À quelques semaines d'une échéance électorale qualifiée de «décisive», le Parti du progrès et du socialisme a convoqué samedi son Comité central dans une atmosphère «empreinte d'enthousiasme militant et d'engagement partisan responsable», pour reprendre les termes du communiqué officiel. La huitième session de cette instance dirigeante s'est tenue dans le respect des délais statutaires – la session précédente remontant au 20 décembre dernier – et conformément aux dispositions qui lui confèrent la prérogative de la validation des investitures. Le calendrier, lui, est sans appel. Le 23 septembre 2026 est à portée de campagne.
Les 80 candidats sous le feu des projecteurs
C'est Azouz Senhaji, responsable des élections au sein du PPS et surnommé en interne «Monsieur élection», qui a exposé la mécanique de validation devant les membres du comité central. La procédure est balisée : les sections locales examinent les dossiers, transmettent leurs procès-verbaux au bureau politique, lequel valide à son tour avant que le comité central ne tranche définitivement. Samedi, 80 candidats ont été présentés pour les 92 circonscriptions que compte le territoire national. Parmi eux, 6 femmes figureront en tête dans les circonscriptions de Ouezzane, Oujda, Ghafsaï, Berkane, Beni Mellal et Tiznit, auxquelles s'ajoutent 8 candidats de moins de 35 ans, sans compter d'autres profils jeunes n'ayant pas encore atteint 40 ans.
Pour les 12 circonscriptions restantes, le bureau politique a obtenu du comité central une habilitation pour finaliser les accréditations. M. Senhaji en explique la raison : le parti dispose déjà de candidats pour ces territoires, dans le cadre de ce qu'il appelle une «investiture militante». Il s'agit de circonscriptions où le PPS estime ne pas pouvoir espérer un score conséquent dans l'immédiat, et où il préfère attendre jusqu'à la dernière minute, dans l'espoir de voir émerger des profils locaux disposant d'une assise électorale plus solide.
Pour les 12 circonscriptions restantes, le bureau politique a obtenu du comité central une habilitation pour finaliser les accréditations. M. Senhaji en explique la raison : le parti dispose déjà de candidats pour ces territoires, dans le cadre de ce qu'il appelle une «investiture militante». Il s'agit de circonscriptions où le PPS estime ne pas pouvoir espérer un score conséquent dans l'immédiat, et où il préfère attendre jusqu'à la dernière minute, dans l'espoir de voir émerger des profils locaux disposant d'une assise électorale plus solide.
Dix-huit candidats sous le sceau du secret
Mais la partie la plus délicate, et la plus commentée, de cette session réside ailleurs. Sur les 80 candidats validés par le comité central, 18 profils n'ont pas été rendus publics. Le bureau politique a sollicité une habilitation spéciale pour les gérer lui-même et en différer l'annonce jusqu'à la fin du mois de juillet. M. Benabdallah s'est engagé solennellement devant ses pairs à respecter ce délai. Pourquoi ce suspens ? Selon les informations recueillies, ces candidats viendraient d'autres formations politiques, certains occupant même des fonctions de présidents de collectivités territoriales. Or la législation électorale est formelle : un élu ou responsable de parti qui déposerait une candidature sous une autre étiquette sans avoir formalisé sa démission de sa formation d'origine s'exposerait à une invalidation de sa candidature et à des poursuites après coup. Le parti attend donc que chacun de ces profils ait régularisé sa situation administrative avant d’en faire l’annonce publiquement.
Ces candidats sont issus de six provinces du Sud, à savoir Laâyoune, Boujdour, Tarfaya, Smara, Dakhla et Aousserd, mais également de la région de Casablanca-Settat, où quatre candidats sont concernés dans les circonscriptions de Fida-Derb Sultan, Moulay Rachid, Hay Hassani et Sidi Bennour. La région de Marrakech-Safi est concernée aussi, avec deux candidats à El Haouz et El Youssoufia ainsi que la région de Tanger-Al Hoceïma, avec deux candidats à Fahs-Anjra et Larache. Il s’agit en outre d'un candidat dans l'Oriental à Jerada, de deux dans la région de Rabat-Kénitra aux circonscriptions de Salé Médina et Sala Jadida, et d'un dans la région d'Errachidia.
