Il est rare qu'un responsable partisan accepte de parler avec cette franchise. Encore plus rare qu'il le fasse en nommant les pratiques qu'il entend combattre. Notre interlocuteur, membre du comité exécutif du Parti de l'Istiqlal préférant garder l'anonymat, n'a pas usé de précautions oratoires particulières pour livrer l'essentiel : le parti a fait un choix, celui de construire son programme électoral de bas en haut, avec les citoyens et notamment avec les jeunes, plutôt que de négocier des places sur des listes à coups de carnets de chèques.
La méthode avant les noms
La première rupture revendiquée est méthodologique. Et elle est explicitement dirigée contre une tendance lourde que notre source identifie sans ambiguïté. «Nous ne sommes pas dans la logique de ceux qui affirment avoir déjà identifié environ 90% de leurs candidats. Nous considérons que c'est une approche qui n'est pas réaliste», affirme ce membre du comité exécutif. Sous-entendu : les partis qui communiquent sur des listes quasi bouclées des mois avant le scrutin font de la politique à l'envers – les noms d'abord, le programme ensuite, les citoyens en dernier.
L'Istiqlal revendique l'ordre inverse. Le programme, d'abord. Les candidats, comme conséquence. «L'objectif est de présenter un programme électoral cohérent et crédible, qui ne soit pas une simple théorie mais une feuille de route concrète», explique notre interlocuteur. Une feuille de route qui intègre, dès sa conception, une exigence peu commune dans les discours partisans : la pérennité. «Le programme doit pouvoir être poursuivi efficacement par les successeurs pour éviter toute rupture dans l'action publique». Ce souci de continuité, penser l'action publique au-delà d'un mandat, traduit une conception de la gouvernance que le parti entend désormais inscrire dans sa signature politique.
L'Istiqlal revendique l'ordre inverse. Le programme, d'abord. Les candidats, comme conséquence. «L'objectif est de présenter un programme électoral cohérent et crédible, qui ne soit pas une simple théorie mais une feuille de route concrète», explique notre interlocuteur. Une feuille de route qui intègre, dès sa conception, une exigence peu commune dans les discours partisans : la pérennité. «Le programme doit pouvoir être poursuivi efficacement par les successeurs pour éviter toute rupture dans l'action publique». Ce souci de continuité, penser l'action publique au-delà d'un mandat, traduit une conception de la gouvernance que le parti entend désormais inscrire dans sa signature politique.
«Moul Chkara» : le mot est lâché
C'est sur la question des candidatures que la source proche de la direction du parti se montre la plus tranchante. Et la plus directe. Le phénomène du candidat «à la sacoche» – le profil qui achète sa place sur les listes électorales grâce à la solidité de son carnet de chèques – est nommément visé et rejeté. «La sélection ne doit en aucun cas reposer sur l'influence financière des individus», martèle notre interlocuteur.
Cette prise de position publique – même anonyme – n'est pas anodine. Elle intervient dans un contexte où les réformes du Code électoral posent précisément la question du financement des campagnes et de la transparence des candidatures. Pour l'Istiqlal, la réponse ne passe pas uniquement par la loi, mais d'abord par l'autodiscipline interne. Le parti se dote à cet effet de procédures formalisées, désignées sous le terme de «Masatir», destinées à encadrer le processus de désignation et à garantir que les candidats retenus incarnent «les valeurs du parti et sa vision pour les années à venir». Le mérite, la compétence et l'intégrité sont affichés comme les seuls critères de sélection. Une ambition que les faits, seuls, pourront confirmer ou infirmer.
La jeunesse : actrice, pas spectatrice
Au cœur de cette architecture programmatique, la jeunesse occupe une place que le parti revendique comme centrale et qu'il s'emploie à rendre opérationnelle. Notre source est précise sur ce point : la démarche ne se limite pas à des déclarations d'intention. Des sessions d'écoute structurées sont organisées pour capter les préoccupations des jeunes sur des sujets qu'ils considèrent eux-mêmes comme prioritaires : la corruption, l'éducation, la santé. «Les jeunes ne sont pas de simples spectateurs ; ils sont invités à proposer des mesures concrètes et des solutions pour résoudre les problèmes actuels», souligne ce membre du comité exécutif.
Plus significatif encore : le parti entend accompagner activement les jeunes qui nourrissent des ambitions politiques, pour les «porter comme candidats aux prochaines élections». Ce n'est plus seulement une question de symbolique générationnelle. C'est, si l'on en croit notre source, une véritable stratégie de renouvellement de l'offre politique, pensée dans la durée. Dans ce sens, elle nous rappelle le lancement des rencontres thématiques régionales 2026, placées sous le thème : «Renforcer la confiance et préserver la dignité – Plan d’action 2026-2035 : système d’éducation et de formation pour un pacte de confiance et de citoyenneté avec les jeunes».
