxe révélateur : alors même que le pays traverse des transformations économiques porteuses d’opportunités – essor industriel, transition vers l’économie verte, mutations numériques – une partie de la jeunesse exprime une distance croissante vis-à-vis de l’avenir. Chômage persistant, tentation migratoire, recul de la participation politique et associative : autant de signes d’un rapport fragilisé aux promesses collectives. Dès lors, le pacte proposé ambitionne de rompre avec cette posture d’attente en réhabilitant l’initiative et en encourageant une implication directe des jeunes dans la conception et la mise en œuvre des réponses.
La reconstruction de la confiance comme horizon politique
À ce stade des échanges, le débat ne se limitait plus à la question des moyens ni même à celle du pilotage. Il glissait vers une question plus fondamentale : quel récit collectif peut encore donner sens à l’effort éducatif ? C’est dans cette perspective que Nizar Baraka, secrétaire général du Parti de l’Istiqlal, a replacé la discussion sur un terrain plus large, celui du lien entre éducation, projet national et confiance sociale.
Selon lui, les nations ne se construisent pas uniquement à travers les infrastructures ou la croissance économique, mais d’abord par le savoir, la culture et la formation de citoyens capables d’assumer leur rôle dans la transformation du pays. Revenir à l’éducation, c’est donc revenir à une question politique centrale : la capacité du système à offrir des perspectives crédibles à une génération confrontée à des incertitudes croissantes. Il a ainsi évoqué une crise de confiance qui dépasse le cadre scolaire. De nombreux jeunes s’interrogent sur la valeur réelle de leur parcours éducatif face aux difficultés d’insertion professionnelle, malgré les investissements importants consentis par les familles et par l’État. Cette tension, selon lui, fragilise le rapport à l’avenir et impose de repenser le pacte entre formation, mobilité sociale et dignité.
Tout en rappelant les progrès enregistrés – notamment l’extension du préscolaire, l’amélioration de certains indicateurs éducatifs et le rôle du capital humain dans les secteurs industriels émergents –, il a insisté sur les contradictions persistantes : chômage élevé des jeunes, inadéquation entre certaines formations et les besoins économiques, sentiment d’incertitude quant aux perspectives offertes. Dès lors, la réforme éducative ne peut être envisagée isolément. Elle doit participer à une reconstruction plus globale de la confiance, articulée autour de l’égalité des chances, de la valorisation de la formation professionnelle, de l’apprentissage tout au long de la vie et de l’intégration des mutations technologiques, notamment liées au numérique et à l’intelligence artificielle.
Selon lui, les nations ne se construisent pas uniquement à travers les infrastructures ou la croissance économique, mais d’abord par le savoir, la culture et la formation de citoyens capables d’assumer leur rôle dans la transformation du pays. Revenir à l’éducation, c’est donc revenir à une question politique centrale : la capacité du système à offrir des perspectives crédibles à une génération confrontée à des incertitudes croissantes. Il a ainsi évoqué une crise de confiance qui dépasse le cadre scolaire. De nombreux jeunes s’interrogent sur la valeur réelle de leur parcours éducatif face aux difficultés d’insertion professionnelle, malgré les investissements importants consentis par les familles et par l’État. Cette tension, selon lui, fragilise le rapport à l’avenir et impose de repenser le pacte entre formation, mobilité sociale et dignité.
Tout en rappelant les progrès enregistrés – notamment l’extension du préscolaire, l’amélioration de certains indicateurs éducatifs et le rôle du capital humain dans les secteurs industriels émergents –, il a insisté sur les contradictions persistantes : chômage élevé des jeunes, inadéquation entre certaines formations et les besoins économiques, sentiment d’incertitude quant aux perspectives offertes. Dès lors, la réforme éducative ne peut être envisagée isolément. Elle doit participer à une reconstruction plus globale de la confiance, articulée autour de l’égalité des chances, de la valorisation de la formation professionnelle, de l’apprentissage tout au long de la vie et de l’intégration des mutations technologiques, notamment liées au numérique et à l’intelligence artificielle.
Réhabilitation du capital humain
Adoptant un ton plus direct, Ryad Mezzour, membre de l’Alliance des économistes istiqlaliens, a choisi de renverser la perspective. Observant le système éducatif depuis l’écosystème industriel et commercial, il a estimé que les critiques adressées à l’éducation marocaine montraient souvent une sévérité excessive. Selon lui, le véritable problème tient moins à la qualité des compétences produites qu’à un discours collectif d’autodénigrement susceptible d’affaiblir la confiance des jeunes. S’appuyant sur l’expérience des investisseurs internationaux, il a souligné que les compétences marocaines démontrent une productivité et une adaptabilité reconnues dans les chaînes industrielles mondiales.
Ce regard extérieur conduit à poser une question implicite : le déficit de confiance n’est-il pas en partie alimenté par le récit que la société construit sur elle-même ? À mesure que les interventions se répondaient, une ligne de tension s’est dessinée. D’un côté, un discours politique orienté vers la reconstruction de la confiance, la mobilisation de la jeunesse et la valorisation du capital humain. De l’autre, une interrogation plus technique mais décisive : la transformation du système peut-elle réellement advenir sans une refonte de son système de pilotage ?