Liste régionale des femmes
Le bureau politique a par ailleurs demandé au comité central une troisième habilitation, distincte des deux précédentes : celle de gérer en son nom propre les candidatures féminines dans les circonscriptions régionales. Nabila Benabdallah a justifié cette délégation par la nature particulière de ces listes, soumises à des procédures parallèles dont la première phase devait s'achever dès dimanche 12 juillet, avant d’être suivie par d'autres étapes. «Je vous demande de déléguer au bureau politique la gestion de ce qui reste de ces candidatures», a-t-il déclaré devant les membres du comité central, en précisant que le parti avait déjà travaillé à orienter ces procédures dans ce sens, comme cela avait été le cas en 2021. Cette requête a été approuvée sans opposition, dans le prolongement de l'élan unanimiste qui a caractérisé l'ensemble de la session.
Un réquisitoire en chiffres contre le gouvernement sortant
Mais la huitième session du comité central n'était pas seulement un exercice de logistique électorale. Le rapport du bureau politique, présenté par Nabil Benabdellah, a été un réquisitoire méthodique et au vitriol contre le bilan gouvernemental. Le secrétaire général du PPS a tiré à boulets rouges sur ses adversaires de la majorité : le taux de chômage national dépasse désormais 13%, et atteint 37% chez les jeunes de 15 à 24 ans, dont plus de 1,5 million, et 2,9 millions si l'on élargit la tranche d'âge jusqu'à 29 ans, ne travaillent, n'étudient ni ne suivent aucune formation. Quelque 3,2 millions de Marocains ont basculé sous le seuil de précarité ou de pauvreté depuis le début du mandat qui prend fin dans quelques mois, dont 2,5 millions de pauvres avec une forte concentration en milieu rural (72%). Le taux d'activité économique des femmes stagne à 19%, et 8,5 millions de citoyens demeurent exclus du système d'assurance maladie obligatoire.
Sur le plan des finances publiques, M. Benabdallah a mis en avant la hiatus entre les chiffres officiels et la réalité telle qu'il la présente. Le déficit budgétaire affiché à 3,5% du PIB serait en réalité de 6% si l'on exclut les «financements innovants», et la dette publique déclarée à 1.124 milliards de dirhams en 2025, soit 67% du PIB, atteindrait en réalité 1.395 milliards, soit 83% du PIB, si l'on intègre l'ensemble des dettes publiques garanties. Quant à l'indice de perception de la corruption, le Maroc a reculé du rang 73 mondial en 2018 au rang 91 en 2025. C'est dans ce contexte que M. Benabdallah a qualifié le gouvernement sortant de formation aux «choix de classe au service des oligarchies», dont le mandat restera associé au vocable populaire de «faraqchiya», terme de darija qui désigne, selon lui, «le rejet sociétal de la corruption sous toutes ses formes».
Sur le plan des finances publiques, M. Benabdallah a mis en avant la hiatus entre les chiffres officiels et la réalité telle qu'il la présente. Le déficit budgétaire affiché à 3,5% du PIB serait en réalité de 6% si l'on exclut les «financements innovants», et la dette publique déclarée à 1.124 milliards de dirhams en 2025, soit 67% du PIB, atteindrait en réalité 1.395 milliards, soit 83% du PIB, si l'on intègre l'ensemble des dettes publiques garanties. Quant à l'indice de perception de la corruption, le Maroc a reculé du rang 73 mondial en 2018 au rang 91 en 2025. C'est dans ce contexte que M. Benabdallah a qualifié le gouvernement sortant de formation aux «choix de classe au service des oligarchies», dont le mandat restera associé au vocable populaire de «faraqchiya», terme de darija qui désigne, selon lui, «le rejet sociétal de la corruption sous toutes ses formes».