Cette rencontre thématique, lancée la semaine dernière à Casablanca et qui a été présidée par le secrétaire général du parti, Nizar Baraka, est venue donner corps à cette ambition. À cette occasion, le secrétaire général a rappelé que 15.000 jeunes issus des différentes régions du Royaume avaient d'ores et déjà contribué au diagnostic et à la formulation de propositions concrètes, dans le cadre du Pacte du 11 janvier pour la jeunesse. Un chiffre qui donne une mesure de l'ampleur du dispositif participatif mis en place.
Plus significatif encore : le parti entend accompagner activement les jeunes qui nourrissent des ambitions politiques, pour les «porter comme candidats aux prochaines élections». Ce n'est plus seulement une question de symbolique générationnelle. C'est, si l'on en croit notre source, une véritable stratégie de renouvellement de l'offre politique, pensée dans la durée. Dans ce sens, elle nous rappelle le lancement des rencontres thématiques régionales 2026, placées sous le thème : «Renforcer la confiance et préserver la dignité – Plan d’action 2026-2035 : système d’éducation et de formation pour un pacte de confiance et de citoyenneté avec les jeunes».
Cette rencontre thématique, lancée la semaine dernière à Casablanca et qui a été présidée par le secrétaire général du parti, Nizar Baraka, est venue donner corps à cette ambition. À cette occasion, le secrétaire général a rappelé que 15.000 jeunes issus des différentes régions du Royaume avaient d'ores et déjà contribué au diagnostic et à la formulation de propositions concrètes, dans le cadre du Pacte du 11 janvier pour la jeunesse. Un chiffre qui donne une mesure de l'ampleur du dispositif participatif mis en place.
Baraka et la question qui fâche
Nizar Baraka, ce jour-là, n'a pas esquivé les données inconfortables. Devant les membres du comité exécutif, les ministres et les militants réunis à Casablanca, il a posé frontalement la question que la jeunesse marocaine se pose : «L'éducation que nous recevons nous garantit-elle la dignité que nous espérons ?» Une interrogation qui concentre, à elle seule, la défiance d'une génération à l'égard d'un système qu'elle finance par ses efforts sans toujours en récolter les fruits.
Les chiffres qu'il a mis sur la table ne laissent pas de place à l'autosatisfaction. Le Maroc consacre plus de 6,5% de son PIB à l'éducation, un effort que peu de pays en développement peuvent se targuer de fournir. Pourtant, près de 1,5 million de jeunes demeurent hors de tout système d'éducation, de formation ou d'emploi. L'écart entre les mondes rural et urbain reste criant : 3,2 années de scolarisation en moyenne dans les campagnes, contre 7,9 en milieu urbain. «La confiance ne se décrète pas, elle se construit par les résultats», a martelé M. Baraka, dans une formulation qui valait autant comme diagnostic que comme engagement.
Les chiffres qu'il a mis sur la table ne laissent pas de place à l'autosatisfaction. Le Maroc consacre plus de 6,5% de son PIB à l'éducation, un effort que peu de pays en développement peuvent se targuer de fournir. Pourtant, près de 1,5 million de jeunes demeurent hors de tout système d'éducation, de formation ou d'emploi. L'écart entre les mondes rural et urbain reste criant : 3,2 années de scolarisation en moyenne dans les campagnes, contre 7,9 en milieu urbain. «La confiance ne se décrète pas, elle se construit par les résultats», a martelé M. Baraka, dans une formulation qui valait autant comme diagnostic que comme engagement.
Un bilan à assumer, un programme à construire
La stratégie électorale de l'Istiqlal repose, selon notre source proche de la direction du parti, sur un double mouvement assumé. D'abord, présenter «sereinement et factuellement» le bilan des ministres istiqlaliens dans le gouvernement actuel. Ensuite, projeter un programme ancré dans les attentes réelles des citoyens, telles qu'elles ont été captées lors des sessions d'écoute et des rencontres régionales. L'un ne va pas sans l'autre : la crédibilité du futur programme se nourrit de la solidité du bilan passé.
Ce pari sur la continuité et la cohérence tranche avec une tendance bien ancrée dans la culture politique marocaine : celle qui consiste à se démarquer de son propre bilan gouvernemental dès que le vent électoral tourne. L'Istiqlal, en assumant publiquement la défense de l'action de ses ministres, joue une carte risquée mais lisible. «La préoccupation majeure est la pérennité des chantiers», résume notre interlocuteur du comité exécutif. Horizon affiché : non pas le seul scrutin de 2026, mais la décennie 2026-2035 que le parti a inscrite dans l'intitulé même de ses rencontres thématiques régionales.
Ce pari sur la continuité et la cohérence tranche avec une tendance bien ancrée dans la culture politique marocaine : celle qui consiste à se démarquer de son propre bilan gouvernemental dès que le vent électoral tourne. L'Istiqlal, en assumant publiquement la défense de l'action de ses ministres, joue une carte risquée mais lisible. «La préoccupation majeure est la pérennité des chantiers», résume notre interlocuteur du comité exécutif. Horizon affiché : non pas le seul scrutin de 2026, mais la décennie 2026-2035 que le parti a inscrite dans l'intitulé même de ses rencontres thématiques régionales.