Un programme alternatif en quatre axes
Le rapport présenté par le secrétaire général du PPS n'était pas uniquement consacré au bilan négatif de la majorité gouvernementale. M. Benabdallah a présenté les grandes lignes du programme de son parti. Ce programme dont les détails seront publiés fin août, est structuré autour de quatre axes et assorti d'engagements chiffrés. Sur le volet du développement humain, le PPS promet de doubler les effectifs du personnel hospitalier public, de généraliser l'assurance maladie obligatoire aux 8,5 millions de Marocains qui en sont exclus, de réduire d'un tiers les dépenses de santé supportées par les ménages et de recruter 12.000 cadres enseignants nets par an. Le parti s'engage également à créer 1 million d'emplois nets, à réduire de moitié le nombre de jeunes sans emploi ni formation, à relever le salaire minimum dans le secteur privé, à porter la retraite minimale à 3.000 dirhams et à rehausser le plancher du soutien social à 1.000 dirhams mensuels.
Sur le terrain économique, le PPS entend porter la contribution de l'industrie au PIB de 15,3 à 20%, réduire le secteur informel d'un tiers, ce secteur comptant aujourd'hui 2 millions d'unités de production non structurées, et créer une banque publique d'investissement. Le parti propose également de revoir les accords de libre-échange qu'il juge défavorables à l'économie nationale et de réduire de 25% la consommation d'eau dans le secteur agricole. Sur le plan institutionnel, M. Benabdallah a évoqué la pleine activation des instances constitutionnelles, la libération des détenus des mouvements sociaux et l'égalité effective entre femmes et hommes. Le tout s'inscrit dans un positionnement géopolitique assumé : un Maroc «acteur régional souverain, défenseur de la paix, attaché au droit international et au multilatéralisme».
Sur le terrain économique, le PPS entend porter la contribution de l'industrie au PIB de 15,3 à 20%, réduire le secteur informel d'un tiers, ce secteur comptant aujourd'hui 2 millions d'unités de production non structurées, et créer une banque publique d'investissement. Le parti propose également de revoir les accords de libre-échange qu'il juge défavorables à l'économie nationale et de réduire de 25% la consommation d'eau dans le secteur agricole. Sur le plan institutionnel, M. Benabdallah a évoqué la pleine activation des instances constitutionnelles, la libération des détenus des mouvements sociaux et l'égalité effective entre femmes et hommes. Le tout s'inscrit dans un positionnement géopolitique assumé : un Maroc «acteur régional souverain, défenseur de la paix, attaché au droit international et au multilatéralisme».
L'aveu sur la gauche et l'appel à la mobilisation
Par ailleurs, tout à sa lucidité, le secrétaire général a abordé un sujet sensible avec une franchise inhabituelle dans ce type d'exercice. Il a affirmé que le PPS aurait souhaité engager la bataille électorale en rangs unis avec les autres composantes de la gauche marocaine. Sauf qu'«il faut reconnaître l'échec des tentatives d’unification, pour des raisons souvent non fondées, pour ne pas dire creuses». Mais il a précisé que cet échec conjoncturel ne remettait pas en cause la conviction profonde du parti : «L'unité de la gauche est notre destin, et c'est un horizon bien plus vaste qu'une simple bataille électorale».
C'est sur cette note de tension assumée entre déception tactique et ambition stratégique que M. Benabdallah a conclu son rapport par un appel à la mobilisation maximale. Il a galvanisé ses troupes en puisant dans le registre de la darija, «Nzaâmo kamline», un slogan que l'on peut traduire librement par «Osons tous ensemble» ou «Engageons-nous à fond». Une expression populaire déclinée en manifeste électoral, scandée en conclusion du rapport comme un appel collectif, et que le comité central, au terme d'un débat qualifié de «démocratique et profond», a approuvée à l'unanimité l'ensemble des candidatures et des orientations présentées. Le PPS entre en campagne. Les vacances attendront.
C'est sur cette note de tension assumée entre déception tactique et ambition stratégique que M. Benabdallah a conclu son rapport par un appel à la mobilisation maximale. Il a galvanisé ses troupes en puisant dans le registre de la darija, «Nzaâmo kamline», un slogan que l'on peut traduire librement par «Osons tous ensemble» ou «Engageons-nous à fond». Une expression populaire déclinée en manifeste électoral, scandée en conclusion du rapport comme un appel collectif, et que le comité central, au terme d'un débat qualifié de «démocratique et profond», a approuvée à l'unanimité l'ensemble des candidatures et des orientations présentées. Le PPS entre en campagne. Les vacances attendront.
